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Tour de France

Rêves, attentes et chiffres ronds : les états d’âme de Rodrigo Beenkens avant le Tour de France

Rodrigo Beenkens
01 juil. 2022 à 05:30Temps de lecture4 min
Par Rodrigo Beenkens

Ce vendredi je commenterai le Tour de France à la télévision pour la 28e fois. Après San Sébastien, Dublin, Luxembourg, Liège, Londres, Utrecht, Düsseldorf et Bruxelles (je n’étais ni à Rotterdam ni à Leeds), Copenhague, sera ma neuvième ville départ en dehors de l’Hexagone. 

Géographie 

Le Tour de France qui s’élance du Danemark après que le Tour d’Italie a pris son envol à Budapest et avant que le Tour d’Espagne parte de Utrecht… Dans les écoles, je connais des professeurs qui doivent faire preuve d’ingéniosité pour enseigner la géographie à notre belle jeunesse.

Croire qu’un jour la combativité cesse d’être une mascarade

Rêves 

Je rêve d’un Tour de France où le maillot jaune serait le meilleur et le maillot vert le plus régulier, sans qu’un test Covid positif s’en mêle. Je rêve aussi que le maillot à pois soit attribué au meilleur grimpeur et non au meilleur des échappés dans les côtes et cols comme ce fut très souvent le cas jusqu’en 2019. Avec la suppression des points doublés lors des arrivées au sommet, ce n’est pas gagné.

J’aimerais qu’on trouve une solution à ce beau maillot blanc lorsqu’il est aussi porté par le maillot jaune…comme ce pourrait être le cas pour la troisième année consécutive.

Je feins de croire qu’un jour la combativité cesse d’être une mascarade. Une récompense qui, pour des raisons logistiques, ne soit plus attribué à 10/15 kilomètres de l’arrivée mais à la fin de l’étape. Que fait-on lors d’une étape insipide dont les 20 derniers kilomètres sont un feu d’artifice ? Ce prix, le plus subjectif de tous ceux attribués sur le Tour, doit cesser de revenir systématiquement au "meilleur" des coureurs (souvent français) de l’échappée. Un Tour qui veut raisonner sur toute la planète, qui part une année sur trois d’un pays étranger et dont le jury de la combativité est à 100 % français, cherchez l’erreur ?

Je rêve qu’on mette à l’honneur le coureur le plus courageux. Celui qui, malchanceux, s’est battu toute la journée (parfois loin des caméras) pour franchir la ligne d’arrivée dans les délais. Et pourquoi ne pas faire monter tous les jours sur le podium le deuxième et le troisième de l’étape, comme sur les classiques…et à la fin du Tour sur les Champs Elysées ?

Les coureurs belges peuvent désormais gagner, presque, sur tous les terrains.

Des chronos ridiculement courts
Il y aura deux contre-la-montre sur ce Tours de France. C’est un de plus qu’en 2014, 2015, 2016, 2018 et 2019 ! Mais 53 kilomètres cela reste très peu. Lors des quinze dernières éditions, on a dépassé une seule fois (tout juste) la barre des 100 kilomètres dans l’effort en solitaire individuel, c’était en 2012. Du temps de Bernard Hinault, entre 150 et 200 kilomètres étaient au programme des coureurs. Plus près de nous, Miguel Indurain aurait-il gagné cinq fois le Tour de France avec des chronos aussi courts qu’aujourd’hui ?

Chiffres ronds
Il y a 100 ans, Firmin Lambot remportait son deuxième Tour de France. Le coureur namurois originaire de Florennes fut le premier belge à vêtir le maillot jaune et à le ramener à Paris. Depuis, plus jamais un coureur wallon n’a triomphé sur la Grande Boucle. Nous lui rendrons hommage tout au long de ce 109e Tour de France. Nous en ferons de même avec Luc Varenne, chantre de notre radio belge, qui nous a quitté il y a déjà 20 ans.
 
C’était quelques mois avant que Philippe Gilbert fasse ses premiers pas chez les grands comme stagiaire à la Française des Jeux. Pour sa 20e et dernière année chez les professionnels, Gilbert fêtera ses 40 ans lors de la cinquième étape Dunkerque (dont il vient de remporter les 4 jours !)-Calais.

Le peloton s’élancera de Copenhague sans les deux derniers belges porteurs du maillot jaune, Greg Van Avermaet et Jan Bakelants, mais avec Gilbert qui les précéda en 2011.

 
Quelles attentes ?
Les coureurs belges ne sont pas (encore ?) en mesure de jouer une belle place au classement final mais ils peuvent désormais gagner (presque) sur tous les terrains. La lutte pour le maillot vert va (re)devenir intéressante pour notre pays. Depuis Eddy Planckaert en 1988, seul Tom Boonen l’a ramené à Paris, en 2007. Le doublé van Aert-Philipsen est-il envisageable comme l’avaient fait Éric Vanderaerden et Jef Lieckens en 1986 ?
 
Plus de stages et moins de compétition 
Beaucoup de stars du peloton débarquent au Danemark avec peu ou pas de compétition dans les jambes depuis de longues semaines. 
On n’a plus vu Mathieu van der Poel depuis plus d’un mois. C’était sur le Giro, le 29 mai.
Depuis la Flèche Wallonne, le 20 avril, Tadej Pogacar n’est apparu que chez lui en Slovénie en presque deux mois et demi, cinq jours, soit autant que Aleksandr Vlasov en deux mois. Huit jours de compétition sur le Dauphiné, c’est le total de Primoz Roglic depuis le Tour du Pays Basque, le 9 avril ainsi que de Jonas Vingegaard et Wout van Aert depuis la Doyenne le 24 avril.

Pogacar puissance 3 ?

Ils ne sont pas nombreux les favoris qui peuvent espérer améliorer leurs performances précédentes sur le Tour de France. Pour Pogacar et Geraint Thomas, impossible de faire mieux. Roglic et Vingegaard ? L’ex-skieur et l’ancien poissonnier doivent gagner le Tour…tout comme Romain Bardet, Nairo Quintana et Rogoberto Uran. Thibaut Pinot doit être deuxième. Ben O’Connor et Adam Yates doivent monter sur le podium. Enric Mas doit figurer dans le top quatre. A part Dani Martinez et Vlasov (lequel débute sur le Tour) qui peut faire mieux ?
Mais, comme disait Pierre de Coubertin, le plus important n’est-ce pas de participer ? C’est ce à quoi doivent méditer en ce moment Julian Alaphilippe, Mark Cavendish, Tim Declercq, Tim Merlier, Greg Van Avermaet, Quinten Hermans, Michal Kwiatkowski, Rohan Dennis, Simon Yates, Sören Kragh Andersen, Sam Bennett, Arnaud Demare…
 
Bon Tour de France à toutes et à tous.

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