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Vie pratique

Revendre sa voiture plus chère que lors de son achat neuve : comment les nouveaux acteurs de l’occasion surfent sur les tendances

Revendre sa voiture plus chère que lors de son achat

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10 août 2022 à 04:15 - mise à jour 15 août 2022 à 15:30Temps de lecture3 min
Par Xavier Lambert

Et s’il était déjà temps de revendre votre voiture achetée récemment ? Les professionnels s’accordent tous sur ce fait : la cote de l’occasion récente n’a jamais été aussi haute. Aujourd’hui, il est possible de revendre une voiture après un an à un prix supérieur de celui auquel vous l’avez achetée.

Une tendance sur laquelle surfent de "nouveaux acteurs" en Belgique, qui lancent dans notre pays une activité encore confidentielle jusqu’ici : le reconditionnement. Après Cardoen en début d’année, c’est le géant AUto1 qui vient d’annoncer ce jeudi un tout nouveau "centre de production "à Ath, en Hainaut, d’une surface de 50.000 m², avec une capacité de 18.500 voitures par an. Le groupe AUTO1 annonce même la création de plus de 200 nouveaux emplois liés à cette activité.

Mais si quand on vous parle "centre de production automobile", vous pensez chaîne de montage, vous avez tout faux, puisqu’Auto1 travaille exclusivement sur le marché de l’occasion. Un marché en pleine évolution. Les emplois évoqués comprennent en effet "le contrôle de la qualité, le reconditionnement, le nettoyage, ainsi que la capture de photos et de vidéos".

Ce centre est effectivement destiné à rapprocher les véhicules des futurs clients de "Autohero", une entreprise qui connaît un énorme boom en France notamment et vise désormais le marché belge. La vidéo publicitaire résume le concept : vous êtes dans votre canapé, vous regardez des voitures d’occasion qui ont l’air neuves, vous passez la commande, et un camion vient vous la livrer à votre domicile.

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Olivier Duquesne, journaliste au Moniteur de l’Automobile, a pu visiter le centre de reconditionnement de Cardoen avant son ouverture : "C’est assez impressionnant, ils reconditionnent vraiment les voitures, ils enlèvent toutes les microtraces aussi bien sur la carrosserie qu’à l’intérieur, et l’aspect mécanique est retravaillé également, pour qu’ils puissent vous offrir une garantie, jusqu’à 10 ans d’âge du véhicule. Ils font tout pour lui redonner un bel aspect".

Exit l’image de "poubelle" liée aux reventes de vieilles voitures par des particuliers, le but ici est de proposer une "expérience utilisateur" semblable à celle avec un nouveau véhicule.

Mais avant de pouvoir "reconditionner" votre voiture pour lui donner cette apparence d’une neuve, il faut d’abord acquérir ces véhicules d’occasion. C’est là qu’intervient "vendezvotrevoiture". ". be" chez nous, ". fr" en France, wijkopenautos.nl aux Pays-Bas mais wirkaufendeinauto.de à la base, puisque le groupe AUto1 est allemand. Ce sont eux qui vont acheter votre voiture de 2021 plus cher que vous ne l’avez payée, pour une bonne et simple raison : ils savent qu’ils vont la revendre encore plus cher, soit à un particulier via Autohero, soit à un marchand d’occasions… qui la revendra, lui, encore avec un bénéfice.

Le problème de la disponibilité

Comment expliquer cela ? La situation actuelle est née avec le Covid, la crise des conteneurs qui a suivi et la pénurie de semi-conducteurs notamment. "Le manque de disponibilité et le prix élevé des voitures neuves compliquent la vie des particuliers, nous explique Olivier Duquesne, journaliste au Moniteur de l’Automobile. Comme cet accès aux véhicules neufs est compliqué, ceux qui veulent ou ont besoin de changer de véhicule se tournent donc vers le marché de l’occasion pour trouver une voiture récente à un prix qui correspond à leur budget".

Et dans ce marché de l’occasion, "les acheteurs sont rassurés d’acheter avec une garantie", et donc via des professionnels.

Objet de spéculation

Selon Olivier Duquesne, il y a même un phénomène de spéculation qui est apparu, combattu législativement dans certains états : "C’était déjà le cas autrefois pour les voitures de luxe mais ça s’est généralisé : si on veut un modèle précis tout de suite, il faut souvent la racheter d’occasion… et parfois plus cher. On paie la disponibilité."

La force de ces nouveaux acteurs de l’occasion, c’est donc leur taille. Le calcul du prix qui vous est proposé est basé sur l’algorithme d’Auto1 qui analyse les données de plus de deux millions de transactions réalisées. AUto1, propriétaire de Autohero et Vendezvotrevoiture, c’est à la base un groupe de "BtoB", Business to Business, un groupe qui s’adresse aux professionnels, ce qui fait aujourd’hui sa force avec pus de 60.000 concessionnaires affiliés à leur banque de données où ils peuvent consulter rapidement tous les véhicules disponibles.

C’est aujourd’hui la plus grande plateforme digitale d’Europe pour l’achat et la vente de véhicules d’occasion en ligne. Les chiffres donnent le vertige :

  • actif dans plus de 30 pays
  • 550.000 véhicules vendus en 2021
  • chiffre d’affaires de 4,78 milliards d’euros en 2021
  • l’algorithme d’Auto1 analyse les données de plus de deux millions de transactions réalisées depuis 2012
Auto1

Leurs marges de progression restent pourtant énormes, puisque le digital occupe un tout petit pourcentage de la vente d’occasion. Une étude évalue la valeur du marché de l’occasion en Europe à 600 milliards d’euros mais la part estimée du digital ne représente qu’à peine 2% à ce jour.

Entre particuliers, le moins cher, et pourtant…

Le "petit garagiste" qui achète très bas et revend très cher les voitures continue à fonctionner chez nous, sans doute notamment en relation avec la hauteur de l’investissement : les gens préfèrent voir les véhicules d’abord et avoir un contact direct avec le vendeur. Les annonces de particuliers un peu moins.

"L’achat entre particulier reste le moins cher, mais aussi le plus dangereux au niveau de l’état mécanique du véhicule. La force de ces nouveaux acteurs, ce sont leurs banques de données, et la digitalisation des annonces, ils ont des critères d’âge, de modèles, d’option… ils écument les petites annonces et achètent même chez les particuliers en fonction de l’offre et la demande". Les prix peuvent monter très haut notamment via les ventes aux enchères : "C’est un marché pleinement capitaliste, très ouvert, avec des prix qui sont entièrement libres".

Les professionnels se surveillent au niveau des prix, mais ils offrent un service aussi, ils proposent une garantie qui rassure l’acheteur particulier.

Quant au vendeur, le côté "Je paie tout de suite, et vous en devez faire aucune démarche" semble séduire de plus en plus de propriétaires de véhicules, selon Olivier Duquesne.

 

Le "cas" belge

Ces groupes et ces centres sont en fait déjà fortement développés dans des pays comme la France. Auto1 doit y faire face à la concurrence d’acteurs implantés depuis plusieurs années comme Gemy, Aramis (qui a établi un partenariat avec Cardoen), ou encore ALD, spécialisée dans la location, mais qui a établi une filiale pour la revente de ces véhicules amortis.

S’il commence seulement à pointer le bout du nez en Belgique, selon Olivier Duquesne, c’est lié au poids de la voiture de société en Belgique : "En Belgique c’est récent, parce que les voitures de société représentent une nouvelle immatriculation sur deux. En France, à part les hauts cadres, ils doivent acheter leur voiture, et donc le marché de l’occasion était déjà beaucoup plus important".

Et donc jusqu’ici, le marché de l’occasion était fortement alimenté par ces véhicules de société qui en fin de leasing retournent vers les particuliers (qui représentent 90% des acheteurs de véhicules d’occasion selon Olivier Duquesne, seules les PME récentes et pas encore solides évitant le neuf).

Dans le cas de Cardoen, il y a aussi la récupération de stocks d’invendus des concessionnaires, qui doivent laisser de la place aux nouveaux modèles, et lui permettent de proposer réellement du neuf à des prix cassés.

Un contexte difficile

Le contexte général n’est pourtant pas si bon. Au contraire de 2020 et 2021, les vacances 2022 sont synonymes du retour à l’avion, et non des voyages en voiture. Cette désaffection se double du problème d’approvisionnement en véhicules pour le marché de l’occasion.

Les modèles récents – et faiblement kilométrés – se font plus rares et les acheteurs rechignent à investir dans un véhicule plus ancien qui ne représente plus un bon plan si sa consommation est élevée (surtout avec la hausse des carburants) et qui ne peut plus rentrer dans plusieurs villes "zones de basses émissions".

Mais c’est ce qui justifie les hauts prix évoqués plus haut… pour des véhicules récents. Pour des véhicules plus anciens, à l’inverse, la reprise des échanges est plutôt défavorable à l’acheteur belge : l’export des voitures d’occasion plus anciennes vers les pays de l’Est a repris de plus belle et limite les stocks disponibles sur le marché belge. Car il faut rappeler qu’il y a deux marchés "parallèles" actuellement dans l’occasion : celui des "bonnes" voitures qu’on va pouvoir reconditionner et leur donner l’impression du neuf, et les "poubelles"… qu’on va vendre dans des pays moins regardant sur les législations.

Et l’électrique dans tout ça ?

"Le marché de l’électrique reste très particulier, selon Olivier Duquesne : "Le marché d’occasion de l’électrique COMMENCE seulement à se développer, mais les véhicules proposés aujourd’hui sont déjà un peu dépassés techniquement. A partir de 2024-2025, on devrait avoir sur le marché de l’occasion des voitures avec une autonomie correcte, que les particuliers pourront enfin se payer".

Et il est selon lui raisonnable de penser qu’un des gros freins actuels, la quasi-obligation d’installer une borne de recharge coûteuse et demandeuse d’espace, soit gommé via des zones de recharges plus généralisées.

Getty

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