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Rétro tennis 2021, les femmes : Emma Raducanu surprend, Naomi Osaka inquiète

Emma Raducanu a gagné l’US Open en sortant des qualifications
20 déc. 2021 à 08:31Temps de lecture5 min
Par Christine Hanquet

Voici le deuxième volet de notre rétrospective de l’année tennistique 2021. Après les hommes, et avant les Belges, petit retour sur ce qui s’est passé sur le circuit féminin. Toujours avec le consultant "tennis" de la RTBF, Philippe Dehaes, qui commente les événements de la saison.

Il y a eu des surprises. Il y a eu des révélations. Des joueuses du top en difficulté, des jeunes qui vont venues les titiller. Il y a surtout eu un événement inédit : une joueuse sortie des qualifications a gagné un tournoi du Grand Chelem.

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Emma Raducanu, première joueuse à gagner dix matches dans un tournoi du Grand Chelem

Emma Raducanu, dix victoires pour entrer dans l’histoire

La Britannique Emma Raducanu s’est révélée à Wimbledon. Cette jeune fille de dix-huit ans (à ce moment-là) a participé à son premier tournoi du Grand Chelem grâce à une invitation. Et elle a atteint le quatrième tour. Quelques semaines plus tôt, elle était encore étudiante en mathématiques et en économie, et elle passait ses examens. Tout en commençant doucement à jouer des tournois WTA.

Quand l’US Open arrive, elle ne joue plus à domicile, donc elle ne reçoit plus de wild-card. Elle doit passer par les qualifications. Et elle s’en sort, encore et toujours. Trois victoires pour arriver dans le grand tableau, puis sept succès pour créer l’une des plus grosses sensations de l’histoire du tennis féminin. Alors qu’elle n’était que 150e mondiale.


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Philippe Dehaes a été l’entraîneur d’Emma Raducanu, en 2019. Même s’il la connaît bien, il a été surpris, comme tout le monde. "Ce qui est dingue, c’est qu’elle ne connaît pas encore les filles qu’elle affronte, puisqu’elle arrive à peine sur le circuit. Au dernier tour des qualifications, elle devait rencontrer une Egyptienne, et je lui ai envoyé un texto. En me disant que si elle arrivait à se qualifier, ce serait incroyable. Deux semaines après, elle gagnait le tournoi. C’est clairement l’exploit de l’année, chez les filles".

"Il ne serait pas anormal qu’Emma Raducanu mette un an ou deux à digérer l’US Open"

Leylah Fernandez, finaliste tout aussi inattendue, à New York

Le statut de Raducanu a évidemment changé, en septembre. Elle fait maintenant partie de celles que l’on surveille, dont on se méfie, dont on attend beaucoup. "Chez les filles, ce n’est pas comme chez les garçons. Les surprises sont monnaie courante. Les douze derniers tournois de Roland-Garros ont été gagnés par douze joueuses différentes. Après l’US Open, cela ne s’est pas très bien passé pour Emma, au niveau des résultats. Mais il n’y a rien d’anormal, pour une gamine de dix-huit ans, qui découvre le circuit. Sa vie a complètement changé, sur le plan de la notoriété, et sur le plan financier. Et tout cela, alors que rien n’a vraiment commencé. Cette histoire est surréaliste".

Emma Raducanu va maintenant devoir digérer cette performance new-yorkaise inattendue. "La question est de savoir si c’est bien d’avoir gagné ce tournoi, ou si ce n’était pas un peu trop tôt. Oui, c’est bien, parce qu’elle a marqué l’histoire du jeu. Je dis toujours qu’il vaut mieux gagner des titres, plutôt qu’avoir un bon classement. Est-ce qu’il lui faudra un an ou deux pour digérer ? Probablement. Est-ce qu’elle va en gagner d’autres ? Oui, sans doute. Tout de suite ? Je ne pense pas. Il faut lui donner du temps pour découvrir le circuit et ses adversaires. Il faut aussi lui donner de l’espace. Il faut l’autoriser à perdre des matches de tennis."

Barbora Krejcikova a gagné Roland-Garros, à la surprise générale

Un tennis féminin peut lisible pour le grand public, mais qu’il faut découvrir

Quelques mois plus tôt, c’est la Tchèque Barbora Krejcikova qui s’imposait à Roland-Garros, à la surprise générale. Sans susciter le même engouement.

Tout le monde s’est enflammé, quand Emma Raducanu a gagné à Flushing Meadows. D’autant qu’elle a rencontré en finale une joueuse qui, elle aussi, incarnait le renouveau et la fraîcheur, la Canadienne Leyla Fernandez. Les amateurs de tennis se sont emballés, et ont osé des comparaisons avec les plus grandes stars du tennis. "J’ai le sentiment que les gens cherchent une nouvelle idole, quelqu’un à qui s’identifier. Mais chez les filles, ce ne sera pas le cas, je n’y crois pas. Il faut arrêter de penser que la prochaine Justine Henin, que la prochaine Serena Williams, c’est telle ou telle joueuse. Ce n’est plus comme cela, dans le tennis féminin. Il faut se contenter d’avoir des filles différentes qui gagnent. Et je trouve cela tout aussi passionnant".

"Il faut que la WTA mette en avant les jeunes joueuses"

C’est passionnant, parce qu’il y a du suspense. Et l’on peut se dire que tout le monde, ou presque, peut gagner un tournoi du Grand Chelem. Mais c’est déroutant, pour le public, qui ne connaît pas vraiment celles qui repartent avec les plus beaux trophées (et qui les oublie peut-être très vite, si l’on pense à Jelena Ostapenko, par exemple). "C’est là où la WTA, qui régit le tennis féminin, doit faire quelque chose. Cela fait longtemps qu’on le dit. Si les gens ne connaissent pas assez les joueuses, c’est parce qu’elles ne sont pas assez médiatisées, et parce qu’on ne les met pas assez en avant. Il n’y a pas de Masters pour les jeunes filles, alors qu’il y en a un, côté masculin. Mais pour les vrais amateurs de tennis, pour les gens qui prennent la peine de regarder, il y a des choses très intéressantes aussi. C’est sans doute moins drôle de voir Krejcikova ou Kasatkina en finale des grands tournois, que de voir Justine Henin et Serena Williams à l’époque, mais il y a une nouvelle génération de filles complètement incroyables et à fortes personnalités, qu’il faut apprendre à découvrir."

Naomi Osaka à l'US Open

Le mystère Naomi Osaka

Il y a aussi des joueuses "bien installées", et plus connues du grand public, qui ont gagné des tournois du Grand Chelem en 2021 : Naomi Osaka à l’Australian Open, et Ashleigh Barty à Wimbledon.

Osaka avait bien commencé sa saison, avant de sombrer dans les affres de la dépression. Son refus, maladroit car mal expliqué, de répondre aux questions des journalistes à Roland-Garros, n’a été que le premier épisode d’une série de forfaits, de retours, et de crises de larmes.

La Japonaise, héroïne de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo, a eu le mérite, bien malgré elle, de mettre en lumière les problèmes psychologiques des sportifs de haut niveau. "C’est courageux de sa part, d’en avoir parlé. Et je ne pense pas que ce soit un caprice. Cette fragilité, je la comprends. Le chemin éducationnel de ces jeunes athlètes est plutôt chaotique. On est arraché au milieu familial, il y a souvent très peu de formation scolaire. Et on a une vie qui est régie par : 'je gagne', ou 'je perds'. C’est d’une énorme pauvreté. Cela veut dire que si on perd plusieurs fois, l’estime de soi est en permanence remise en question. Quand on a douze, treize, quatorze ans, et que l’estime de soi se mesure à des matches de tennis que l’on gagne ou que l’on perd, rien n’est évident. Osaka a mis le doigt sur ce problème."

"Il est triste de voir des joueuses souffrir"

Naomi Osaka en pleine déprime, en 2021

Il faut donc faire quelque chose, pour la santé mentale de ces jeunes, puis de ces adultes, qui ont tout, sauf une vie normale. Peut-être faut-il, justement, les laisser côtoyer la normalité, ne plus les mettre dans des cocons, arrêter de leur faire croire que répondre à une interview est un gros effort, que perdre un match est un drame, et que gagner un tournoi fait de vous un être supérieur. "La WTA devrait mettre des choses en place, mais ne le fait pas. Quand on voit la championne qu’est Naomi Osaka, et le potentiel qu’elle a, c’est vraiment triste. Il faut éduquer les joueurs et les joueuses sur l’osmose qu’il y a entre eux et elles et le circuit. Ce sont les droits télés, ce sont les gens qui achètent des tickets, qui payent leur 'salaire'. Il faut que toutes les composantes du tennis collaborent. Et là, il n’y a pas que la WTA qui peut intervenir. C’est aussi une question d’éducation et d’apprentissage, dès le plus jeune âge. Il faut que des choses changent. C’est un problème, de voir des filles qui souffrent et qui sont malheureuses. Et ce n’est absolument pas le but."

Voir Naomi Osaka à nouveau se battre au plus haut niveau, aux côtés de Simona Halep, Ashleigh Barty, et des plus jeunes, est évidemment un souhait pour 2022…

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