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Un Jour Un Exploit

Rétro : Jolien D'Hoore, la combinarde de bronze qui dormait avec ses poules

L’histoire de Jolien d’Hoore c’est une histoire de combinaison. La combinaison bleu azur (barrée de noir, jaune, rouge) dans laquelle elle a décroché la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Rio mais aussi la combinaison de deux passions pour les épreuves combinées sur pistes.

Avant de découvrir les vélodromes, c’est sur les tartans que la jeune Jolien va s’illustrer. Ses qualités lui permettent de briller dans plusieurs disciplines et c’est donc en heptathlon que La Gantoise décroche ses premières médailles nationales. Mais une course va tout changer. En 2002, elle est profondément marquée par le passage du Tour de France dans la région gantoise et décide de s’inscrire à un stage de vélo. C’est le début d’une nouvelle passion. Une vocation même puisqu’elle en fera son métier, non sans assurer ses arrières avec un diplôme de bachelière en techniques de physiothérapie et de réadaptation.


►►► À lire aussi : Les histoires des médaillés belges aux JO


La naissance d’une championne

Jolien D'Hoore sacrée championne du Monde junior en 2008 en Afrique du Sud

C’est sur la route que Jolien D’Hoore se révèle aux yeux du grand public en devenant la première belge championne du Monde junior en 2008. Par la suite elle remportera d’ailleurs 4 titres de championne de Belgique sur route, mais les plus belles lignes de son palmarès c'est sur la piste que la Gantoise les a écrites.

Triple Championne d’Europe espoirs (en poursuite par équipes et dans l’omnium en 2010 à Saint-Pétersbourg et ensuite dans la course aux points à Anadia en 2012). Elle confirmera rapidement chez les seniors avec un total impressionnant de 14 titres sur le plan national (elle en gagnera encore 3 après les Jeux de Rio). Elle décrochera aussi le bronze et l’argent dans l’omnium aux championnats d’Europe (à Appeldoorn en 2013 et Baie-Mahault en 2014). Mais la coupe n’est pas pleine. La pistarde belge accumule les places d’honneur aux championnats du Monde et devra se contenter d’une prometteuse 5e place dans l’omnium des Jeux Olympiques de Londres.

Des garçons et des poules en guise de préparation

Jolien D'Hoore, quadruple championne de Belgique sur route

C’est avec un seul objectif en tête que Jolien D’Hoore entame la saison 2016. Plus expérimentée et plus sage qu’à ses débuts, la flandrienne est prête à faire des sacrifices pour réaliser son rêve de podium olympique. Mais les attentes sont grandes et son, médiocre, début de saison sur route commence à inquiéter son entourage. Jolien, elle, sait parfaitement où elle en est et n’hésite pas à sortir des sentiers battus.

En toute discrétion, elle participe à des courses sur piste de juniors chez les garçons pour y trouver un rythme plus élevé et gagner en explosivité dans les virages.

Mais le secret de cette préparation minutieuse il faut le rechercher ailleurs, dans un endroit inédit. Au fond de son jardin, à Schelderode, le long de la prairie des chèvres, Jolien D’Hoore possède une petite cabane qui abrite ses poules. C’est là qu’elle décide d’installer une tente hypoxique et d’y passer ses nuits. Tous les soirs, la pistarde va se coucher avec les poules, au propre comme au figuré, entre 21h et 22h.

Trois fauteuils pour quatre

Jolien D'Hoore au coude à coude avec ses adversaires dans la course aux points de l'omnium aux Jeux Olympiques de Rio

Ça y est, après des mois de préparation et de sacrifices, les Jeux sont enfin là.

Lundi 15 août, Jolien d’Hoore va enfin entrer en piste dans le Vélodrome flambant neuf de Barra. La compétition se déroulera sur deux jours avec trois épreuves par jour.

L’entrée en matière est excellente. Jolien D’Hoore prend la troisième place du scratch et se rassure d’emblée. Elle est en forme et le confirme dès la deuxième épreuve en signant une nouvelle 3e place dans la poursuite individuelle avec à la clé un nouveau record de Belgique. Sur sa lancée la Belge prend la deuxième place de la course par élimination et clôture cette première journée à la deuxième place provisoire du classement général derrière la britannique Laura Trott, championne olympique en titre.

Mardi 16 août, Jolien D’Hoore a rendez-vous avec l’histoire. Ne pas craquer, la phrase tourne dans sa tête aussi vite que les vélos de ses concurrentes. Repenser aux sacrifices, aux efforts, aux poules, elle n’a pas fait tout ça pour rien. Mais il faut vite se reconcentrer, la compétition recommence fort ce mardi. Deux tours de pistes à fond… Jolien D’Hoore prend la 4e place du 500 mètres en contre-la-montre. La première épreuve du jour est réussie.

La suite est encore plus rapide, c’est l’heure du tour lancé. Un effort ultra-puissant de 14 secondes et 195 centièmes. Petite déception, la Gantoise ne réalise que le 7e temps. Mais avant l’ultime épreuve elle reste deuxième du classement général. Et si pour une fois cette fameuse régularité, qui la caractérise, s’avérait payante ? Réponse dans 100 tours de piste exactement.

L’exercice est radicalement différent. La course aux points est un calvaire pour les cuisses mais aussi une torture pour les nerfs. Il faut gérer ses efforts et surveiller chacune de ses adversaires avant les 10 sprints intermédiaires qui jalonnent cette épreuve finale.

Avant que le dernier coup de pistolet retentisse dans le vélodrome de Barra, rien n’est gagné pour Jolien D’Hoore. Le classement est assez serré mais en tête la situation semble claire, il reste trois fauteuils pour quatre prétendantes.

La Belge peut encore rêver d’or, mais Laura Trott a déjà une belle avance et semble à nouveau intouchable. L’argent ce serait magnifique, mais il faudra contenir l’américaine Sarah Hammer, qui compte le même nombre de points qu’elle. Au pire, le bronze, ce serait déjà historique et pour cela il faudra regarder dans le rétroviseur et se méfier de l’australienne Edmondson qui reste en embuscade.

Dès le départ, Laura Trott confirme sa domination, il faut oublier l’or. Néanmoins, la course commence bien aussi pour la Belge qui augmente légèrement son avance sur Hammer. C’est du bonus car la tactique du clan belge c’est avant tout de distancer les poursuivantes pour assurer une médaille. A mi-course course c’est chose faite au prix d’efforts que Jolien va finalement payer dans les derniers tours. Hammer revient et puis dépasse la Gantoise au classement.

Les larmes coulent sur le visage de Jolien D’Hoore. Mais ce n’est pas de la déception, à 26 ans, la flandrienne vient d’entrer dans l’histoire du sport belge en devenant la première pistarde à décrocher une médaille dans des Jeux Olympiques pour la Belgique.

Des SMS, quelques frites et ça repart

Jolien D'Hoore et Lotte Kopecky sacrées championnes du Monde de la course à l'américaine à Hong Kong en 2017

Cette médaille de bronze dans l’omnium est pleine de symboles. Un symbole de réussite d’abord pour cette athlète perfectionniste qui a consacré sa vie à son sport. C’est aussi la fin d’une période de privation. Depuis son arrivée à Rio, Jolien D’Hoore s’était volontairement coupé du monde. Ce n’est donc qu’après une fête raisonnable et quelques petites heures de sommeil qu'elle rallumera son téléphone portable et découvrira l’impact de sa performance au plat pays qui est le sien. "Même Helmut Lotti m’a envoyé un message de félicitations" lâche la pistarde, tout sourire, en conférence de presse. Mais pour que la reconnexion au pays soit totale, il fallait aussi mettre fin rapdiement à une autre privation. "Je n’avais pas encore mangé de frites cette année" révèle Jolien D’Hoore. "J’ai craqué ce mardi et je vais encore en manger à mon retour en Belgique".

L’occasion pour elle de remercier, la nutritionniste avec qui elle a travaillé, son coach pour ses conseils, Nafi Thiam pour l’inspiration générée par sa médaille d’or, et bien sûr… Ses poules pour la cohabitation !

Médaille d'or de la solidarité

Dans la foulée des Jeux, libérée par sa médaille de bronze, Jolien D’Hoore est devenue vice-championne d’Europe de la course aux points et championne d’Europe de la course à l’américaine (avec Lotte Kopecky) à Saint-Quentin-en-Yvelines. Les deux Belges atteindront même le Graal en devenant championnes du Monde de l’Américaine en 2017 à Hong-Kong.

Désormais âgée de 30 ans, Jolien D’Hoore espère encore étoffer son palmarès sur route et assouvir un dernier rêve inachevé : Gagner le Tour des Flandres. En attendant la reprise des compétitions, la plus titrée des cyclistes belges joint l’utile à l’entraînement en cette période de confinement. Lorsqu’elle enfourche son vélo c’est pour faire des courses et les livrer ces achats aux personnes dans le besoin. Une initiative qui lui vaudrait assurément la médaille d’or sur le podium de la solidarité.

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