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Retour sur un film culte : Sacré Graal ! des Monty Python

Retour sur un film culte : Sacré Graal ! des Monty Python
01 déc. 2021 à 12:423 min
Par RTBF La Première

Répliques cultes, scènes mythiques : dès sa sortie sur les écrans en 1975, Monty Python : Sacré Graal !, réalisé par Terry Gilliam et Terry Jones, connaît un succès mondial, jamais démenti depuis. Du rejet initial par les grandes maisons de production aux premières projections catastrophiques, en passant par un tournage cauchemardesque, Justine Breton revient sur les coulisses de la création de ce chef-d’œuvre, et décortique l’art de la comédie à la manière des Monty Python.

Justine Breton est maître de conférences en littérature française à l’Université de Reims-Champagne-Ardenne, et publie Monty Python : Sacré Graal ! (Vendémiaire).

Dans le film Sacré Graal !, les chevaliers de la Table Ronde cheminent vers Camelot. Ils rencontrent Dieu qui les incite à chercher le Graal. S’ensuit toute une série d’aventures les plus absurdes les unes que les autres.

Ce qui a intéressé la médiéviste Justine Breton, c’est la façon dont les Monty Python s’emparent d’un matériau littéraire et historique très large – il y a eu plein de réécritures de la légende arthurienne depuis le XIIe siècle – , pour faire une lecture très subtile de ces sources médiévales. Ils cherchent à utiliser les codes de la légende et des romans de chevalerie pour les détourner ou pour les dénoncer. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des chevaliers qui n’ont pas de chevaux, avec un roi que personne ne connaît, avec des princesses qui sont en fait des princes.

Une certaine représentation du Moyen Âge

La question du dominant et du dominé revient très souvent dans l’oeuvre des Monty Python, explique Justine Breton. "On a très régulièrement des personnages "d’autorité" qui vont être désacralisés, ridiculisés, que ce soit l’autorité royale, l’autorité militaire, l’autorité de l’Eglise."

Le choix du cadre médiéval, de la légende arthurienne, vient d’une impulsion de Terry Jones et de Michael Palin, qui ont fait des études, l’un en littérature, l’autre en histoire, en lien avec le Moyen Âge. Ils trouvent dans le cadre de la légende arthurienne les moyens à la fois de mettre en avant, justement, ces questions d’autorité et d’avoir une grande liberté, puisqu’il s’agit d’une légende et qu’on n’a pas de sources historiques. Ils vont utiliser le nonsense, l’absurdité, comme arme fatale humoristique.

La représentation du Moyen Âge par les Monty Python est intéressante parce qu’elle s’appuie sur beaucoup d’images figées, sur une conception de l’Histoire médiévale où les clichés étaient encore très nombreux : le peuple est pauvre, sale, inculte, tout le monde a les dents gâtées (ce qui est faux car on ne mangeait pas de sucre à l’époque).

Le film a eu un tel impact sur l’imaginaire collectif et a été tellement repris par des productions culturelles, que l’image qu’il donnait du Moyen Âge reste encore très présente aujourd’hui et continue à entretenir ces clichés.

Financement et tournage difficiles

Dans son livre, Justine Breton nous apprend notamment que le financement du film n’a pas été facile, même si les Monty Python étaient déjà des stars de la BBC. Les grands studios de production n’ont pas voulu prendre le risque, et ce sont les rock stars de l’époque, fans de leurs émissions à sketches Monty Python’s Flying Circus, qui l’ont en réalité financé : Led Zeppelin, Pink Floyd, Genesis… Par la suite, La Vie de Brian sera en grande partie financé par George Harrison. Un moyen aussi pour ces stars de défiscaliser…

Le financement n’a cependant pas été suffisant pour un film d’époque, qui nécessite un grand budget. Ce qui explique la suppression des chevaux, remplacés par des noix de coco, les armures en métal remplacées par des cottes de mailles tricotées, souvent imbibées d’eau par le climat britannique… Dans la contrainte, on doit avoir de très bonnes idées, ce qui a sans doute contribué à en faire un film culte.

Détournement des codes

En Angleterre, le film des Monty Python – et déjà auparavant leurs sketches - constitue une rupture avec l’humour de l’époque, au sens où ce qu’ils proposent est très différent, refusant les constructions humoristiques habituelles. Ils montrent qu’on peut écrire des sketches avec une très grande liberté et ne jamais aller là où on les attend. Leurs sketches peuvent commencer en plein milieu, ou s’interrompre sans chute, ou passer de l’un à l’autre sans transition.

Ils vont maintenir ce concept dans Sacré Graal ! et détourner tous les codes des films. Ainsi, on a un générique extrêmement long, qui n’a aucun rapport avec l’atmosphère du film, des sous-titres qui n’ont pas de sens, un entracte à 7 minutes de la fin, en plein milieu d’une scène, un film qui s’interrompt sans fin…

En France, le film est programmé d’abord au Festival de Cannes, avec un grand succès, notamment parce qu’il est diffusé en version originale, avec des sous-titrés créés par des dialoguistes de grands films comme "Le Grand Blond avec une chaussure noire"… Habitués à travailler sur l’humour, ils ont réussi, malgré les nuances entre l’humour anglais et l’humour français, à conserver la saveur des dialogues des Monty Python et à la transmettre au public.

 

Monty Python : Sacré Graal

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