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Concours Reine Elisabeth

Retour sur la dernière journée de demi-finale du Concours Reine Elisabeth

Victor Julien-Laferrière dans le concerto
21 mai 2017 à 09:31 - mise à jour 21 mai 2017 à 09:3111 min
Par Laurent Graulus

Comment s'est passé le dernier jour de la demi-finale du Concours ? retour sur les prestations des candidats dont quatre auront la grande joie d'être sélectionnés et proclamés le soir même.

Session de 15h

ALEXEY ZHILIN

Samedi 20 mai 2017, 15h. Session d'Orchestre.

Alexey Zhilin, 30 ans est Russe. Il est l’aîné de cette compétition.

Il a choisi le 2e Concerto en ré majeur de Haydn.

Les deux épreuves de cette demi-finale: récital et Concerto sont décidément tout aussi passionnantes que différentes. On avait ainsi senti Alexey Zhilin particulièrement à l’aise dans son récital, et en particulier dans le répertoire romantique. On pense à la 2e Sonate de Brahms, dont il avait livré une version magistrale de maturité. Il nous avait en revanche paru que sa 4e Suite de Bach n’était pas son répertoire de prédilection, stylistiquement parlant.

Cette sensation se vérifie dans ce Concerto de Haydn, à tout le moins dans le 1er mouvement. Sa sonorité est puissante et chaleureuse, certes, mais à l’instar de la musique de Bach, il ne donne pas non plus l’impression d’être particulièrement dans son élément dans ce répertoire. Dans le 2e mouvement, le musicien russe prend ses aises, vibre de manière importante, et paraît à présent plus détendu, en enchaînant les phrases avec un beau legato.

Dans le final, il nous rappelle qu’il est un très fin technicien, plein d’expérience. Paradoxalement, Alexey Zhilin est plus à l’aise dans l’allegro final, que dans l’adagio, où il a moins à jouer.

Une prestation maîtrisée techniquement parlant, mais très légèrement décevante stylistiquement parlant.

 

VICTOR JULIEN-LAFERRIERE

Samedi 20  mai 2017, 15h30. Session d’Orchestre.

Victor Julien-Laferrière, 26 ans, est l’un des cinq candidats  français de cette demi-finale. Heinrich Schiff et Clemens Hagen ont été deux de ses professeurs.

Il a également choisi le 2e Concerto de Haydn.

On avait beaucoup apprécié sa très juste et sobre 2e Suite de Bach. Cette impression se confirme ici, avec un Haydn très raffiné: sonorité claire et vibrato discret, l’on croit percevoir l’influence d’Heinrich Schiff… C’est dans le haut du registre que Victor Julien se montre particulièrement lyrique, on pense à cette note dans l’extrême aigu qui précède la cadence, qu’il a exécutée avec une maestria fabuleuse.

Dans la cadence, c’est toute la conscience des interprétations sur instruments d’époque qui le traverse. Une conscience qui l’invite à une sobriété bienvenue. Dans l’adagio, c’est l’expressivité de sa sonorité qui ravit, et qui confère à ce mouvement lent la grâce d’une danseuse. On se régale de la poésie lente qu’il impose.

Dans le final, Victor Julien-Lafferrière poursuit son récit avec beaucoup d’inspiration, et un son aussi clair que chaleureux.

Lors de sa prestation en récital, il avait interprété une 2e Sonate de Brahms très convaincante.

Une prestation éminemment sincère, d’un goût exquis. L’une des belles versions de ce 2e Concerto de Haydn.

 

SHIZUKA MITSUI

Samedi 20 mai 2017, 16h30. Session récital.

Shizuka Mitsui, 25 ans est Japonais. Il a étudié à l’Université de Toho dans son pays, puis avec Clemens Hagen, l’un des fondateurs de l’illustre quatuor Hagen.

Il débute avec la 4e Suite, BWV 1010 de J-S.Bach. Dans son Concerto, on avait beaucoup aimé sa sonorité de violoncelle " soprano ", avec des harmoniques supérieures particulièrement abondantes et chatoyantes. Au début de cette 4e Suite de Bach, on est un peu décontenancés par un certain manque de legato. On rentre ensuite avec beaucoup de plaisir dans son univers.

Dans la gigue finale, le jeune Japonais connaît quelques accidents techniques, qui n’affectent en rien sa grande musicalité, et sa belle sonorité.

Au début de l’imposé d’Annelies Van Parys, Shizuka Mitsui semble encore un peu affecté par les petits accrocs qu’il vient de connaître dans Bach. Fort heureusement, il reprend rapidement ses esprits, et impressionne par sa grande force dans les passages fortissimo qui sonnent comme un coup de tonnerre!

Shizuka Mitsui enchaîne avec la pièce maîtresse de sa prestation, la 2e Sonate de Brahms, qu’on entend pour la 3e fois lors cette demi-finale. Nous en avions entendu une version russe avec Alexey Zhilin, et une version française avec Victor-Julien Laferrière.

Cette 3e version en est à nouveau une déclinaison tout à fait différente.

On avait été très charmés, on l’a dit, par la sonorité de Mitsui dans Haydn. A l’entendre dans Brahms, on se rend compte qu’il n’a peut-être pas la puissance et la rondeur nécessaires pour une grande sonate romantique de cette ampleur. On aimerait idéalement plus de rondeur, et davantage de puissance.

Cela étant dit, sa sonorité vraiment proche du violon alto est intrinsèquement superbe. Dans le mouvement lent, Mitsui développe de très belles idées. Grâce à sa sonorité menue, il n’en fait jamais trop, ce dont on ne peut que le féliciter!

Dans le 4e mouvement, très chantant, lorsque la partition lui laisse de l’espace, on retrouve tout ce qu’on aime chez Mizuka Mitsui, à savoir un discours expressif et sincère. Mitsui qui termine avec panache cette 2e Sonate de Brahms.

Son récital se termine avec la virtuosissime Danse des elfes de David Popper. A l’image de sa discrétion, le Japonais interprète cette pièce de bravoure sans démonstration aucune, mais avec une aisance rare. En voilà un joli cadeau pour clore ce récital.

Shizuka Mitsui, un candidat infiniment sensible et discret, dont nous avions adoré le Haydn. Malgré quelques petits accros purement techniques, il nous a proposé un récital élégant et sincère.

 

MACIEJ KULAKOWSKI

Samedi 20 mai 2017, 17h25. Session récital

Maciej Kulakowski, 21 ans est Polonais. Il a choisi de débuter ce récital avec la 6e Suite BWV 1012 de J-S.Bach.

Son phrasé est particulièrement beau et léger. Sa sonorité est puissante et claire, sa justesse stylistique, et la très belle scansion font de cette 6e Suite une interprétation très cohérente.

Maciej Kulakowski poursuit avec " Chacun(e) sa chaconne ", l’imposé d’Annelies Van Parijs. Une oeuvre qu’il aborde avec beaucoup d’aisance et d’inspiration. Sa sonorité parfois un tantinet trop brillante dans Haydn et Bach, convient parfaitement à ce répertoire, dont il détaille avec beaucoup d’intelligence la structure, en nous faisant entendre très distinctement les différents tableaux.

L’aisance fait place à la majesté dans la Sonate en ré mineur de Debussy. Une Sonate qu’il aborde également de manière endiablée et fougueuse dans le dernier mouvement.

Maciej Kulakowski poursuit avec " Capriccio per Siegfried Palm ", une pièce pour violoncelle solo de Krzysztof Penderecki. Il y explore toutes les possibilités de son instrument. Un violoncelle qu’il fait hurler, qu’il utilise comme un instrument à percussions, comme une contrebasse de jazz… Tout y passe. La pièce de Penderecki n’est pas précisément un modèle de concision, mais elle est tout à fait spectaculaire, et a le mérite de mettre en valeur les très grands moyens techniques et expressifs du musicien polonais. Ce dernier est très applaudi à l’issue de ce Capriccio per Siegfried Palm, et ce n’était pas gagné d’avance en proposant une œuvre aussi exigeante!

Son récital se termine avec Zigeunerweisen, opus 20 de Pablo de Sarasate. Une pièce empreinte d’une nostalgie profonde, dans laquelle le vibrato coule à flots! Dans la deuxième partie, la nostalgie a fait place à la danse, et le jeune Polonais a démontré dans cette dernière pièce qu’il pouvait vraiment tout jouer.

Un récital mené de main de maître par le Polonais, qui a foulé des siècles de musique. Probablement l’un des récitals les plus variés qu’il nous ait été donné t’entendre!

Ivan Karizna
Ivan Karizna RTBF

Session de 20h

IVAN KARIZNA

Samedi 20 mai 2017, 20h. Session d'Orchestre.

Ivan Karizna, 25 ans est Biélorusse. Il s’est formé à Paris, puis à la Kronberg Academy, en Allemagne.

Il a choisi le 1er Concerto en ut majeur de Joseph Haydn. Et après avoir entendu de nombreuses versions du 2e Concerto, on redécouvre avec joie le côté lumineux et brillant de ce 1er Concerto. Brillant, Ivan Karizna l’est aussi… Il nous avait d’ailleurs fait une forte impression lors de son récital. On avait ainsi été impressionnés par sa faculté à aborder Bach et la Sonate de Prokofiev, avec la même justesse stylistique.

Il entame ce 1er Concerto avec une vigueur et une énergie communicatives. Tout l’Orchestre sourit avec lui, tant sa joie de partager ce Concerto est sincère. Mais ce qui surpasse tout, c’est la richesse de sa sonorité: du grave le plus profond, à l’aigu le plus éclatant, Karizna, c’est une des toutes grandes sonorités de cette 1ère session violoncelle!

Mais si la sonorité de ce musicien biélorusse est extrêmement puissante et riche, il est aussi l’un des interprètes qui gèrent le mieux les nuances, en proposant de grands écarts de nuance au sein d’un même mouvement. C’est le cas dans le 1er mouvement, où un pianissimo soudain donne un éclairage nouveau à ce Concerto. Dans le 2e mouvement également, sa capacité à jouer dans l’infiniment petit crée un relief inouï.

Le 3e mouvement s’enchaîne à un tempo de feu, l’Orchestre de Royal de Chambre de Wallonie s’enflamme, et paraît électrisé par ce candidat. Ce qui se passe devant nos yeux est un phénomène rare! Yvan Karizna est un homme libre de toutes contraintes… Et il possède de tels moyens techniques qu’il peut gérer un tempo incroyablement rapide, tout en ne pressant pas, et surtout en pouvant jouer pianississimo et prestissimo à la fois.

C’est dans une ambiance complètement survoltée que se termine ce 1er Concerto, et c’est tout le Studio 4 qui crie son bonheur à travers des applaudissements particulièrement nourris et enthousiastes.

Une prestation rare, à la hauteur de son récital. Ivan Karizna est une personnalité forte, qu’on reverra en finale!

JULIA HAGEN

Samedi 20 mai 2017, 20h30. Session d’Orchestre.

Julia Hagen, est née en 1995 en Autriche. Elle aussi a choisi le 1er Concerto de Haydn.

Changement de cap radical avec Julia Hagen qui propose une version beaucoup plus retenue et intimiste de ce 1er Concerto. Une option qui convient parfaitement à sa sonorité beaucoup moins imposante que celle de Karizna.

Mais la version "de chambre" de l’Autrichienne n’a rien à envier à celle du Biélorusse. On est charmés par le raffinement de son vibrato, présent quoique discret, et par le son cristallin de son violoncelle Francesco Ruggieri (1684).

Même dans le dernier mouvement presto, là où Karizna lâchait les chevaux, Julia Hagen ne se fait pas démonstrative, elle est dans l’Orchestre, davantage que dans la posture du soliste romantique.

Dans son récital, on l'avait entendue dans le Scherzo - Tarentelle d’Henryk Wieniawski et dans la Sonate en ré mineur de Shostakovitch.

Une version radicalement différente de ce 1er Concerto, de celle d’Ivan Karizna, toute en finesse, "historiquement informée", et passionnante. C’est l’un des charmes du répertoire classique que celui de pouvoir proposer des lectures si différentes d’une même partition.

 

AYANO KAMIMURA

Samedi 20 mai 2017, 21h45. Session de musique de chambre.

Ayano Kamimura, 26 ans est Japonaise.

C’est avec un vibrato joliment discret qu’elle débute la 6e Suite pour violoncelle seul de Bach. Un vibrato dont l’élégance est à l’image de sa très belle tenue noire. Tout dans son jeu est suggéré, proposé, mais jamais imposé.

On aime cette retenue qui, paradoxalement met en valeur mieux que jamais la musique de Bach, qui n’a pas besoin que l’interprète prenne l’ascendant sur elle.

On avait apprécié la justesse stylistique d’Ayano Kamimura dans son 1er Concerto de Haydn, en particulier son vibrato, très adapté à Haydn.

Ayano Kamimura poursuit avec l’Imposé d’Annelies Van Parijs, dans un raffinement quasi céleste.

Que de délicatesse dans les passages pianissimo où elle semble caresser les cordes, davantage qu’elle ne les frotte. Que de contrastes aussi dans son habileté à passer du climat le plus lumineux au plus sombre.

Suit une œuvre qu’on n’avait pas encore entendue dans ce Concours, c’est Pampeana n°2 d’Alberto Ginastera. Le choix du répertoire est bien entendu aussi très éclairant.

L’on se rend compte avec Ginastera que cette musique aussi sensuelle que singulière, est en lien direct avec la personnalité musicale d’Ayano Kamimura.

Une œuvre où elle peut développer à loisir son univers poétique. Mais aussi rappeler qu’elle est une poète à l’énergie débordante. Ainsi quand il s’agit de jouer les passages les plus vifs, elle répond présente au quart de tour…

Et c’est un récital d’une cohérence sans faille qui se poursuit avec la Sonate FP 143 de Francis Poulenc. On y apprécie sa vivacité et sa réactivité dans le 1er mouvement. Une vivacité qui laisse place à un bonheur flirtant avec la nostalgie dans le 2e mouvement. Mais la nostalgie se transforme en roublardise dans " Ballabile ", le 3e mouvement.

L’un des vecteurs d’expression le plus efficace d’Ayano Kamimura, c’est son vibrato lyrique à souhait. Il est soutenu par une sonorité belle comme une voix de contreténor dans Haendel ou Bach.

Ayano Kamimura a mille choses à dire, c’est une des candidates les plus subtiles de ce Concours. Un bonheur, un régal.

AURELIEN PASCAL

Samedi 20 mai 2017, 22h50. Session de récital.

Aurélien Pascal, 22 ans, s’est formé au Conservatoire de Paris, puis à la Kronberg Academy, en Allemagne.

Il est le dernier concurrent de cette demi-finale de la 1ère session de violoncelle du Concours Musical International Reine Elisabeth.

Il débute son récital avec la 5e Suite pour violoncelle seul de J-S.Bach. Après la prestation d’Ayano Kamimura, on a besoin de quelques instants pour intégrer une esthétique particulièrement distante de celle de la Japonaise.

Aurélien Pascal propose un Bach plus conventionnel, avec de belles basses profondes, et une sonorité pleine et généreuse. Un jeu que l’on oserait qualifier de plus viril, et dont on aimerait parfois qu’il explore davantage l’intériorité de Bach.

Une intériorité qu’Aurélien Pascal a en revanche superbement rencontrée dans "A chacun(e) sa chaconne", d’Annelies Van Parijs. Il y propose une multitude de nuances et de couleurs.

Se jouant de toutes les difficultés rythmiques, Aurélien Pascal a su créer une unité dans cette miniature de six minutes.

Il poursuit avec la Sonate " L’Impératrice " de Luigi Boccherini. Un compositeur contemporain de Haydn, et omniprésent lors des éliminatoires, mais qu’on n’avait pas encore rencontré lors de cette demi-finale.

Aurélien Pascal en propose une version lumineuse et inspirée. Son vibrato abondant procure à cette Sonate des airs de salon de l’Elysée, richement décorés, avec de nombreuses et jolies moulures. C’est avec une sonorité majestueuse qu’on découvre aussi la très grande virtuosité du candidat français. On regrette que la pianiste n’ait pas davantage pris sa place, laissant tout l’espace à une partie de violoncelle, qui, il faut le reconnaître était royale.

Le récital se poursuit avec la Sonate de Poulenc que nous venons d’entendre avec la candidate japonaise de début de soirée.

Une sonate achevée en 1948, et où la sonorité très large d’Aurélien Pascal magnifie les sublimes mélodies de Poulenc. Le Français n’a pas peur de vibrer large, mais il le fait si bien qu’on lui pardonnerait tout. A l’instar de la version de la Japonaise, celle-ci aussi est à l’image du Français: démonstrative, spectaculaire, mélodramatique. Dans le 2e mouvement, Aurélien Pascal démontre que démonstration et introspection peuvent cohabiter.

Un choix parfait pour ce musicien à la sonorité généreuse, et rassurante. Avec Aurélien Pascal, on est dans les divines saveurs de la bonne cuisine française. Merci Aurélien pour toutes ces partitions cuisinées avec soin.

Retrouvez la dernière soirée de la demi-finale du Concours sur Auvio

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