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Chronique littérature

"Retour de service" de John le Carré, un roman d’espionnage et de fiction politique

Voici un titre qui sonne particulièrement en ce lundi 25 mai, jour du retour des chroniques de La matinale en studio. C’est pourquoi Sophie Creuz a choisi de nous parler d’un roman, Retour de service de John le Carré.

Il me semblait que le titre se prêtait bien à mon propre retour de service après cet éloignement prophylactique des studios de Musiq3. Et c’est effectivement un titre qui joue sur les mots puisqu’il fait allusion au retour au pays d’un fonctionnaire britannique, mais aussi au service qu’il sert à son partenaire de badminton tous les lundis soir, et pour finir, il fait aussi écho aux services rendus à la Couronne d’Angleterre, puisqu’il s’agit bien évidemment d’un roman d’espionnage.

John le Carré, le spécialiste du roman d’espionnage

Cela fait soixante ans que John le Carré écrit sur la guerre froide, depuis "L’espion qui venait du froid", et sur toutes les accointances des services secrets partout dans le monde où sont leurs intérêts. Aujourd’hui, John le Carré a 89 ans mais il n’a rien perdu ni de son talent de conteur, ni de son humour, ni de son indignation. Au contraire, depuis quelques années, il y ajoute une certaine amertume, ici d’ironie et de malice, contre son propre camp, à savoir l’Angleterre. John le Carré est un Européen convaincu, il a connu la guerre et sait l’importance pour la paix, de l’Union européenne. C’est un polyglotte cultivé, et ce Brexit lui reste en travers de la gorge.

Un roman qui vilipende le Brexit

Eh bien comme on le sait il a été lui-même agent secret, avant de se convertir à l’écriture, mais ces derniers romans montrent comme du remords. On dirait qu’il ne supporte plus les mensonges et les fausses vérités. Que des gens aient perdu la vie pour défendre les valeurs et l’idéal européen aujourd’hui bafoué par des collusions douteuses, cela lui reste en travers du cœur et de la conscience.

Ce nouveau roman est donc on ne plus d’actualité, qui dénonce les manœuvres de Donald Trump qui méprise l’Europe, et qui préfère fricoter avec Poutine ou s’entendre avec l’un ou l’autre dirigeant nationaliste, pour contourner et affaiblir l’Europe.

John le Carré n’est pas le seul écrivain anglais à vilipender le Brexit, Jonathan Coe l’a fait aussi, pour dénoncer les dégâts des improvisations de Boris Johnson. Mais il ajoute de l’eau au moulin des eaux qui nous menacent.

Un roman de fiction politique

Mais à hauteur d’hommes et de femmes, parce que John le Carré fait descendre tout cela au niveau de l’intime, de la chambre à coucher et de la cuisine, ou plutôt le jardin parce que là il n’y a pas de micros qui surveillent les conversations. Il passe par le ressenti, notamment de la jeunesse qui demande des comptes aux anciens. Des jeunes qui ont une colère qui s’engage, avec une sincérité vraie, quitte à se briser sur la stratégie politicienne. C’est donc un roman qui dénonce, oui, le blanchiment d’argent sale par la City, le fascisme rampant mais à travers des personnages qui nous touchent, parce qu’ils ont pour eux l’amour, la fidélité et leur conscience. Et qu’ils sont capables de tourner le dos au système quand il pipe les dés. Et donc, dans les pages de ce roman plein de rebondissements, à côté d’affreux cyniques, il y a de beaux couples et des jeunes gens intelligents et généreux, nourris de Goethe et de Rilke. Et puis aussi fans de badminton, pour l’élégance et le fair-play d’un jeu qui se joue en terrain neutre, et qui lui, annonce et surtout respecte les règles, à la lettre. Sous peine d’exclusion.

"Retour de service" de John le Carré, traduit de l’anglais par Isabelle Perrin, paraît le 28 mai aux éditions du Seuil.

 

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