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Rescapé d’Auschwitz, Alberto Israël a livré son témoignage urgent à 1800 jeunes

Les rescapés des camps de concentrations allemands, durant la seconde guerre mondiale, sont de moins en moins nombreux. Ils ont survécu à l’indicible, mais ils ne peuvent rien face à l’irrémédiable temps qui passe. Et c’est pour cela qu’il y a cette urgence à les écouter, les rencontrer dès que l’occasion se présente. Alberto Israël avait 17 ans lorsqu’avec sa famille, le 18 juillet 1944, il arrive avec ses parents et ses deux frères dans le camp de concentration d’Auschwitz. Lui seul en sortira vivant. Aujourd’hui âgé de 95 ans, Alberto Israël poursuit son objectif : témoigner. Son public, ce sont les jeunes : "Je fais une exception pour vous, les journalistes, mais je n’en ai rien à foutre (sic) de m’adresser à des adultes. Ce sont les jeunes à qui je veux m’adresser. Ce sont eux qui construiront l’avenir. Et ce sont eux qui, après m’avoir entendu, agiront. Mais je ne veux pas qu’on les y oblige. Je veux qu’ils viennent parce qu’ils souhaitent m’écouter, parce qu’ils veulent savoir ce qu’il s’est passé".

Marqué à jamais

Alberto Israël a survécu, oui. Mais jamais il n’a été en mesure de mener une vie "normale". "Un seul jour passé à Auschwitz, c’est une malédiction", explique-t-il. Son message, son témoignage glaçant, c’est tout ce qu’il peut faire et c’est ce qu’il fait depuis le jour de sa sortie du camp d’Auschwitz, mais comme il le dit "personne ne peut comprendre, personne ne peut mesurer l’ampleur des atrocités qui étaient commises dans les camps. Des expériences médicales menées sur des fœtus dans le ventre de leur mère… Des bébés jetés au feu vivant… Un homme tué par des chiens "parce qu’à cause de lui" un soldat n’a pas pu passer Noël en famille… Un juif, battu à l’aide d’une chambre à air remplie de billes d’acier et finalement exécuté d’une balle dans la tête à côté de moi parce qu’il avait adressé la parole à un soldat allemand… Je continue ou je m’arrête ? Personne ne peut comprendre ce qu’il s’est passé là-bas. Mais ces images, moi, je les vois. Je les revis. Ce n’est pas du cinéma, c’est réel. Il y a des choses que je n’ai jamais dites et que je ne pourrai jamais exprimer. Je n’en ai pas la force".

Rescapé d’Auschwitz n’a jamais pu mener une vie "normale", marqué à jamais. Physiquement, avec ce tatouage, ce matricule inscrit sur son avant-bras gauche : "quand mes enfants m’ont demandé ce que c’était, je leur ai menti, en leur disant que c’était mon numéro de téléphone parce que j’avais une mauvaise mémoire. Mais j’ai une très bonne mémoire. Je me souviens de tout avec précision. On m’a proposé de l’effacer, mais je ne veux pas, il est là et il fait partie de mon histoire". Marqué physiquement et psychologiquement : "Quand je sais que je vais m’adresser à des jeunes, que je vais témoigner, je ne dors pas pendant deux ou trois jours avant. J’en ai marre de prendre des calmants. Aujourd’hui, encore, ma femme me réveille parce que dans mon sommeil, je crie en allemand, je fais des cauchemars. Mais il faut parler, il faut expliquer ce qu’il s’est passé". Alberto Israël sait que bientôt, il ne sera plus là. Mais il n’est pas résigné. Tant qu’il le pourra, il témoignera, en direct.

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La puissance du message

1800 élèves du secondaire des écoles de Charleroi et sa région étaient présents pour écouter Alberto Israël. Touchés, émus, reconnaissants, ce sont les termes recueillis après le témoignage du rescapé d’Auschwitz. "Au cours d’histoire, cette année, on a essentiellement vu la seconde guerre mondiale et l’histoire des camps de concentration. Mais entendre une personne qui explique comme cela, qui a vraiment vécu la situation, ça rend les choses plus vraies", explique une jeune fille. "C’est vraiment choquant, enchaîne un camarade. Et c’est vraiment plus fort qu’un film, un livre ou un documentaire. Là, c’est un homme qui a réellement connu ces horreurs. C’est choquant".

A la fin de l’échange, la salle se lève et applaudit longuement Alberto Israël. "Mais je m’en fous des médailles, des honneurs. Je n’ai jamais accepté un euro pour témoigner. Je le fais parce que j’ai vécu ce que j’ai vécu et qu’il faut que les jeunes sachent". Témoin d’un passé qu’Alberto Israël aurait bien entendu voulu ne jamais connaître pour vivre une vie "normale" dont il a été privé.

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