Chroniques

Rentrée politique : l’énergie de l’impuissance

Les coulisses du pouvoir

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La rentrée politique est presque entièrement consacrée au débat sur les prix l’énergie. Tous les partis se positionnent avec leurs propositions avant le comité de concertation prévu ce mercredi Au cœur de cette tempête, la ministre de l’énergie Tinne Van der Straeten qui concentre sur elle un tir de barrage de partisans de l’énergie nucléaire qui l’accuse d’être à l’origine de la crise.

Haro sur les Ecolos

Depuis déjà plus d’un an, Tinne Van der Straeten, ministre Groen en charge de l’énergie est la cible numéro des défenseurs du nucléaire, au nord et au sud du pays, en particulier à la N-VA et au MR. Leurs assauts répétés ont payé, les écologistes ont bien eu du mal à justifier la construction de centrales au Gaz en plein chantage géostratégique Russe. La ministre a été contrainte de négocier la prolongation de deux réacteurs nucléaires.

Mais ça n’a pas apaisé les choses puisque désormais, c’est la prolongation de deux réacteurs nucléaires supplémentaires, voire de trois qui lui est demandée. Bref l’annulation complète de la sortie du nucléaire que son parti Groen demande avec Ecolo depuis sa création.

Au-delà de la question de la production nucléaire, ce qui se joue c’est la question de la responsabilité de la ministre et des écologistes dans l’augmentation faramineuse des factures. Cela va même parfois jusqu’à accuser les écologistes d’être responsables de la guerre en Ukraine pour avoir accru notre dépendance au Gaz Russe.

Haro sur les libéraux

Ces accusations compliquées à gérer pour les écologistes. Les verts soulignent que le MR est au pouvoir sans discontinuer depuis 1999. Les libéraux avaient le poste de l’énergie dans le dernier gouvernement qu’ils formaient avec la N-VA rappelle Ecolo et à l’époque ils avaient alors eux aussi choisi le gaz plutôt que le nucléaire.

Les écologistes tentent de faire passer le message qu’aucun parti n’a annulé la loi de sortie du nucléaire votée en 2003, et que ce qu’on paie aujourd’hui c’est la passivité des partis qui se sont succédé au pouvoir depuis lors. Ecolo insiste beaucoup aussi sur la faible disponibilité du nucléaire français pour expliquer la crise actuelle. Le nucléaire serait donc à les entendre plus le problème que la solution.

Voilà en gros comment se joue cette bataille de la responsabilité politique dans les prix élevés de l’énergie.

Marché de dupes ?

Il a un point aveugle dans cet échange entre libéraux et écologistes: c’est la question du marché, en particulier le marché de l’électricité. Pour des raisons différentes, tant Ecolo que le MR ces dernières années ont largement fait confiance aux mécanismes complexes du marché au niveau européen pour former des prix qui permettent les investissements dans le renouvelable et des interconnexions importantes entre les pays. Or, ce qu’on observe aujourd’hui c’est que ce mécanisme est en crise profonde. Les prix élevés se transforment surtout en surprofit, en rente plutôt qu’en investissements.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen est intervenue. Elle propose de réformer ce marché de l’électricité. En Belgique, comme ailleurs en Europe, c’est donc le moment de se poser la question : quel est le rôle de l’Etat dans ce marché très particulier de l’énergie qui est soumis à des contraintes géo-stratégiques, sociales et écologiques très fortes ?

Il est possible qu’on en arrive à des solutions hétérodoxes, comme disent les économistes. Comme en 2008 où l’on avait nationalisé des banques en un week-end pour éviter l’effondrement d’un système qui avait déraillé. La France par exemple a déjà annoncé la nationalisation d’EDF.

Mais là on va avoir un problème majeur, c’est que notre fleuron, notre EDF à nous, Electrabel est aux mains du groupe français Engie. Durant les années 90 nous avons laissé le contrôle de nos outils de production électrique s’en aller. En très résumé, Les partis flamands trouvaient Electrabel trop francophone, les écologistes trop nucléaire, les libéraux trop monopolistique, les socialistes ne savaient plus quoi penser.

Ramener la responsabilité de cette crise historique sur une ministre en charge depuis 3 ans est donc réducteur, naïf, facile et cache mal le malaise d’une classe politique qui a organisé sa propre impuissance.

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