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Rencontre avec Grand Corps Malade qui fait rimer la vie, ensemble !

Rencontre avec Grand Corps Malade qui fait rimer la vie, ensemble !
01 oct. 2018 à 07:594 min
Par François Colinet

Avec " Plan B ", le slameur français signe un de ces plus beaux disques. Il viendra présenter ses textes sensibles, drôles et engagés le dimanche 21 octobre au Théâtre National dans le cadre du Festival des Libertés et le 21 novembre au Théâtre Royal de Mons.

12 ans déjà ! On se souvient parfaitement de la déflagration causée par la découverte de Fabien Marsaud. Son flow, son propos et sa béquille pour l’aider à tenir debout et à porter toujours plus haut son message d’acceptation et d’espoir.

A l’époque son style, le slam, et son histoire détonne. Celle d’un ancien sportif contraint à faire face à  la fatalité de l’accident avant de reconstruire sa nouvelle trajectoire. Il apprend alors à adapter ses espoirs et devient un exemple de résilience pour tout un public touché par le sort. Son message rassemble bien au-delà du monde du handicap avec des valeurs de dépassement de soi, de solidarité, et d’amour qui réchauffent les cœurs et les font réfléchir.

Après avoir raconté son histoire à travers un livre et un film d’une puissance rare, il revient avec nous sur ce qui continue à le faire vibrer.

Après six albums et 12 ans de carrière, comment évolue votre manière de créer ?

Les sujets que j’aborde sont en lien avec ce qui anime la société, le vivre ensemble, même si l’amour ou la résilience, par exemple, sont des thèmes qui se retrouvent en filigrane dans chaque album. Les orchestrations changent aussi. Pour "Plan B", on a fait le choix d’un album avec du soleil, des accents du Sud, un peu de bossa, de notes orientales. Par contre, mes habitudes d’écriture n’ont jamais changé. J’écris très régulièrement. J’ai souvent pas mal de textes en magasin avant de me lancer dans la fabrication d’un nouveau disque. Mon rapport à l’écriture n’a pas changé mais je me fixe des exigences de qualité toujours plus élevées.

Grand Corps Malade - PLAN B

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Paris - et la ville en général, est aussi une constance dans votre inspiration. Est-ce une nécessité pour écrire ?

Il y a moyens d’écrire de splendides textes sur la campagne ou le littoral. La ville n’est pas une obligation. C’est notre environnement qui nous inspire. Mes textes sont imprégnés de la ville. J’ai été un chat sauvage, qui sortait beaucoup, qui rentrait tard. En devenant papa pour la deuxième fois, ce rapport à la ville est très différent. Je prends conscience qu’elle est pleine de pièges. J’aimerais par instinct les en protéger mais je serais aussi très heureux de leur transmettre tous mes plaisirs urbains.

"Plan B" remet au centre la question du deuil et de la résilience que vous vivez au cœur de votre corps et de votre trajectoire…

J’ai parlé du deuil dans plusieurs de mes chansons. Il fait partie de nos vies il est complètement lié a la notion de résilience. Le deuil est nécessaire pour avancer. Comme je le dis dans la chanson titre du film "Patients", avoir un espoir adapté, c’est faire le deuil de tous les autres.

Parce que la vie nous impose parfois de fameux coup d’arrêt. Comme mon accident ou comme la mort. Par exemple, celle d’Issam qui m’a inspiré une chanson sur ce disque. C’était un garçon extraordinaire que j’ai rencontré avec l’association "Sourire à la vie" qui vient en aide aux enfants victime du cancer. Pendant sept, huit ans il s’est battu s’était comme un beau diable, un guerrier incroyable ! On le pensait immortel. Le cataclysme a été énorme. Je voulais une chanson à son image, souriante, enlevée.

La solidarité est aussi au centre de votre propos. L’esprit d’équipe que vous avez cultivé dans votre première vie de basketteur. Et l’importance de tendre la main à celui qui a moins de chance…

C’est vrai que c’est une notion essentielle pour moi. Dans "Ensemble", je dis que j’ai besoin des autres pour bien vivre et que j’affiche l’esprit d’équipe comme un emblème. La solidarité,  c’est avancer ensemble dans un projet. J‘ai pu la vivre dans l’aventure formidable de mon film  "Patients" qui fut une nouvelle expérience très enrichissante pour moi.

Mais c’est aussi notre regard sur l’autre que l’on ne connait pas forcément mais que l’on sait dans le besoin. C’est l’histoire que je raconte dans "Au feu rouge". Celle du parcours d’une femme réfugiée dont j’ai croisé le regard, dont j’imagine tout à coup le périple et la douleur. En un instant, elle devient un être humain, incarnant cette notion tellement abstraite qui sa cache derrière "les migrants".

Si j’étais au pouvoir, je sais pertinemment que ce serait plus compliqué mais, comme citoyen, je me dis que l’Europe doit pouvoir s’entendre pour accueillir ces gens qui fuient la guerre et la peur. Des solidarités peuvent et doivent se mettre en place !

Avec quels sentiments avez-vous replongez dans votre propre histoire pour construire votre livre puis votre film "Patients" ?

J’ai abordé ces deux projets liés comme un témoin, comme si ce n’était pas vraiment mon histoire. Presque comme un journaliste qui a envie de témoigner d’un environnement. Ce n’était pas un exutoire. Le deuil était fait.

Je reçois beaucoup de témoignages de personnes handicapées pour qui le livre et le film ont eu une résonance très personnelle. Ce n’est pas une fierté, mais c’est très gratifiant de recevoir tous ces bout d’histoires, liés de près ou de loin à la mienne. Ça leur fait du bien de savoir que leur vie est portée en mot et en image. C’est comme une reconnaissance. Mais, en même temps, je veux me protéger. Je ne suis pas le porte drapeau du monde des personnes handicapée. Je ne dois et ne veux pas porter cette responsabilité.

François Colinet

En concert le 21 octobre au Théâtre National à Bruxelles et le 21 Novembre Théâtre Royal à Mons.

 

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