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Rencontre avec Clara Luciani : le pouvoir des pleurs...

Rencontre avec Clara Luciani : le pouvoir des pleurs... !

Porté en radio par l’excellent single "La Grenade", son premier album " Sainte-Victoire " agit comme une magnifique déflagration prolongée. Un beau coup de cœur à découvrir le 19 juillet aux Francofolies de Spa,  le 15 aout au BSF et le 26 aout aux Solidarités..

Elle a pas mal bourlingué entre La Femme, Nouvelle Vague ou Hologramme, son duo avec Maxime Sokolovski. Clara Luciani n’est donc pas complètement novice dans la chanson. Mais "Sainte- Victoire", son magnifique premier album, marque le grand départ d’une artiste que l’on a pris autant de plaisir à découvrir qu’à rencontrer.

On a le sentiment que la plupart de vos  chansons partent et parlent de souffrances ?

C’est tout à fait juste. Je dis souvent que j’essaie de faire pousser des fleurs sur le fumier ! Utiliser les événements de la vie pour les transformer en chanson d’un coup de baguette magique. Sublimer les chagrins grâce à la musique. Ce n ‘est pas pour rien que mon premier EP s’appelle "Monstre d’Amour". D’ailleurs, l’écriture de l’album démarre d‘un grand chagrin d’amour. Simplement, à l’époque je me disais que, sans doute, ces chansons ne sortiraient jamais, comme un journal intime. Et puis le hasard des rencontres a fait le reste.

La tristesse est sentiment extrême mais qui nous font sentir vivant ! Cela peut être grisant et addictif. Cela me rend prolifique. Du coup, une partie de moi n’a pas envie de sortir de cet état. Dans "Clara pleure" j’explique le besoin de cette tristesse pour me sentir vivante.

Dans votre chanson "Les fleurs" vous avez cette belle phrase : " je pense aux fleurs qui sont parfaites et qui n’ont pas d’autre rôle que de l’être... "

J’ai un apport aux fleurs assez marrant. Comme je suis très exigeante avec moi-même, souvent je me déçois, je me sens nulle. Mais, avec le temps je m’améliore. La vie m’apprend que, pour être heureux, il faut pouvoir être indulgent ou se féliciter. Donc, je m’offre des fleurs. Et cette phrase m’est venue un jour en les mettant dans un vase. C’est fou qu’il y ait autant de beauté dans la nature. Cela me fait penser à "Gatsby le magnifique" quand il lui dit  "You are like a perfect rose", une rose parfaite, la perfection ultime !

Les fleurs sont là pour être belles et sentir bon, alors que l’être humain est très tourmenté et conscient de sa finitude. C’est, avec le sens de l’humour, ce qui nous différencie des animaux. Parfois je préférerais être une fleur.

Rencontre avec Clara Luciani : le pouvoir des pleurs... !
Rencontre avec Clara Luciani : le pouvoir des pleurs... ! Droits réservés

Comment la musique rentre-t-elle dans votre vie ?

Mon père faisait pas mal de guitare et de basse. Donc la musique était présente à la maison mais, venant d’un milieu très modeste, je n’aurais pas pu imaginer faire une carrière artistique. Il me fallait  donc travail "normal", viser un CDI etc. Je m’inscris en Histoire de l’Art mais, à 19 ans, je pète un câble. Je me rends compte  que je veux être du coté créatif et non analytique de l’art.

Je rencontre les membres du groupe "La femme", je monte à Paris où j’habite une chambre de 10 mètres carrés en faisant tous les petits boulots… mais je me sentais la reine du monde ! Je trouvais ça excitant, dans un univers ou tout était possible. Je faisais enfin de la musique. Tout restait à écrire. C’était peut être les années les plus chouettes de ma vie !

En écoutant votre " Sainte-Victoire ", on a rapidement la surprise de découvrir une adaptation de "The Bay" de Metronomy…

J’aurais pu reprendre n’importe quelle chanson de leur album "English Riviera" que j’ai écouté en boucle à l’époque de mon déménagement de Marseille vers Paris. Comme je parle mal anglais, ce disque me procurait plein d’images mentales Baudelairiennes. J’avais envie que ceux qui ne connaissaient pas l’original puissent éventuellement penser que c’était une de mes chansons. C’est la différence fondamentale entre une reprise et adaptation, je voulais y mettre de moi tout en rendant hommage à leur talent.

En découvrant vos textes, on devine une passionnée de littérature…

Écrire un roman, ce serait le rêve de ma vie ! Ma passion première c’est lire et écrire avant la chanson. Mais je veux que mes paroles ne soient pas trop écrites. Trouver des textes directs, universels, simples, qui parlent aux gens directement, et que je puisse chanter en direct, dans l’émotion et le partage.

Quel plaisir particulier trouver vous sur scène ?

J’adore ça. Cela devient vraiment un besoin, autant qu’un plaisir. Le coté groupe, presque colonie de vacances avec les musiciens qui m’accompagnent. J’ai du mal avec les musiques trop électroniques et les artistes qui font tout passer par leur ordinateur. La musique doit être organique je veux qu’on entende les matières, les cuivres, les cordes, les bois…  La musique c’est comme une bonne bouteille de vin, elle est meilleure si on la partage. Pour moi, il y a un coté communautaire dans la musique Partager et aller dans des territoires ou on m’attend pas, c’est sans doute ce que je préfère !

Entretien : François Colinet

En concert le jeudi 19 juillet aux Francofolies de Spa,le 15 aout aux Brussels Summer Festival et le 26 aout aux Solidarités à Namur.

Clara Luciani "Sainte-Victoire" (Universal)

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