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Cyclisme

Remco Evenepoel : il y a un an, voici comment il éclata au grand jour !

Clasica San Sebastian 2019 : Victoire de Remco Evenepoel

Clasica San Sebastian 2019

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03 août 2020 à 13:42 - mise à jour 03 août 2020 à 13:42Temps de lecture4 min
Par Gérald Wery

Au petit matin de ce samedi 3 août 2019, on annonce du soleil sur le Pays Basque. Aucune tornade ! Et pourtant, le temps est à l’éclatant…

Le Tour de France s’est terminé il y a six jours, saluant la première victoire d’un jeune Colombien de 22 ans, Egan Arley Bernal Gomez. Il est devenu le plus jeune vainqueur de la grande boucle. L’époque est à la précocité. Enfin, il y a des limites quand même ! Dans le petit royaume de Belgique, on parle beaucoup d’un jeune prodige de 19 ans. Son prénom fait plutôt penser à une marque de produit alimentaire ou d’une poudre à lessiver. Rares sont ceux qui connaissent un garçon prénommé Remco ! Son nom rappelle celui d’un ancien coureur belge, Patrick Evenepoel, vainqueur du Grand prix de Wallonie au sommet de la Citadelle de Namur en 1993. Son père.

Le petit porteur de bidons attaque !

En ce samedi 3 août 2019 donc, le peloton riche des grands noms du Tour aborde cette Clasica San Sebastian avec l’envie de confirmer, de se racheter, voir peut-être de sauver sa saison. C’est une épreuve classée World Tour. Gagner ici signifie ! Les 227,3 kilomètres ressemblent à la courbe d’un graphique sismique. Seuls les meilleurs se retrouveront pour se batailler la victoire !

Il reste 40 kilomètres à rouler, et pas les plus faciles ! L’équipe espagnole Movistar décide d’accélérer le rythme pour fatiguer les adversaires de Valverde, son favori. La route s’élève. Les kilomètres commencent à se traduire par des picotements dans les jambes. Le peloton s’égraine et le jeune prodige belge, Remco Evenepoel est décroché.

Décroché mais pas lessivé Remco ! Le gamin est aligné pour la première fois de sa carrière sur une course du World Tour. Il a envie de se faire remarquer. Mais la concurrence ici, ce n’est pas celle du Tour de Belgique qu’il vient de remporter ! Peu importe, il revient sur le groupe Valverde dans la descente. C’est un pilote ! Son chef de file dans l’équipe Deceuninck-Quick step, Julian Alaphilippe, a abandonné. C’est lui qui s’était imposé ici l’an dernier ! Le petit Remco donc, est revenu dans les roues des meilleurs. Il en a profité pour jouer son rôle d’équipier en ramenant des bidons. C’est que le gamin est bien éduqué ! Culotté également. Dès le replat suivant, il décide d’attaquer. Pourquoi pas se montrer avant que la grande explication ne commence ? Personne ne le prend au sérieux. Le gamin fonce à tue-tête en compagnie d’un autre coureur en mal d’exposition, Tom Skujins.

Encore 12 kilomètres, Remco s’énerve !

Ce Tom Skujins est le champion de Lettonie en titre. C’est loin d’être un espoir. I ; est presque de 10 ans l’aîné de Remco. C’est aussi un suceur de roue, un profiteur, un calculateur. Il assume ses relais, mais jamais très longtemps. Dans la roue de Remco, il économise jusqu’à 33% de son énergie alors que le jeune belge pédale comme si sa (future) vie en dépendait. Remco s’énerve, se retourne, et lui signifie fermement !

Le parcours s’accidente à nouveau. Les changements de rythme sont nombreux. Un vrai casse-pattes. Et pourtant, le rythme des deux échappés n’a pas faibli. 47,5 km/h de moyenne, ça ne rigole pas ! Le peloton contrôle à 40 secondes. Les favoris se préparent. Bientôt les 2,1 kms à 10,1% de moyenne de l’Alto de Murgil Tortorra. Un mini-col avec un passage à 19%. Une difficulté pour homme fort. Très fort !

Remco y va seul !

Il monte assis à la Merckx. Les coudes moins écartés ! Il a relevé ses lunettes sur le casque. Il boit souvent, par petites gorgées. Il sait qu’il doit s’alimenter s’il veut continuer. Il est lucide et il a un sacré moteur : 12 km/h dans la pente à 19%. Le suceur de roue letton ne peut suivre. Remco y va. Seul ! Son coup de pédale est régulier, machinal. Il ne mouline pas. Il ne force pas non plus.

L’effort est intense. Le visage du jeune belge grimace, mais ses épaules restent dans l’axe. Remco n’est pas en train de surjouer, le peloton va bientôt le réaliser ! Valverde le fait exploser. Il va initier la remontée. Les 48 secondes d’avance sont redescendues à 30 secondes. Mais le petit Remco a décidé de ne rien lâcher ! Sa descente est rapide et précise. Il frôle les bordures à l’extérieur de chaque virage. Du vrai pilotage ! Il relance debout au sprint à la sortir de chaque épingle. Il gagne 6 secondes. Le groupe Valverde commence à douter ! Compliqué de s’organiser lorsque les ego fatigués des Van Avermaet, Mas, Woods, Vanendert, Mollema ou Izagirre se croisent et se toisent !

Il reste 1 kilomètre !

Remco Evenepoel : il y a un an, voici comment il éclata au grand jour !
Remco Evenepoel : il y a un an, voici comment il éclata au grand jour ! © Tous droits réservés

La dernière difficulté est presque franchie. Remco est à bloc entre deux haies de spectateurs ignorant encore tout de Corona et de Remco ! Son visage grimace de douleur et d’espoir. Les ténors sont toujours derrière. Mieux, il est parvenu à recreuser l’écart : 43 secondes à 1,3 kilomètre de l’arrivée ! Les commentateurs de courses cyclistes commencent à ressortir leur dictionnaire des superlatifs : "le Cannibale de San Sebastian", "un phénomène est né !", "on va en manger du Remco !"…

Mais il n’a pas encore course gagnée ! Le dernier kilomètre demande beaucoup de force pour maintenir, sans aucune roue à sucer, une vitesse constante et élevée.

Il reste 500 mètres. Un geste. Une main qui s’appose sur le front. Que m’arrive-t-il ? Que suis-je en train de réaliser ? Quel geste vais-je faire pour franchir la ligne ? Vais-je vraiment gagner ma première course, ma première journée sur une épreuve du World Tour ? 5 heures et 44 minutes sur la selle. 39,6 km/h de moyenne pendant plus de 223 kilomètres. C’est terminé. Remco reste assis sur le cadre de son vélo. Il pleure. Il vient de gagner. Déjà !

C’était il y a un an, le plus jeune vainqueur d’une épreuve du World Tour !

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