Belgique

Régularisation des sans-papiers grévistes : "Des paroles données n’ont pas été respectées" par l'Office des Étrangers, estime Alexis Deswaef

29 oct. 2021 à 17:14Temps de lecture3 min
Par Clémence Dath , M.-P. Jeunehomme et P. Carlot

Mohamed, ancien gréviste de la faim de l’Église du Béguinage à Bruxelles, est tombé de haut ce jeudi lorsqu’il a reçu la lettre concernant sa régularisation. "Je m’attendais à une réponse positive vu mon dossier". Et pourtant sa demande est refusée.

L’homme de 29 ans, originaire du Maroc, a reçu un ordre de quitter le territoire. "Je suis pire que désespéré", raconte-t-il à notre journaliste Philippe Carlot, qui l’a rencontré quelques minutes après avoir reçu la lettre de l’Office des Étrangers. Le secrétaire d'État à la migration, Sammy Mahdi, a réagi au micro de Marie-Paule Lemmens, précisant que les dossiers ont été traité correctement. "L'Office des Étrangers traite les dossiers avec les éléments positifs et négatifs. Sur base de ces éléments-là, des décisions sont prises. Il y a des règles, et on ne peut pas donner une faveur à tout le monde."


►►► Les sans papiers qui avaient suspendu leur grève de la faim se sentent trahis


Mohamed est arrivé en Belgique en 2011 avec un visa étudiant. "J’ai été scolarisé pendant sept ans. J’ai toujours travaillé. Je n’ai jamais eu de problème d’ordre public, explique-t-il. Je parle la langue, j’ai ma famille, j’ai mes grands-parents qui sont belges."

Il dit ne plus avoir de famille au Maroc. Son avenir est, selon lui, en Belgique. "J’ai deux promesses d’embauche, deux lettres de recommandation de mes anciens directeurs, poursuit Mohamed. J’ai même un projet de vie pour faire un bachelier en infirmier. J’aurai aimé travailler légalement, et me sentir existant dans cette société."

Consternation pour les négociateurs

Il ne serait pas le seul à ressentir ce sentiment d’amertume. D’autres anciens grévistes de la faim commencent à recevoir leur réponse. Sur les 20 grévistes qui ont reçu une réponse, 15 ont essuyé un refus, d’après les chiffres du secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Sammy Mahdi.

Les négociateurs, qui ont rencontré le secrétaire d’État il y a quelques mois dans le but de stopper la grève de la faim, ont étudié les réponses de l’Office des Étrangers sur les neuf premiers dossiers. Et c’est la consternation. "Lors de cette discussion, les lignes directrices applicables aux dossiers qui seraient introduits par les grévistes, ont été longuement discutées", a expliqué l’avocat Alexis Deswaef à Marie-Paule Jeunehomme. "Ce sont les mots du secrétaire d’État que nous avons été porter aux grévistes qui, sur cette base, ont décidé d’arrêter la grève de la faim. Et quand je lis les décisions de refus auxquelles on a eu accès, je constate que c’est à l’opposé de ce que le secrétaire d’État nous a dit", regrette le négociateur.

Pour lui, l’Office des Étrangers et son directeur prennent des décisions négatives dans des dossiers dont on leur avait dit qu’ils seraient régularisables. "Des paroles données n’ont pas été respectées", estime l’avocat.

De son côté, Sammy Mahdi défend les décisions prises par l'Office des Étrangers. "On a toujours précisé que tous les dossiers, ceux-ci [des grévistes de la faim, ndlr], et les autres, doivent être traités de la même manière. Les instructions qui existaient déjà, on les a utilisées pour traiter tous les dossiers. J'espère que quand les décisions sont prises, que les dossiers sont examinés avec les éléments positifs et négatifs, qu'on respecte la décision qui a été prise." Il précise qu'on ne peut pas appliquer "d'autres lignes directives pour les grévistes de la faim", par rapport aux autres personnes qui ont introduit un dossier de régularisation. "Ce serait malhonnête".

Des menaces de reprise de la grève de la faim

La semaine dernière, une femme sans-papiers a recommencé sa grève de la faim. "Si on voit que les demandes de régularisation n’aboutissent à rien, on recommencera la grève de la faim collectivement", assure Mohammed, porte-parole au Béguinage.

La grève de la faim avait été commencée le 23 mai dernier par quelque 430 personnes sans-papiers. A la suite de discussions, elle a été suspendue le 21 juillet.

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