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Refus alimentaires chez l’enfant : une question de pouvoir ou de vouloir ?

Tendances Première: Les Tribus

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Le dossier du Ligueur s'intéresse cette semaine à la question de la néophobie alimentaire. Explications avec la journaliste Clémentine Rasquin.

La néophobie alimentaire, c’est la peur de goûter de nouveaux aliments. Pas d’inquiétude, c’est tout à fait normal dans le développement de l’enfant. Cela concerne environ 70% d’entre eux. Cette phase est transitoire et ne s’installe pas dans la durée.

© Getty Images

Quand et pourquoi ?

C’est généralement vers 1 an et demi, 2 ans que l’enfant va déclarer cette néophobie alimentaire. C’est l’âge où il va prendre conscience de son environnement et du pouvoir qu’il peut avoir sur son entourage.

C’est aussi l’âge où il apprend à se méfier et à ne plus tout porter systématiquement à la bouche. Et c’est salutaire : il comprend que la jolie pastille de lave-vaisselle, papa et maman ne la mettent pas en bouche et qu’il ferait bien d’en faire autant.

Le refus alimentaire peut aussi être interprété comme une forme d’affirmation au moment de la fameuse période du non : il peut aussi imprimer ce non dans son registre alimentaire.

Cela peut aussi être une façon pour l’enfant de se sécuriser, au moment où il vit de nombreux chamboulements, comme l’école. Il peut souhaiter s’en tenir à des aliments connus, qui le rassurent. Il cherche en quelque sorte des repères par l’assiette.

Le refus alimentaire peut se déclarer plus tôt ou plus tard, varier au fil du temps, mais en tout cas, aux alentours de 6 ans, l’enfant doit être capable de manger de tout comme l’adulte, sans surveillance. Toutefois, les avis divergent, certains parlent plutôt de 10 ans.

Il est important de ne pas trop vite monter au créneau. Mais à l’inverse, il ne faut pas accepter non plus que les refus s’installent sur la durée. Si le parent est inquiet pour son enfant, il ne doit pas hésiter à consulter le pédiatre, qui va pouvoir exclure toute cause médicale : reflux pathologique, problèmes intestinaux, amygdales gonflées…

Quels aliments boycottés, quels aliments plébiscités ?

Les fruits et les légumes sont, sans surprise, les aliments qui sont le plus souvent boycottés par les enfants, d’abord par leur caractère amer. Certains enfants ont une hypersensibilité au niveau des capteurs gustatifs et éprouvent une réelle sensation de dégoût pour les aliments amers ou acides.

Il ne faut pas trop vite dire que c’est une question de volonté. C’est un peu pour cela qu’on a titré jusqu’où c’est une question de vouloir ou de pouvoir.

Ce qui passe le mieux, ce sont les aliments simples, qui ont un goût neutre, une texture lisse, comme les pâtes, le riz, les pommes de terre, le fromage,… qui sont faciles à mastiquer et à avaler.

L’alimentation apprise par association pavlovienne

La clé, c’est la répétition. C’est vrai en éducation, c’est vrai aussi pour l’alimentation. Pourquoi répéter est-il essentiel ? C’est parce que l’on n’a pas une appétence innée pour les aliments, ce n’est pas le coup de foudre. A l’exception du sucre.

Pour le reste, l’alimentation est apprise. Cela veut dire que l’enfant va inconsciemment associer au brocoli les effets post-ingestifs du brocoli. On parle d’association pavlovienne. Il apprend qu’il ne doit pas se méfier lorsqu’il mange tel aliment, que cela lui réussit plutôt bien.

L’organisme va au fur et à mesure associer le goût de l’aliment à ses effets post-ingestifs.

Cela veut dire aussi qu’il faut pouvoir goûter un aliment 5 à 10 fois avant de pouvoir l’accepter et l’apprécier. On peut monter jusqu’à 15 ou 20 fois.

Les parents ne doivent pas s’avouer trop vite vaincus ! Cette répétition est vraiment salutaire.

Quelques bons conseils

La diététicienne Gisèle Gual parle du concept de responsabilité partagée : s’il revient aux parents de décider du contenu de l’assiette et des horaires de repas, c’est à l’enfant de décider de la quantité qu’il y a dans l’assiette. Il y a parfois trop d’ambition ou d’inquiétude des parents par rapport à la pyramide alimentaire. Il vaut mieux au début miser sur de petites quantités : un petit bouquet de brocoli, une verrine de soupe. C’est une manière de lancer une main tendue vers l’enfant en disant : je ne te demande pas tout de suite en quantité.

Equilibrer l’assiette est aussi un bon plan. Il faut veiller aussi à ce que dans l’assiette, il y ait au moins un aliment qui soit apprécié, ce qui peut donner la confiance nécessaire pour tester d’autres aliments plus redoutés.

Respecter un rythme pour les repas. Si l’enfant n’a pas mangé au repas, on lui donne souvent un biscuit pour patienter. Or, le grignotage intempestif empêche la sensation de faim au moment des repas. Il faut veiller à la régularité des repas pour lui donner plus de chance d’avoir faim lorsqu’on se met à table.

Eviter le marchandage autour de l’assiette. Proposer un bonbon en récompense s’il a bien mangé, ce n’est pas le bon plan. Cela participe à opposer des aliments, à faire sentir à l’enfant qu’il y a des 'bons' et des 'mauvais' aliments.

Ne pas récompenser mais ne pas non plus punir par l’assiette, c’est important.

>> Découvrez-en davantage dans le dossier du Ligueur

>> Et retrouvez ci-dessus la séquence complète

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