Belgique

Réfléchir ensemble à un "islam moderne" en Belgique francophone

Jean-Claude Marcourt: "L'ambition est de permettre à la deuxième et troisième génération ainsi qu'aux convertis de prendre leur destin en main"

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18 mars 2015 à 11:01 - mise à jour 18 mars 2015 à 15:11Temps de lecture3 min
Par Odile Leherte

L'objectif concret assigné à cette commission est, d'une part, d'examiner dans quelle mesure - et le cas échéant comment - il est possible d'améliorer la formation des "cadres musulmans" et, d'autre part, d'étudier l'opportunité d'une "émission concédée" pour la communauté musulmane, à l'égal des autres communautés convictionnelles, voire de plancher sur son éventuelle mise en œuvre.

L'enjeu est triple, a commenté Jean-Claude Marcourt (PS) avant de laisser le soin à la commission d'entamer ses travaux à l'abri de toute ingérence, neutralité de l'État oblige. "Il s'agit de veiller au développement d'un islam moderne en Fédération Wallonie-Bruxelles qui s'inscrive dans le respect des valeurs démocratiques de tolérance, de liberté, d'égalité, de libre examen. C'est dans cet esprit que doit être pensée la formation des cadres qui servira à terme les ministres du culte, les aumôniers, les éducateurs, les professeurs, etc."

"Un islam d'Europe et de Belgique, pas un islam importé"

Le ministre s'est également dit convaincu depuis longtemps, et bien avant les attentats de Paris et Copenhague, de la nécessité d'aboutir à "un islam d'Europe et de Belgique, pas un islam importé". Il entend expliquer sa démarche auprès des ambassadeurs du Maroc et de Turquie dont il sollicite le soutien. "L'ambition est de permettre à la deuxième et troisième génération ainsi qu'aux convertis de prendre leur destin en main".

Enfin, Jean-Claude Marcourt insiste sur l'importance de la "reconnaissance" de cet islam moderne. Il s'agit de faire émerger des personnalités sur la place publique, et notamment médiatique. "Rien ne justifie que l'islam, deuxième religion du pays, n'ait toujours pas accès aux émissions concédées sur le service public", a estimé le ministre des Médias.

Les meilleurs experts belges de l'islam autour de la table

Ils viennent de l'ULB, de l'Université de Liège et même de l'UCL. L'UCL n'avait pourtant pas caché certaines réticences, ces derniers mois, face à l'initiative du ministre Marcourt de développer une formation des cadres musulmans. Il faut dire que l'UCL organise déjà une formation en "Sciences religieuses : islam" depuis plusieurs années. On aura d'ailleurs noté les efforts de diplomatie déployés par le ministre, dans l'idée de ne froisser personne et de faire en sorte que la Commission démarre dans un esprit positif.

"Je n'ignore pas qu'il existe des formations de grande qualité, a précisé le ministre, notamment celle proposée par le CISMOC (Centre Interdisciplinaire d'Études de l'Islam dans le Monde Contemporain, ndlr) de l'Université Catholique de Louvain, l'Exécutif des musulmans en propose également [...]  Ne peut-on faire encore plus, encore mieux ? C'est la question que je pose aujourd’hui aux membres de cette Commission."

Le ministre cite l'exemple de l'Institut du monde arabe à Paris, un institut public d'étude de l'islam, "un lieu d'expositions, de conférences et de dialogue. Pouvons-nous imaginer, toutes proportions gardées bien sûr, un lieu de ce type pour l'islam, en Fédération Wallonie Bruxelles ? Un lieu de savoir, de rencontre, d'interculturalité ?".

L'Exécutif des musulmans participe aussi aux débats

Nouredine Smaïli, président de l'Exécutif des musulmans de Belgique, ne cache pas sa joie de participer à la Commission. "C'est positif. On est heureux, parce qu'on est dedans. Nous voulons construire un islam de Belgique qui fonctionne avec les valeurs belges. Les gens qui sont ici sont universitaires et hautement qualifiés. Je crois donc que le débat va être constructif et qu'on arrivera à un master pour la formation des cadres de l'islam."

Pour Nouredine Smaïli, les cadres musulmans (imams, aumôniers) doivent être d'ici. "Quelqu'un qui vient de l'étranger a besoin d'un temps d’adaptation pour découvrir la société belge. Et je crois qu'on n'a plus le temps pour l'adaptation, sauf si on trouve des gens hautement qualifiés qui ont une mentalité totalement ouverte. Alors oui, il n'y aurait pas de problème."

La Commission doit rédiger un rapport, qui peut contenir des propositions divergentes. Elle ne doit pas forcément aboutir à un consensus. Ce rapport devrait être remis au mois de septembre au monde politique qui devra par la suite traduire tout cela en débat parlementaire et en décisions concrètes.

RTBF et Belga