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Belgique

Redresser l’économie wallonne: 20 ans de demi-échec et un avenir incertain

Transversales

La santé économique de la Wallonie

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04 mai 2022 à 14:40 - mise à jour 04 mai 2022 à 15:45Temps de lecture3 min
Par Carl Defoy

Est-ce que la Wallonie est parvenue à faire sa mue et passer d’une économie vacillante à un développement normal ? Tous les 3 ans, la Commission européenne vérifie si c’est bien le cas pour la Wallonie ainsi que pour d’autres régions dans la même situation. Le rapport a été récemment publié. Il n’est pas élogieux.

Le document en question porte sur la politique de convergence qui doit permettre aux régions en retard de développement de rejoindre le peloton européen. Or, il semble bien que la Wallonie lézarde dans la zone grise avec le Mezzogiorno italien, quelques régions de France et du Portugal, de la Grèce ou de Chypre. Comme cela dure depuis longtemps, l’Europe considère que la Wallonie est même tombée dans le piège au développement !

La croissance du PIB par habitant entre 2001 et 2019
La croissance du PIB par habitant entre 2001 et 2019 ec.europa.eu

Aucun progrès en 20 ans ?

Il y a bien sûr des avancées. La Wallonie a progressé en termes de création d’activités, de production de richesses et d’emplois. La Wallonie de 2022 n’est plus celle de 2001. Mais elle a poussé trop mollement sur l’accélérateur pour combler son retard.
 

Prof. Giuseppe Pagano
Prof. Giuseppe Pagano RTBF

Le Professeur Pagano de L’UMons, est spécialiste des finances publiques. Il compare volontiers la situation des Wallons à celle de coureurs cyclistes : "Le groupe des lâchés pédale désormais presque aussi vite que la tête de la course ; le fossé ne se creuse plus. Mais comme devant eux, personne ne ralentit la cadence, l’écart demeure."

Après 20 ans d’efforts peu fructueux, un dernier (?) espoir de rattraper le peloton européen.
Après 20 ans d’efforts peu fructueux, un dernier (?) espoir de rattraper le peloton européen. © Tous droits réservés

Ce n’est pas comme si on n’avait rien tenté !

Depuis 1999, les initiatives se sont multipliées pour rattraper le retard de développement: Contrat d’avenir, Contrat d’avenir actualisé puis renouvelé, Plan Marshall, Marshall2.Vert ou 4.0, Plan d’Investissement… n’ont pourtant pas permis de faire le saut décisif qui sépare les zones en retard de développement de celles qui performent le mieux.

Premier essai pour structurer le développement : le Contrat d’Avenir
Premier essai pour structurer le développement : le Contrat d’Avenir BRUNO ARNOLD / ASAP

Les raisons du chagrin

Didier Paquot est chef économiste à l’Institut Destrée, le think tank wallon. Il consacre chaque semaine une chronique à la Wallonie. Il souligne d’abord que ce n’est pas l’action politique qui crée les entreprises mais, dit-il "le pouvoir politique a une grande responsabilité dans l’environnement qu’il façonne. Or, selon lui, il manque une réflexion, une analyse et une évaluation de ce qui a été fait pour faire mieux après". Exemple type : les pôles de compétitivité ont fait du bon travail pendant 5 ou 10 ans mais comme on ne les a pas réorientés, leur impact diminue de plus en plus.

Didier Paquot, Chef économiste à l’Institut Destrée
Didier Paquot, Chef économiste à l’Institut Destrée RTBF

Un dernier essai

Alors, le Gouvernement wallon tente un dernier essai. Il jette toutes ses forces dans le Plan de Relance qu’il annonce le 28 mars dernier : il met 7,6 milliards sur la table. Les partenaires sociaux et environnementaux sont associés à l’opération. Les patrons de l’Union Wallonne des Entreprises et de la FGTB wallonne avaient réclamé – ensemble – que le plan soit plus cohérent. Appel entendu : ils auront leur mot à dire pour recadrer les mesures si, ici ou là, elles ne donnaient pas les résultats escomptés.

Présentation du Plan de Relance par le Gouvernement wallon en compagnie des interlocuteurs sociaux et environnementaux
Présentation du Plan de Relance par le Gouvernement wallon en compagnie des interlocuteurs sociaux et environnementaux © Tous droits réservés

Jouer son va-tout

Dans cette opération, le Gouvernement joue probablement pour la dernière fois des moyens aussi considérables. Après 2024, ce ne sera plus possible de consacrer autant de moyen à la relance. Les transferts Nord-Sud (620 millions d’euros par an) commenceront à s’éteindre alors que, dans le même temps, il faudra réduire une dette boursouflée par les dépenses antérieures, la crise covid, les inondations.
"A ce stade, la dette n’est pas préoccupante, explique le professeur Pagano, mais si elle n’est pas rapidement corsetée, elle va enfler. Et alors, elle risque de brider les marges de manœuvre pour des politiques utiles, voire indispensables, en matière de transition climatique ou aussi pour les infrastructures."

© Tous droits réservés

Ça va marcher, ce Plan de Relance ?

Personne n’oserait donner de garantie. Il y a toutefois des éléments qui plaident pour tenter l’essai.
Giuseppe Pagano souligne qu’il y a un engagement commun entre des partis aux idéologies éloignées et que les partenaires sociaux ont aussi marqué leur accord. Didier Paquot ajoute qu’il y a des structures, des universités, des gens formés, des entrepreneurs… bref un terreau où semer.
Le pari est que, cette fois, il soit exploité avec plus d’efficacité que durant les 20 dernières années.

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