Belgique

Recrutement à la prison d’Haren : trop peu de candidats se sont manifestés

Prison de Haren

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Le SPF Justice recrute 250 agents pénitentiaires pour la nouvelle prison de Haren qui devrait ouvrir ses portes en septembre 2022. Des emplois à pourvoir, une campagne de recrutement lancée… Moins de 400 candidats se sont manifestés, beaucoup trop peu pour un recrutement de qualité.

Nouvelle vision de la détention

Qui dit nouveau recrutement, dit nouvelle approche de la profession. "La fonction d’assistant pénitentiaire va disparaître et sera remplacée par deux nouvelles fonctions. D’une part, celle d’accompagnateur de détention et d’autre part, celle d’assistant de sécurité. Dans les deux cas, il y a un contact avec les détenus", explique Jurgen Van Poecke, le directeur de la prison de Bruxelles.

La différence entre les deux profils de carrière réside néanmoins dans les compétences mobilisées. "Un accompagnateur de détention est une personne qui prendra place dans une unité de vie et qui aura un rôle de guide. On demande donc à cette personne une certaine capacité d’écoute, d’empathie… Des qualités qui vont dans le sens du relationnel. L’assistant de sécurité, lui, n’aura pas ce rôle d’accompagnateur. Il veillera plutôt au respect des procédures de sécurité. Son travail se fera, par exemple, au niveau des portiques, dans la salle des visites ou lorsque les détenus sont en mouvement."

Il s’agit en fin de compte de proposer aux agents pénitentiaires d’opter vers un pôle ou l’autre. L’objectif ? Mettre en valeur ce que les agents pénitentiaires peuvent apporter au système carcéral. Cette démarche s’inscrit directement dans la nouvelle vision de la Justice souhaitée par le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne.

Mais est-ce que cela est suffisant pour séduire de potentiels futurs candidats ? Cela reste à voir.

Pour l’instant, selon les chiffres du Selor, bureau de sélection de l’administration fédéral, 367 candidats francophones et 22 candidats néerlandophones se sont inscrits pour passer les examens d’entrée à la profession. Sur les 367 postulants francophones, 162 accéderont à l’étape de l’entretien. Jurgen Van Poecke justifie ces statistiques : "La priorité est de trouver les bons candidats."

Geert de Smet, directeur général du Selor détaille : "Beaucoup de candidats s’inscrivent mais soit ils ne répondent pas aux conditions, soit ils ne se présentent tout simplement plus aux étapes d’après. C’est ce qui explique qu’à l’arrivée, on se retrouve avec très peu de profils sélectionnés".

Une procédure trop longue et trop exigeante

Où cela coince du côté des candidats ? Plusieurs facteurs. Le premier : "La procédure est longue et parfois décourageante. Il y a beaucoup d’étapes", reconnaît Grégory Wallez, ancien agent pénitentiaire et permanent syndical de la CGSP-prison. Pour pallier cela, "nous souhaiterions que les personnes qui réussissent le premier examen puissent directement exercer en tant que contractuelles. Ce qui permet de ne pas perdre de vue les profils pendant la procédure de 'statutarisation' qui est parfois très longue".

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Seconde explication à la difficulté de trouver des candidats : les critères de sélection. Quelquefois fastidieux. Pour être agent pénitentiaire, il faut disposer du CESS (Certificat d’enseignement secondaire supérieur) ou de la carte d’accès. Une carte délivrée à l’issue d’une épreuve qui permet au Selor de vérifier que le candidat a les capacités d’exercer une fonction d’un certain niveau. Le diplôme prime donc. Toutefois, sans être pour autant sur la table des négociations, l’idée d’une suppression de ce facteur émerge pour répondre à la pénurie. Parfois, c’est aussi une autre étape qui coince : "Certains correspondent aux exigences évaluées pendant les entretiens mais, réussir les examens ce n’est pas tout. Il y a aussi des tests médicaux qui peuvent disqualifier un candidat", évoque Grégory Wallez.

Un métier peu séduisant

Autre élément qui justifie la pénurie et qui est sans doute le plus évident : le milieu carcéral ne séduit tout simplement pas. Pour le permanent syndical de la CGSP-prison : "Il y a des efforts qui sont faits pour rendre la profession attractive en changeant le nom de la fonction, par exemple. Mais peu importe l’appellation, on rentre toujours dans une prison, les personnes savent pourquoi elles passent un examen". Horaires difficiles, climat de violence… la prison est loin d’être un lieu qui fait rêver. Pourtant, Geert De Smet rappelle : "Il ne faut pas oublier que c’est une fonction qui a du sens. Elle a une utilité sociétale très importante."

Il ne faut pas oublier que c’est une fonction qui a du sens. Elle a une utilité sociétale très importante.

Pour motiver les plus réticents à l’idée d’occuper un poste d’accompagnateur de détention, plusieurs projets ont été lancés. La Ville de Bruxelles a notamment offert des formations pour permettre aux candidats de se préparer aux examens. L’ASBL Centrale de l’Emploi s’en charge : "Nous accompagnons les candidats pour les préparer aux tests psychotechniques et aux entretiens d’embauche. En fait, nous connaissons le genre de tests que les candidats vont devoir passer et à partir de cela, nous préparons des exercices adaptés", affirme Jean-Louis Peters, directeur de l’asbl.

Une vingtaine de candidats sont passés par la formation avant de se présenter aux examens. Parmi eux : une femme de la petite enfance, un homme du gardiennage… Finalement, des profils très variés qui montrent que le métier d’agent pénitentiaire peut s’ouvrir à divers horizons.

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