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Reconnaissance des deux régions séparatistes : tout comprendre à ce qu'il s'est passé entre la Russie et l'Ukraine ce lundi

QR l'actu

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22 févr. 2022 à 05:006 min
Par L.R. avec agences

Ce lundi soir, lors d'une allocution à la télévision d'Etat, le président russe Vladimir Poutine a reconnu l'indépendance de deux régions séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine. Pourquoi s'agit-il d'un événement important sur la scène internationale? Comment ont réagi nos dirigeants? Et pourquoi parle-t-on tout le temps de l'Ukraine ces dernières semaines ? On vous fait un récap. 

L'annonce

Commençons par ce qui s'est passé ce lundi soir : après des annonces aussi nombreuses que contradictoires sur les tensions entre la Russie et l'Ukraine, Vladimir Poutine a reconnu l'indépendance de deux territoires du Donbass ukrainien : les "républiques" autoproclamées de Donetsk et Lougansk, dont les "dirigeants" avaient appelé lundi Poutine à reconnaître leur souveraineté.

Le discours du dirigeant russe a durée plus d'une heure et a débuté vers 19h30 heure belge. Poutine a décrit l'Ukraine comme un Etat créé par la Russie sous le règne du dirigeant communiste Lénine. L'Ukraine, a poursuivi Poutine, n'a jamais eu de "véritable État", mais a plutôt copié des modèles pour créer un État-nation.

Nos confrères de CNN traduisent une partie du discours tenu par le président russe : 

"À la veille et après la Seconde Guerre mondiale, Staline a déjà annexé à l'URSS et transféré à l'Ukraine certains territoires qui appartenaient auparavant à la Pologne, à la Roumanie et à la Hongrie (...) Et en 1954, pour une raison quelconque, Khrouchtchev a pris la Crimée de la Russie pour la donner à l'Ukraine. En fait, c'est ainsi que le territoire de l'Ukraine soviétique a été formé."

Le ton est donné. Ensuite, Vladimir Poutine signe le décret qui reconnait l'indépendance de ces deux territoires ainsi que des accords "d'amitié et d'entraide" avec eux. Il demande ensuite au Parlement d'approuver la décision et de ratifier les accords, puis intime l'Ukraine d'en finir avec les opérations militaires.

L'armée russe libre d'entrer dans ces territoires

Quelques heures plus tard, ce que prévoyaient les experts en géopolitique s'est vérifié : le président russe a ordonné à son armée d'entrer dans les territoires séparatistes dans l'Est de l'Ukraine après avoir reconnu leur indépendance, une décision qui pourrait entraîner une guerre avec Kiev.

Les deux décrets du président russe reconnaissant les "républiques populaires" de Donetsk et Lougansk demandent au ministère de la Défense que "les forces armées de la Russie (assument) les fonctions de maintien de la paix" dans ces territoires.

Le nouveau traité établi entre la Russie et les territoires séparatistes de Donetsk et de Lougansk en Ukraine autorise la fédération russe à établir et opérer ses propres bases militaires dans l'est de l'Ukraine. L'accord fait aussi référence à une protection conjointe des frontières. Le traité porte sur 10 ans, avec la possibilité d'une reconduction automatique. 

Qu'est-ce que ça implique ? 

Sans vous faire le cours de géopolitique, il faut savoir que, symboliquement, cette reconnaissance signe la fin d’un processus de paix moribond. Puis, évidemment, reconnaître ces territoires, pour la Russie, cela signifie les inclure dans sa zone d'influence, même si, de facto, elles y étaient déjà.

Reconnaître l'indépendance de ces deux territoires signifie également que Moscou peut y déployer des troupes en invoquant le fait de protéger ces deux "républiques". Ce qu'elle a fait. 

Olivier Corten, professeur de droit international à l'ULB l'expliquait bien sur le plateau de QR quelques heures avant que Poutine ordonne l'entrée de l'armée dans les territoires : "Depuis 2014, la Russie occupe une partie de l’Ukraine, la Crimée, et elle arme et finance toute une série de séparatistes dans l’Est de l’Ukraine. Il faut séparer les deux conflits mais ils sont liés. Le Sud de l’Ukraine est occupé par la Russie et à l’Est, la Russie soutient des rebelles séparatistes même si elle l’a toujours nié. En faisant cette déclaration de reconnaissance, Vladimir Poutine pourra ensuite dire qu’il doit soutenir militairement ces soi-disant républiques indépendantes de l’Ukraine, comme si l’Ukraine était un autre pays. Ça marque clairement un engagement plus appuyé de la Russie. La guerre va donc s’aggraver".

Un tournant

Aussi, une telle reconnaissance marque un véritable tournant dans le conflit ukrainien : "Jusqu'à présent, la Russie niait avoir un rôle direct dans le conflit ukrainien. Désormais, les choses sont beaucoup plus claires. Ce qui rend le conflit particulièrement inquiétant, c’est que l’Ukraine va sans doute estimer que ces déclarations sont une déclaration de guerre. Une chose est certaine à présent, les accords de paix de Minsk de 2015 sont morts", analyse Nicolas Gosset, chercheur à l’institut royal supérieur de défense pour QR. 

Malgré le symbole fort, qui ne laisse présager rien de bon quant à la suite des relations entre la Russie et l'Ukraine (voire avec l'Occident), cette déclaration de Vladimir Poutine n'a pas de valeur au regard du droit international : "Ce n’est pas la première fois que cela arrive. L’Europe l’a fait pour le Kosovo et la Russie l’a déjà fait pour des régions sécessionnistes de Géorgie, elle l'a fait également pour la Crimée. En réalité, ça n’a aucune valeur juridique. Ce sont des reconnaissances unilatérales qui ne font qu’aggraver l’ingérence de la Russie dans le conflit actuel", recadre Olivier Corten, professeur de droit international à l'ULB. 

Les réactions 

Inutile de vous dire que les dirigeants ukrainiens et occidentaux étaient loin d'être sereins ce soir. En bref, l'Union européenne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont condamné le geste de Vladimir Poutine. Ils ont utilisés presque la même formule, définissant l'annonce russe comme une "violation flagrante du droit international et des accords de Minsk"Et ils ont promis des sanctions. 

Les Etats-Unis comptent "publier un décret qui interdira tout nouvel investissement, échange ou financement par des personnes américaines à destination, en provenance ou dans les régions" prorusses de Donetsk et Lougansk, a indiqué la porte-parole de Joe Biden. Les Etats-Unis ont dévoilé les premières sanctions après la reconnaissance par Moscou de l'indépendance de régions séparatistes en Ukraine, mais sont restés vagues sur leur réponse à l'envoi de forces russes de "maintien de la paix" dans ces territoires.

Vers 21h30 heure belge, Joe Biden, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz se sont parlés au téléphone. Faut dire que la défaite est cuisante, surtout pour le Français et l'Allemand, qui étaient les médiateurs dans le conflit de l'est ukrainien. Emmanuel Macron a tout de suite convoqué un conseil de défense et de sécurité nationale sur la situation en Ukraine et en Russie.

En Europe, les principaux dirigeants ont condamné les faits et annoncé des sanctions. Vers minuit trente, l'Elysée faisait savoir que l'Union européenne allait prendre des sanctions visant à la fois des entités et des individus russes. 

Et le président ukrainien, dans tout ça ? 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est entretenu d'abord avec Joe Biden, puis avec Boris Johnson. Le Premier ministre anglais avait, lui aussi, condamné les faits. Et a promis d'adopter des sanctions "lourdes".

Plus tard dans la nuit, les membres occidentaux du Conseil de sécurité de l'ONU ont demandé une réunion d'urgence lundi soir. De son côté, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) "condamne fermement" le geste de Vladimir Poutine.

Les origines du conflit

Cette reconnaissance des régions séparatistes nous donne aussi l'occasion de rappeler pourquoi les relations entre la Russie et l'Ukraine, et plus particulièrement la région du Donbass (Est de l'Ukraine) sont compliquées depuis longtemps.

Pour bien comprendre, il faut savoir que le Donbass est un territoire peuplé de russophones et un bassin industriel très important pour l'économie ukrainienne. Comme on vous l'explique ici, la guerre y a éclaté dans la foulée de l’annexion par la Russie de la péninsule de Crimée en 2014, après le renversement du président Ianoukovitch et l’arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev.

Les séparatistes pro-russes ne reconnaissent pas ce nouveau régime ukrainien. Et quelques mois après l’annexion de la Crimée, deux entités sans reconnaissance internationale sont proclamées : les Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk, qui contrôlent de fait une partie du Donbass ukrainien. Sous l'égide franco-allemand, des accords - les 'accords de Minsk' - sont négociés entre l'Ukraine et la Russie. Mais la solution politique n'arrivera jamais. 

En novembre 2021, Washington demande des explications à la Russie sur des mouvements de troupes "inhabituels" à la frontière ukrainienne. Poutine accuse les Occidentaux de livrer des armes à Kiev et de mener des exercices militaires dans la région. C'est le début du regain des tensions.

C'est dans la foulée de ce regard de tensions que Moscou dévoile deux projets de traités pour bannir notamment toute adhésion de l'Ukraine à l'Otan et obtenir le retrait des forces de l'Otan des pays de l'ex-espace soviétique.

Vous le devinez, l'Ukraine n'est pas du même avis. Comme l'ont rappelé les deux experts intervenus dans QR, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN est en discussion depuis 2008 : les Américains y étaient favorables, alors que les Européens avaient déjà compris ce que cela aurait pu engendrer comme réaction chez les Russes

A ce jour, et suite à la reconnaissance des deux régions séparatistes, la tension monte d'un cran. Reste à voir comment sera gérée la situation dans les heures à venir.

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