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"Rebotata rebota y en tu cara explota" : la pièce de théâtre qui dénonce les féminicides

"Rebotata rebota y en tu cara explota" : la pièce de théâtre qui dénonce les féminicides
11 déc. 2021 à 11:104 min
Par Sarah Lohisse pour Les Grenades

Rebotata rebota y en tu cara explota – ça rebondit, ça rebondit et ça t’éclate en pleine face - petit dicton chanté par les élèves dans les cours de récréation espagnoles. Entendez, en traduction française : "C’est celui qui le dit qui l’est". La pièce de théâtre co-produite par Agnès Mateus et Quim Tarrida compte bien remettre en place les stéréotypes de genre qu’on nous inculque depuis notre plus tendre enfance. Les réalisateur.rices en sont à leur 121ème représentation et s’installent le temps de quelques jours à Bruxelles, au Théâtre National.

Rebota rebota y en tu cara explota est né en 2017 d’une nécessité, d’un besoin de parler des féminicides, et d’une envie de représentation alors que le sujet était rendu tabou dans les institutions espagnoles. "Nous les femmes, nous sommes complètement abandonnées par les politicien·nes", commence Agnés Mateus, co-réalisatrice avec Quim Tarrida, et actrice de la pièce, en continuant : "Si c’était des footballeurs qui étaient tués deux fois par semaine, ça serait un sujet, un problème d’État".

C’est de cette hargne et de cette envie de faire bouger les lignes qu’a donc vu le jour le deuxième spectacle des réalisateur.rices, après "Hostiando a M" traitant des violences policières. Dans leurs pièces, la violence est régulièrement utilisée comme thématique centrale, ce n’est pas pour autant qu’elle est explicite.

Le féminicide est ici utilisé comme toile de fond : "Il est vu comme une fin de chaîne d’évènements. L’origine, c’est notre société, notre culture patriarcale et hétéronormative dans laquelle on a grandi. Beaucoup de choses nous y mènent : les contes, les histoires, notre éducation d’enfance. On parle de notre langage, des insultes que l’on reçoit en Espagne et partout ailleurs pour la seule raison que nous sommes des femmes", argumente l’actrice-réalisatrice.

La pièce, qui a vu le jour avant Metoo, a continué la lutte à la naissance du mouvement : "Avec Rebota, on s’est mis là-dedans, on a voyagé avec ce spectacle pour continuer de visibiliser les violences faites aux femmes". La pièce de renom a déjà remporté plusieurs prix, notamment le prix de la critique 2017 au meilleur spectacle des Nouvelles Tendances, le prix FAD Sebastià Gasch Applaudissements 2018 et le prix Butaca 2018 aux Nouvelles Contributions Scéniques. Il prendra place pour la première fois en Belgique en décembre 2021.

Si c’était des footballeurs qui étaient tués deux fois par semaine, ça serait un sujet, un problème d’État

Empowerment et parole libératrice

Seule en scène, Agnés Mateus utilise la parole, son corps et la musique comme libération. Un décor à l’esthétique néo pop, un son haut décibel, des lumières colorées, elle parle, crie et s’approprie l’espace dans une optique d’empowerment. C’est une dénonciation, c’est une lutte, c’est une confrontation, c’est une transmission d’énergie commune : "Nous sommes fortes, nous sommes fières", comme le scande une chanson féministe connue.


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Si le spectacle emprunte des touches de cynisme, il compte bien remettre en place les "on dit", les étiquettes, les codes attribués aux filles depuis qu’elles sont nées. "Notre corps nous aide à exprimer ce que c’est d’être une femme qui a reçu une éducation avec des mythes de princesse et de prince qui viendra la sauver. L’humour est important parce qu’il fait partie de notre vie. C’est une manière de se connecter avec le public : on voyage ensemble dans le spectacle", explique Agnés Mateus.

Le titre n’est pas non plus choisi au hasard : il montre que nous ne sommes pas innocent·es, que nous sommes tous et toutes concerné.es par la problématique, que nous avons tou·tes un rôle à jouer comme nous le raconte la co-réalisatrice : "Les choses que tu dis, rebondissent et reviennent sur toi. C’est une phrase qu’on aimait beaucoup, Quim et moi, pour dire que quand tu agis, il y a des conséquences".

 

Un spectacle pour échanger

Si les messages du spectacle y sont multiples et propres à tout.e un chacun.e, celui qui sort du lot reste le besoin d’action. Une action justifiée par Agnés Mateus parce que "Les féminicides sont des assassinats, et qu’il est temps d’agir à l’heure où personne ne protège les femmes et ne change les choses dans notre culture". "De notre côté, nous pouvons faire un spectacle et le public saura ce qu’il a à faire. Ce que je peux leur dire, c’est : ouvrez votre tête, ouvrez votre estomac et vous êtes capables de changer les choses", poursuit-elle.


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Un partage et échange avec le public qui est important pour les réalisateur.rices à la fin des représentations : "C’est très riche pour nous". C’est un outil indispensable d’éducation, un spectacle nécessaire qui ouvre les portes à la réflexion et notamment pour les adolescent·es. "Nous avons remarqué beaucoup de mères qui venaient avec leurs enfants pour en discuter ensemble. On preste aussi pour les écoles, pour des élèves à partir de 14 ans. Ils ne sont pas habitués à voir ce type de spectacle. Ils sont touchés, ils comprennent que l’on peut dire les choses autrement sur la scène. Le feedback avec eux est intéressant parce qu’ils disent ce qu’ils ressentent sans détour. C’est important parce qu’ils sont la future génération en charge de ce changement", souligne Agnès Mateus.

Si elle n’a pas la prétention de dire que la pièce a eu un impact dans la sphère politique, elle reconnaît que les choses évoluent "doucement, mais sûrement" et que le spectacle est utile et plaît : "La preuve, nous sommes toujours là après quatre ans", sourit-elle.


Infos pratiques

Le pièce de théâtre est à découvrir du 15 au 17 décembre au Théâtre National.

Le 16 décembre, en collaboration avec les Grenades, une rencontre est organisée avec l’équipe artistique, Agnés Mateus et Quim Tarrida, Jean-Louis Simoens, coordinateur Collectif contre les Violences Familiales et l’Exclusion, Camille Wernaers pour les Grenades et spécialiste du traitement médiatique des violences faites aux femmes ainsi que Valérie Lootvoet, directrice de l’Université des Femmes qui s’occupera de la modération du débat.


Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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