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Rebecca Clarke, grande compositrice du Royaume-Uni de l’entre-deux-guerres, temporairement effacée de l’histoire

Rebecca Clarke, grande compositrice du Royaume-Uni de l’entre-deux-guerres, temporairement effacée de l’histoire
07 déc. 2021 à 13:352 min
Par Hélène Michel

"Anthony Trent" : ce nom vous dit-il quelque chose ? Peut-être pas, et pour cause, c’est un pseudonyme, sous lequel se cachait une grande compositrice anglaise du 20e siècle : Rebecca Clarke, qui fut considérée pendant un certain temps comme l’une des compositrices les plus importantes du Royaume-Uni de l’entre-deux-guerres, avant d’être ensuite effacée de l’histoire et de tomber dans un oubli qui va durer de longues années.

Et elle chante aussi, de la musique ancienne. Elle chante sous la direction d’un autre grand nom de la musique : Ralph Vaughan Williams, dans un ensemble d’étudiants qu’elle a elle-même fondé, pour étudier et interpréter la musique de Palestrina. La jeune fille ne s’entendait pas vraiment avec son père, dont elle avait découvert les infidélités envers sa mère. Le paternel, pris en faute, finira tout simplement par la mettre à la porte en lui coupant les vivres. Nous sommes en 1910 et elle doit gagner sa vie. Ce qu’elle fera en jouant de l’alto. Rebecca Clarke devient alors l’une des premières femmes musiciennes d’orchestre professionnelles, lorsqu’elle est sélectionnée par Sir Henry Wood pour jouer dans le Queen’s Hall Orchestra en 1912. Les tournées s’enchaînent, jusqu’en 1916 où elle s’installe aux Etats-Unis, pour se lancer dans une carrière de soliste.

Une pièce courte et lyrique intitulée Morpheus qu’elle compose sous le pseudonyme d’Anthony Trent est créée en 1918 à New York. Les critiques font l’éloge de ce mystérieux "Trent" ignorant largement les autres partitions créditées sous le nom de Clarke, créées lors de ce même récital. Sa carrière de compositrice culmine pendant une brève période, avec notamment sa sonate pour alto, qui reste à ce jour sa partition la plus célèbre. De retour en Angleterre, elle fonde un quatuor, l’English Ensemble, quatuor avec piano, avec lequel elle va participer à l’Exposition coloniale de Paris de 1931.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Rebecca Clarke se trouve aux États-Unis, elle s’y était rendue pour visiter ses deux frères et ne peut obtenir de visa pour rentrer. Elle en profite pour composer une dizaine d’œuvres, et se marie avec James Friskin, compositeur et pianiste, rencontré par hasard dans une rue de Manhattan et qu’elle connaissait depuis son adolescence. Ils sont tous les deux âgés à cette époque d’une cinquantaine d’années. C’est à cette même époque que sa production diminue, due en partie à des ennuis de santé : elle souffre d’une forme chronique de dépression. Le manque d’encouragement qu’elle reçoit pour son travail semble la rendre réticente à composer. Mais Rebecca Clarke vivra encore trois décennies, elle meurt en 1979 dans sa maison à New York à l’âge de 93 ans.

Aujourd’hui le monde musical comprend de plus en plus que Rebecca Clarke est devenue une figure incontournable de l’histoire de la musique, et son œuvre est souvent comparée à celle d’Ernest Bloch, Ravel ou Debussy.

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Rebecca Clarke

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