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Cap48

RDC: les forces de l'ONU appuient l'armée face aux rebelles

RDC: les forces de l'ONU appuient l'armée face aux rebelles
13 juil. 2012 à 10:31 - mise à jour 13 juil. 2012 à 19:144 min
Par Wahoub Fayoumi

"C'est la première fois que nous voyons l'ONU et les militaires congolais dans une opération conjointe." écrit sur son blog le responsable du parc des Virunga, Emmanuel de Mérode. Jeudi, dans l’est de la République démocratique du Congo, des habitants se sont retrouvés sous les tirs des forces de l’ONU et de l’armée. Des hélicoptères ont pilonné les positions des mutins, dans le parc des Virunga, près de la colline de Bukima.

Trois appareils de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) et deux autres des Forces armées congolaises (FARDC) ont été vus ensemble au-dessus de la zone, située à environ 50 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu. "Nous avons effectué quelques passes" sur les positions des mutins, a confirmé une source onusienne. Leur mission terminée, les trois appareils de l'ONU ont atterri à l'aéroport de Goma.

"Notre mission, ce n'est pas d'aller à Goma"

"Nous nous sommes cachées dans la bananeraie quand les hélicoptères ont bombardé. Il y a une personne avec nous qui est morte sur le coup, touchée par des éclats des tirs", raconte une femme de la région. Elle a fui en compagnie d’autres paysannes, jusqu'à Rumangabo, à une cinquantaine de kilomètres de Goma.

Les mutins, retranchés depuis le mois de mai dans les collines verdoyantes surplombant le parc, soulignaient jeudi qu'ils n'avaient pas l'intention de menacer Goma, ville au nord de laquelle les forces onusiennes avaient également déployé mercredi une dizaine de chars pour prévenir toute attaque, quelques jours après la prise de plusieurs villes par le M23 au nord de Goma. "Notre mission, ce n'est pas d'aller à Goma. Nous avons notre force mais nous sommes disciplinés", a déclaré jeudi le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole des combattants du M23.

Les forces congolaises reprennent des villes évacuées

Vendredi, les mutins déclaraient également qu’ils considéraient comme inacceptable le retour des forces congolaises dans les villes qu’ils avaient prises dans l’est du Congo, avant de s’en retirer. Les mutins se sont retirés lundi de ces villes mais ils contrôlent toujours Bunagana, situé à environ 25 km au sud-est de Rutshuru, près de leurs bases dans les collines du parc national des Virunga, adossé au Rwanda et à l'Ouganda. Le M23 considère cet acte comme "une offensive militaire engagée (...) contre ses positions".

Les forces armées congolaises contrôlent pour leur part les villes de Rusthuru, Kiwanja et ont repris position dans les autres depuis le milieu de la semaine.

Tous les officiers du M23 avaient été radiés de l’armée le 6 juillet pour leur participation à la mutinerie. Le Conseil supérieur de la Défense a également ordonné aux services de défense et sécurité de "redynamiser d'urgence les opérations pour arrêter ces officiers mutins dans le meilleur délai et de les transférer à la justice".

De graves exactions reprochées aux mutins

Si la participation de ces officiers au mouvement armé rebelle leur est reprochée par les autorités congolaises, un bon nombre d’entre eux ne sont pas non plus en odeur de sainteté pour les institutions internationales. Certains sont en effet cités dans des rapports de l’ONU, mais également d’ONG actives dans la région. Des crimes et abus graves des droits de l’Homme et des trafics de ressources naturelles les placent en ligne de mire de la justice internationale.

Le général Bosco Ntaganda,  présumé instigateur de la mutinerie selon Kinshasa, est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2006 pour recrutement d'enfants soldats. Se faisant appeler " Terminator ", il a à nouveau recruté des mineurs au début de la mutinerie, selon Human Rights Watch. HRW l'accuse d'être impliqué dans une dizaine d'assassinats et des arrestations arbitraires, en 2010, quand il était numéro 2 des opérations de l'armée contre les milices dans l'est. Il est aussi régulièrement cité dans des rapports de l'ONU pour son implication dans des trafics d'or, de minerais et de bois. ; mais également d’avoir participé aux tueries commises par le Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP) du général tutsi Laurent Nkunda, à Kiwanja en 2008.

Le chef officiel du M23, Sultani Makenga, appelé Ruzandiza, également ex-haut gradé du CNDP, est accusé aussi de recrutement d’enfants soldats et d’être impliqué dans plusieurs massacres de civils.

Les colonels Baudouin Ngaruye, et Innocent Zimurinda sont accusés, pour leur part, d'avoir une responsabilité dans le massacre de Shalio en avril 2009. Une unité de l'armée congolaise, principalement formée d'ex-CNDP, y a tué ou fait disparaître 139 hutus et violé une quarantaines de femmes, dont certaines ont été mutilées.  Innovent Zimurinda est en outre mis en cause dans le détournement de taxes prélevées sur la production de charbon de bois dans le parc des Virunga eu Nord-Kivu, et dans d'autres zones.

Appel du Rwanda et du Congo

Les mutins sont soupçonnés par les autorités congolaises, mais également par certaines ONG, d’être protégés par le Rwanda. Depuis fin avril, ces ex-membres du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda, intégrés dans l’armée suite aux accords de 2009 avec Kinshasa, défient le pouvoir central dans un conflit qui a fait plusieurs victimes civiles et a entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes à l’Est de la république congolaise.

Le Rwanda, la République démocratique du Congo et leurs neuf voisins régionaux ont appelé jeudi les groupes armés actifs dans l'est de la RDC à cesser leurs activités.

W. Fayoumi, avec AFP et Belga

Déploiement des Nations Unies à Goma

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