Diables Rouges

Raymond Goethals aurait eu 100 ans aujourd'hui : tu saisis, fieu ?

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07 oct. 2021 à 06:00 - mise à jour 08 oct. 2021 à 10:44Temps de lecture6 min
Par Erik Libois

Raymond Goethals : Un personnage haut en couleur

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En 2004, Saint-Nicolas n’a pas fait son meilleur cadeau à la Planète Foot : ce 6 décembre-là, Raymond Goethals décède à l’âge de 83 ans. " Raymond-la-Science " était né le 7 octobre 1921 : ce jeudi, l’entraîneur le plus glorieux, le plus truculent... et le plus sulfureux du football belge aurait donc eu 100 ans.

Raymond Goethals, c’était le savoir-faire tactique et la filouterie réunis… le tout enrobé de gouaille, d’un œil complice et d’un accent brusseleir qui faisaient le secret de sa gestion de groupe. Il avait un sens du relationnel exceptionnel… et écorchait les noms de joueurs comme personne.

Avant un Belgique-France (déjà…), il mettait en garde contre ce Tzigana, " qui est assez bon " (sic). Il parlait de Jean Tigana... Parmi ses rivaux bataves, Marco Van Basten devenait ainsi Batson et Ruud Gullit Gulik. Ce n’était pas meilleur pour ses propres joueurs : à Marseille, Alen Boksic devenait Alain Bozik, Dragan Stojkovic était renommé Stokefiche et le gardien Pascal Olmeta devenait Omleta – sans casser des œufs bien sûr. Avec une forte amnésie pour les réservistes : Laurent Fournier fut rebaptisé Chose… Idem fin des années 80 à Anderlecht : l’attaquant Eddy Krncvic se faisait héler Krunkelvis. Le Lichtenstein devenait le Litchintstein et Saint-Marin Sans Marimo ! Et les agents de joueurs (les managers) les... "ménagères". Tu saisis, fieu ?

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Mais c’était une ruse : " Je mélange les noms, mais fais-moi confiance, je sais exactement de qui je parle… " répétait le coquin. De nombreux joueurs nous l’ont confirmé : il n’avait pas d’égal en matière d’analyse collective et individuelle de l’opposition. Sur les forces et faiblesses des adversaires, Goethals briefait ses joueurs jusqu’au moindre détail.    


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Le regard du portier

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Modeste gardien de but du Daring autour de la 2e Guerre Mondiale, le Bruxellois tira profit de sa position de portier, derrière sa défense, pour étayer une lecture du jeu et un leadership qui firent merveille comme coach.

Capable de tirer le meilleur d’une équipe malgré des moyens limités, il mena la petite équipe de Saint-Trond au titre de vice-championne de Belgique, avant de ramener les Diables Rouges (Blancs à l’époque) en Coupe du Monde en 1970.

C’est le seul coach belge à avoir gratté deux Coupes d’Europe : Coupe des Vainqueurs de Coupe avec Anderlecht en 1978 et Ligue des Champions avec Marseille en 1993 (un trophée entaché ensuite par l’affaire de corruption OM-Valenciennes...). Passé au Standard après plusieurs années à Anderlecht, Goethals ramena le titre à Sclessin en 1982 après 15 ans de disette… Même si l’Affaire Waterschei (primes cédées aux joueurs limbourgeois pour lever le pied lors d’un match décisif) a également terni ce sacre par la suite.

Jamais Champion avec les Mauves…

En cinq années et demie (en trois périodes) passées au parc Astrid, il ne fut bizarrement jamais Champion de Belgique… Mais son séjour de 1976 à 78 coïncide avec la plus belle période européenne du Sporting : deux finales de Coupes des Coupes… et deux victoires historiques en Super-Coupes d’Europe face au Bayern Munich et Liverpool, les deux géants de l’époque ! Avec l’OM, il fut également Champion de France à deux reprises… moyennant les réserves évoquées plus haut.

Car derrière ses pirouettes oratoires et ses effets de manches, qui n’avaient pour but que de séduire l’assistance (comme un adversaire qu’on hypnotise…), Raymond Goethals était un roublard de premier ordre : son nom reste associé aux célèbres affaires, qui plombent l’Histoire du Standard et de l’Olympique Marseille.


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SES PLUS CELEBRES CITATIONS

Raymond Goethals et Maurice Grévisse, le célèbre grammairien belge, sont tous deux nés un 7 octobre… C’est bien le seul point commun : Raimundo n’avait pas son pareil pour tordre et retordre la langue française...

Du calme dans la baraque, hein ! " (Pour calmer les journalistes, à son entrée dans la salle de presse de l’OM)

Marseille ? J'y suis venu parce qu'ici, les gens sont aussi fous que moi ! " (Après sa signature à l’OM).

 " On ne met pas Cantona sur le petit banc ? Prends une chaise, et assieds-toi à côté alors ! " (A Eric Cantona qui exigeait une place de titulaire à l’OM)

Président, si vous n’êtes pas content, j’ai mon train à 9h30… " (A Bernard Tapie quand ce dernier l’excédait)

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Des magoules ? Quelles magoules ? " (A la télé française, quand on l’interrogeait sur les magouilles qui ont parsemé son parcours de coach)

D’une merde, il te fait un pain d’épices. " (A propos de Robby Rensenbrink, l’un de ses joueurs préférés)

 " Comment que je vais faire ? Je vais remettre les têtes en place, tu saisis ? " (Lors de son dernier passage à Anderlecht en 1995, après le limogeage d’Herbert Neumann)

C’est devenu la Coupe du Monde des Taxis Verts ! " (Après l’élargissement, à 32 équipes, du format de la Coupe du Monde)

 " Fieu, tu es incapable de préparer un stoemp ! " (Au chef étoilé Pierre Wynants, le patron du Comme chez soi).

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LES MEILLEURES ANECDOTES

Toujours affublé de son large imperméable beige clair, la cigarette Belga au bec, Raymond Goethals avait, parmi ses multiples surnoms, celui de Columbo. Car il marmonnait aussi entre ses dents, tel le célèbre Inspecteur incarné par l’acteur Peter Falk.

Avec son éternelle moumoute et sa mèche couleur jais, Raymond Goethals était parfois aussi appelé Elvis. A la presse française qui l’interrogeait sur ses cheveux blancs vu son âge avancé, le Bruxellois s’esclaffait " Ca ne risque pas, hein, fieu ! "

Lors d’un déplacement européen avec le Standard, Simon Tahamata s’était caché dans l’avion. Croyant que son chouchou avait loupé l’embarquement, Raymond Goethals somma au pilote de faire demi-tour en plein vol… avant de s’apercevoir de la supercherie.

« L’autre con, là-haut… »

Lors de la fameuse finale de Ligue des Champions OM-Milan de 1993, Basile Boli se blessa… Mais de la tribune, le Président Bernard Tapie interdit à Goethals de remplacer son joueur. " C’est l’autre con, là-haut, qui ne veut pas " lança le coach à son défenseur. Le talkie-walkie était resté ouvert… Trois minutes plus tard, Boli marquait le seul but de la finale…

Avant une rencontre internationale, Raymond Goethals avait fait jouer un match amical en équipant tous ses Diables… du même numéro 11. Informé au préalable de la présence de scouts dans le stade, Goethals ne voulait pas que le coach adverse identifie ses meilleurs joueurs en vue du match suivant.


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Avant 1970, les Diables Rouges évoluaient déjà en rouge. Goethals les fit  changer en… Diables Blancs : avec l’apparition des matches en nocturne avec éclairage artificiel, le Bruxellois avaient perçu que ses joueurs, vêtus de blanc, auraient un petit avantage visuel dans la pénombre.

A la tête de Saint-Trond, fin des années 60, Goethals savait que ses moyens étaient limités et qu’il fallait exploiter tous les paramètres. Avant chaque match à domicile, il faisait abondamment arroser le terrain du Stayen. Car il savait les adversaires techniques pénalisés dans les bourbiers.

« Pourquoi deux WC ? »

Christian Piot, le gardien des Diables, ne comprenait pas le Flamand, la langue utilisée par Goethals dans ses briefings d’avant-match. " Je te traduis après " lui disait le coach. Le moment venu, Goethals lui résumait juste : "  Si tu ne prends pas de but, on aura déjà un point. "

Lors de ses contrats à l’étranger, Goethals séjournait toujours à l’hôtel : il ne voulait pas de tâches du quotidien. " De toute sa vie, il ne s’est jamais cuit un œuf… " racontait son fils Guy, ex-arbitre international.

Dans la suite de l’hôtel de luxe qu’il occupait à Marseille, Raymond Goethals avait de nombreuses commodités. Mais il s’en fichait : " J’ai deux télés, deux WC… mais à quoi ça sert ? Je ne peux quand même en utiliser qu’un à la fois ! "

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La pelote… et la belote

Goethals était en délicatesse avec ses banquettes. Lors d'un match Belgique-France, il vint se rasseoir sur le banc... adverse après avoir donné ses instructions: plongé dans la rencontre, il avait confondu les deux dug-out. Et avec Marseille lors d'un déplacement à Hampden Park (Glasgow), il s'écroula... par terre en voulant se rasseoir: il s'agissait de sièges à dossiers repliables. "Ah oui, je suis comme au cinéma !" s'écria-t-il !

Quand il séjournait à Bruxelles, dans son appartement de Molenbeek, il ne décrochait jamais le téléphone. Sauf si vous laissiez sonner deux fois… puis vous rappeliez après avoir raccroché. Les tout premiers appels filtrés…

Passionné de belote, Raimundo tapait la carte avec ses vieux amis dans un club de pétanque, à l’ombre de l’Atomium. Une vieille Opel Oméga garée sur le parking ? C’est sûr, il était là. Et il vous griffonnait ses concepts tactiques sur des sous-bocks de bière, en vous tirant par la manche et en vous renversant sur la jambe les cendres de sa Belga.

Inégalable. Inégalé.

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Raymond Goethals (1921-2004)

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