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Rapt de lycéennes: Boko Haram exige un échange, le Nigeria refuse

Rassemblement interconfessionnel le 11 mai 2014 à Durban, en Afrique du Sud, pour demander la libération des lycéennes enlevées par le groupe islamiste Boko Aram au Nigeria

© Rajesh Jantilal

12 mai 2014 à 21:22Temps de lecture4 min
Par AFP

En pleine mobilisation internationale pour sauver les adolescentes, Boko Haram a diffusé une nouvelle vidéo obtenue par l'AFP : elle montre une centaine de jeunes filles présentées comme faisant partie des lycéennes kidnappées. Filmées pendant une prière collective, elles auraient été converties à l'islam.

Dans cette vidéo, d'ores et déjà "examinée à la loupe" par les experts américains, le chef du groupe armé, Abubakar Shekau, parle pendant 17 minutes et apparaît souriant, en tenue militaire et une kalachnikov appuyée sur l'épaule. S'exprimant en arabe puis en haoussa (la langue la plus parlée dans le nord du Nigeria), il revendique à nouveau le rapt massif de Chibok.

Au total, 276 lycéennes avaient été enlevées le 14 avril à Chibok, dans l'Etat de Borno (nord-est), l'un des fiefs de Boko Haram, parmi lesquelles 223 sont toujours prisonnières. Majoritairement musulman, cet Etat abrite néanmoins une communauté chrétienne importante.

Alors qu'il avait menacé de traiter les jeunes filles en "esclaves" dans une précédente vidéo, Shekau affirme cette fois avoir converti les otages à l'islam.

"Ces filles dont vous vous préoccupez tant, nous les avons en fait libérées (...) et vous savez comment on les a libérées? Ces filles sont devenues musulmanes", dit-il.

Non aux "conditions"

"Nous ne les libérerons qu'après que vous ayez libéré nos frères" emprisonnés par les autorités nigérianes, ajoute-t-il.

Shekau précise qu'un tel échange ne concernerait que "celles qui ne se sont pas converties" à l'islam, celles ayant accepté de devenir musulmanes étant devenues "des soeurs".

Le gouvernement a aussitôt opposé une fin de non-recevoir à cette exigence.

"Ce n'est pas à Boko Haram et aux insurgés de poser leurs conditions", a déclaré à L'AFP le ministre de l'Intérieur, Abba Moro. "Il n'est pas question d'échanger une personne contre une autre".

La nouvelle vidéo de Boko Haram montre environ 130 adolescentes assises à l'air libre sous des arbres, dans un lieu non-identifié, en train de réciter ensemble la "fatiha", l'une des principales sourates du Coran.

Les jeunes filles revêtues de longs voiles noirs et gris laissant seulement leurs visages découverts. Trois d'entre elles sont interrogées : deux disent qu'elles étaient chrétiennes et se sont converties à l'islam, alors que la troisième déclare qu'elle était déjà musulmane.

L'une des filles affirme, le regard fuyant et visiblement sous la contrainte, qu'elles ne sont pas maltraitées.

Mobilisation mondiale

Des experts américains "examinent à la loupe" cette vidéo, a indiqué lundi la diplomatie américaine. Les Etats-Unis "exploiteront chaque indice pour voir comment nous pouvons retrouver ces filles", a déclaré la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki.

Washington a dépêché au Nigeria une équipe d'experts civils et militaires pour l'aider à retrouver les lycéennes, alors que la mobilisation mondiale ne cesse de grandir.

Lundi, la Maison Blanche a pour la première fois donné des détails sur la composition de cette équipe.

Parmi ces 26 personnes, "il y a cinq responsables du département d'Etat (...) et dix conseillers du département de la Défense qui étaient déjà au Nigeria" et qui ont reçu de nouveaux ordres de mission, a expliqué le porte-parole de l'exécutif américain, Jay Carney.

En outre, sept autres conseillers issus du commandement "Afrique" du Pentagone (Africom) ont été envoyés, ainsi que "quatre responsables du FBI spécialisés dans la récupération, les négociations et les mesures de prévention d'autres enlèvements", a ajouté M. Carney.

Boko Haram, dont le nom en langue haoussa signifie "L'éducation occidentale est un péché", a multiplié, depuis le début de son insurrection en 2009, les attaques contre les écoles. Mais l'enlèvement des lycéennes, suivi d'une revendication vidéo où Abubakar Shekau menaçait de les "vendre sur le marché" et de les "marier" de force, a scandalisé l'opinion internationale et suscité une vague de solidarité.

Après les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France qui ont envoyé ces derniers jours des experts au Nigeria, Israël a à son tour proposé son aide dimanche, comme l'avait fait la Chine vendredi.

Dimanche soir, François Hollande a proposé un sommet sur la sécurité au Nigeria, qui devrait rassembler samedi à Paris, autour du président français, les dirigeants d'au moins cinq pays africains : le Nigeria et quatre de ses voisins, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin.

M. Hollande a annoncé lundi avoir "demandé aux Américains et aux Britanniques" de participer à ce sommet, pour "agir ensemble et de manière efficace".

Les manifestations se poursuivent à travers le monde, comme lundi à Dakar à l'appel d'un collectif d'organisations de femmes et de défense de droits de l'homme.

Très critiqué pour son inaction dans les jours qui ont suivi l'enlèvement, le président nigérian Goodluck Jonathan s'est dit "très optimiste" sur l'opération de recherche en cours, grâce à l'appui logistique de la communauté internationale.

Lundi le président du Niger, Mahamadou Issoufou a "condamné avec fermeté" l'enlèvement des jeunes filles y voyant un "acte odieux" contraire à l'islam. M. Issoufou s'exprimait pour la première fois au sujet de l'enlèvement il y a trois semaines au Nigeria, pays voisin, à l'occasion d'une réunion axée notamment sur la sécurité.


AFP

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