Rapprochement entre Resa et Ores: quel impact sur la facture du consommateur?

Si on harmonise les tarifs, le verviétois pourrait payer moins et le liégeois plus.

© ERIC LALMAND - BELGA

20 févr. 2018 à 13:44 - mise à jour 20 févr. 2018 à 13:44Temps de lecture3 min
Par RTBF avec Belga

Le gestionnaire du réseau de distribution (GRD) d'électricité et de gaz en province de Liège, Resa, va sortir du groupe Nethys, a décidé lundi le conseil d'administration de Finanpart, filiale intermédiaire entre l'intercommunale Publifin et la société Nethys. Un éventuel rapprochement avec le GRD Ores est envisagé. Mais quel serait l'impact d'une telle fusion sur la facture des consommateurs?

Tout d'abord, il faut savoir qu'Ores est de loin la plus importante intercommunale de distribution d’énergie en Wallonie (elle couvre 75% des communes wallonnes). Ensuite, il y a Resa qui est plus petite et dessert 75 communes, essentiellement dans la région liégeoise. Il existe encore cinq autres réseaux beaucoup plus modestes.

Des synergies... et moins d'emploi?

Mais quels seraient les avantages et inconvénients d’un rapprochement entre Ores et Resa? Cette fusion pourrait permettre de créer des synergies, et de faire donc des économies d’échelle. Il n’y aurait par exemple plus qu’un seul comité de direction, un seul système informatique,... Ces économies d’échelle pourraient cependant avoir un impact négatif sur l’emploi.

Quant aux tarifs de consommation, seront-ils plus intéressants? Pour le moment, en moyenne, si on ne fusionne rien, le grand gagnant est le consommateur liégeois. Prenons un ménage de quatre personnes, qui consomme 3500 kilowatt/heure d’électricité par an. À Liège, l’utilisateur dépend de Resa, il paie actuellement 323 euros/an rien que pour la distribution. Son voisin de Verviers, qui dépend d’Ores, paie en revanche 500 euros. Pourquoi? Resa couvre un réseau plus urbain, avec une population plus dense, il y a moins de kilomètres de câble, les coûts sont donc moins élevés. Si on harmonise les tarifs, le verviétois pourrait payer moins et le liégeois plus.

Les Liégeois paieront plus et les autres pourront moins débourser

"Il est possible d'opérer une fusion (entre Ores et Resa, NDLR) sans impacter les tarifs de distribution mais c'est tout de même la porte ouverte à une uniformisation des tarifs", avance Damien Ernst,  professeur à l'Université de Liège (ULiège), spécialisé dans le domaine de l'énergie. 

"Ceci ne concerne bien entendu que la distribution", insiste le professeur de l'ULiège. Pour donner un ordre de grandeur, payer six centimes supplémentaires par kwh distribué, "ce serait comme si la composante énergie de la facture du consommateur liégeois doublait", explique-t-il. "Ce serait la première étape vers une uniformisation des tarifs en Wallonie."

Pour les autres consommateurs, en revanche, l'opération pourrait être bénéfique. "Les Liégeois paieront plus et les autres pourront moins débourser. Surtout pour les zones rurales où la distribution est plus chère. On se dirigerait alors vers un système où les villes paient davantage" pour permettre aux campagnes d'être fournies en électricité et gaz.

Une bonne chose à terme

La Commission wallonne pour l'énergie (Cwape), régulateur des marchés wallons de l'électricité et du gaz, voit plutôt le rapprochement entre les deux GRD comme "une bonne chose à terme". Les Liégeois ne devront débourser davantage "qu'à condition que l'on converge vers un même tarif", souligne Antoine Thoreau, directeur socio-économique et tarifaire au sein de la Cwape. Or, cette uniformisation ne s'opérerait pas forcément, un gestionnaire de réseau pouvant pratiquer des tarifs différents selon les régions, comme le fait déjà Ores.

De plus, il faudrait contrebalancer cette augmentation de tarifs "avec les effets d'échelle induits par les synergies opérées" lors de la fusion, souligne Antoine Thoreau. Et ceux-ci ne sont pas encore connus, le regroupement n'étant pour l'instant qu'une hypothèse envisagée.

Le rapprochement entre Resa et Ores donnerait en tout cas naissance à un GRD géant. "Ores a déjà englobé d'autres gestionnaires par le passé. Resa entrerait très probablement dans Ores et en échange, Publifin deviendrait actionnaire d'une partie d'Ores", anticipe Damien Ernst.

Il n'y aurait toutefois pas de conséquences sur un éventuel manque de concurrence car "il n'y a de toute façon pas de compétition entre GRD mais une situation de monopole" dans la région où ils sont établis, conclut-il.

Les Clés de l'Info : Vers une fusion d'ORES et RESA ?

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