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Rapport indépendant sur les inondations : "On ne peut pas associer le phénomène de vagues à la gestion du barrage d’Eupen"

Inondation à Liège le 15 juillet 2021
11 oct. 2021 à 08:39 - mise à jour 11 oct. 2021 à 09:344 min
Par Adeline Louvigny

Ce 11 octobre à 11h a été présenté le premier volet du rapport des experts indépendants à propos des inondations de juillet en Belgique, qui ont durement touché les provinces de Liège et Namur. C’est le ministre wallon du Climat, Philippe Henry, qui a souhaité faire appel à des experts indépendants pour qu’ils analysent le déroulement des événements et examinent les décisions qui ont été prises, notamment la manière dont les barrages ont été gérés, et fassent des recommandations. Ce rapport se fait en parallèle de la Commission d’enquête parlementaire en cours au parlement de Wallonie.


►►► Les autorités auraient-elles pu mieux anticiper les inondations de juillet ? Ce que disaient les prévisions européennes de l’EFAS


Pour établir le diagnostic des événements lors de ces inondations, plusieurs types de données ont été récoltés : bien évidemment, les données hydrologiques, météorologiques et hydrauliques, mais aussi des observations de terrain, ainsi que des témoignages issus de consultations citoyennes, administratives et des gestionnaires de barrage.

Cet article détaille la partie la partie concernant les diagnostics météorologique, hydraulique et hydrologique des événements, gérée par Thomas Michaud du bureau Suisse Stuky, chef adjoint du département eau et environnement. Les autres parties de l’étude font part de l’analyse de la gestion du risque et de crise des autorités et des conclusions d’une consultation citoyenne des victimes des inondations

Des pluies observées une fois tous les 100 ans

Inondations en Belgique : Thomas Michaud du bureau d’étude suisse Stucky détaille les données récoltées

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Au niveau de l’analyse météorologique, l’objectif est de contextualiser les événements et de comparer observations et prévisions. Les principaux résultats sont :

  • Cet événement de pluie peut être qualifié de rare à très rare en termes de répartition et d’intensité : la période retour est estimée à 100 ans, ce qui veut dire que l’on a vécu des pluies qui, statistiquement, n’arrivent qu’une fois tous les 100 ans,
  • Les modèles ALARO et ECMWF ont sous-estimé les précipitations réellement tombées,
  • À la station de pluviométrie de Jalhay (là où la plus grande quantité de pluie a été mesurée), 4 pics de précipitation ont été enregistrés.

Une crue trop rapide pour faire des lâchers préventifs aux barrages

Au niveau de l’analyse hydrologique et hydraulique, les objectifs étaient de reconstituer les débits de pointe, car les appareils de mesures ont été arrachés par la crue avant que l’on arrive à un débit maximal, et de contextualiser l’événement. Les principales conclusions sont :

  • En termes d’intensité, l’événement peut être qualifié de rare à très rare.
  • Le phénomène de crue a été rapide
  • On observe deux pics de crue sur la Vesdre : le 14 juillet en fin de journée, et le deuxième dans la nuit du 14 au 15 juillet. Une temporalité relatée par les citoyens consultés.
  • Pour l’Ourthe, les pics de crue ont eu lieu le 15 juillet au matin et en fin de journée.

Au niveau de la gestion des barrages, l’analyse s’est focalisée sur le barrage d’Eupen. Il a été conclu que vu la rapidité de la crue, il n’était pas possible aux gestionnaires d’effectuer des lâchers préventifs. "Sans la présence du barrage, la situation aurait été bien plus catastrophique, et on ne peut pas attribuer un phénomène de vague au mode de gestion du barrage", précise Thomas Michaud, du bureau d’étude suisse Stucky.

La vallée de la Vesdre particulièrement vulnérable

En comparaison la carte d’aléa des inondations, et l’ampleur des inondations, la correspondance est globalement bonne, sauf pour Verviers. Mais les niveaux observés ont été en général supérieurs que ceux prévus par les cartes d’aléa. La vallée de la Vesdre est particulièrement vulnérable, car elle souffre d’un "déficit de capacité important", ce qui veut dire que, même avec la présence du barrage d’Eupen en amont, la vallée est plus rapidement inondée que les autres bassins. "Des processus aggravants comme les phénomènes d’embâcles aux ponts accentuent cette vulnérabilité", précise le rapport.

La vallée de la Vesdre souffre également d’une "configuration critique quant à son urbanisation" : "Le sous-bassin hydrographique de la Vesdre est celui dont les zones d’inondation ont la plus haute densité d’habitat du district", soulevait déjà le PGRI, le Plan de Gestion des Risques d’Inondation 2016-2021.

Cette urbanisation met particulièrement les riverains à risque et augmente la vulnérabilité de la vallée : "L’urbanisation présente des constructions directement sur les murs de berge du cours d’eau", constate le rapport.

Le rapport des experts indépendants sur les inondations de juillet en Belgique

Le premier volet de cette enquête concerne l’analyse de ce qu’il s’est passé lors des intempéries de la mi-juillet : quel a été le déroulé des événements, quelles décisions ont été prises, étaient-elles des bonnes décisions ? La gestion des voies hydrauliques et des barrages qui sont particulièrement décriés. Le ministre Henry a insisté pour que soient pris en compte les vécus et observations sur le terrain, par les riverains touchés par les inondations : des témoignages seront donc présents dans ce rapport. "Leurs témoignages comptent énormément, c’est essentiel de savoir comment ont été vécus ces événements".

Les auteurs et auteure principaux de ce premier volet du rapport sont Thomas Michaud du bureau Suisse Stuky, chef adjoint du département eau et environnement, Catherine Fallon, professeure responsable au centre de recherche interdisciplinaire SPIRAL, qui porte sur la gestion des risques et l’analyse et l’évaluation des politiques publiques et Jacques Teller, professeur d’urbanisme à l’ULiège, qui dirige le laboratoire LEMA (Local environment management and analysis).


Ce premier volet du rapport est disponible ici sur le site du ministre du Climat Philippe Henry


Le deuxième volet du rapport, attendu pour la mi-novembre, a demandé à des experts indépendants une analyse globale des services hydrauliques, de la manière de gérer ces infrastructures, et de formuler des recommandations pour le renforcement de la prévention et l’amélioration de la gestion des voies hydrauliques et des ouvrages comme les barrages. "Ce travail est encore en cours de réalisation" a annoncé le ministre.

La présentation complète du premier volet du rapport :

Inondations en Belgique : l'intervention complète des experts indépendants

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