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Raphaëlle Bacqué: "Manuel Valls est l'homme de la situation"

François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls
01 avr. 2014 à 06:30 - mise à jour 01 avr. 2014 à 07:11Temps de lecture3 min
Par Céline Biourge

Le choix de Manuel Valls comme Premier ministre est un choix "très cohérent", estime la journaliste française invitée de Matin Première. "Déjà aux Primaires, il s'était engagé dans la ligne politique de François Hollande".

Concernant sa personnalité, elle parle d'"un homme plus tranché, plus clivant, plus décidé aussi. Et donc, on connait exactement la ligne. Ce qui est, au fond, le contraire de ce qui est reproché à François Hollande puisque François Hollande, c'est plutôt le roi de l’ambiguïté, hein ! C'est ce que les Français lui reprochent : ne pas comprendre où il va. De ce point de vue là, Manuel Valls est complémentaire".

Pas de changement de cap

Sur la politique, Manuel Valls gardera le cap, affirme Raphaëlle Bacqué, "c'est confirmé". Pour elle, "François Hollande n'a pas vraiment le choix" : "Soit il opte pour une politique plus à gauche mais cela ne correspond pas à tout l'électorat socialiste et c'est impossible avec les obligations européennes". De ce point de vue là, "Manuel Valls est l'homme de la situation".

La journaliste française dépeint Manuels Valls comme "un proche de Dominique Strauss-Kahn", "social libéral qui n'est pas fan des 35h" et "qui allait souvent voir Tony Blair" quand il était conseiller en communication du Premier ministre Lionel Jospin.

Et si au début de sa vie politique, il a pu prendre "des positions contraires", aujourd'hui, "ses positions politiques sont plus clairement affirmées, plus cohérentes et c'est un social libéral", répète-t-elle.

Comment redresser la situation ?

A la question de savoir comment Manuel Valls peut aider François Hollande à sortir la tête de l'eau, elle répond : "Cela va être très compliqué".

La popularité actuelle de l'ancien ministre de l'Intérieur ne sera pas suffisante car Manuel Valls "a une popularité, en partie artificielle, parce qu'elle vient de l'électorat de droite. Donc, on va voir si la gauche adhère aussi à ce qu'il est. Ca va être difficile, mais il y a quelque chose à laquelle il répond, c'est ce que l'opinion française reprochait beaucoup à François Hollande : son indétermination, sa mollesse, son manque de décision. De ce point de vue là, Manuel Valls est beaucoup plus tranché, beaucoup plus clair. Donc au moins, on ne lui fera pas ce procès-là. Mais le contexte économique est vraiment très difficile".

Un cadeau empoisonné pour Manuel Valls ?

Cette nomination ne risque-t-elle pas de freiner les ambitions de cet homme qui rêve de se présenter à l'élection présidentielle de 2017 ? "Il est certain que jamais un Premier ministre n'a réussi à devenir président de la République dans la foulée. C'est une position qui vous rend, le plus souvent, impopulaire. Mais en même temps, tout manager comprend ça, même dans les entreprises, nommer systématiquement quelqu'un de médiocre ou qui vous ressemble ou qui ne vous fera pas d'ombre, ça vous amène généralement dans le mur. Il vaut mieux nommer quelqu'un qui est compétent, déterminé et énergique et qui vous complète surtout", répond Raphaëlle Bacqué.

Et d'ajouter : "De ce point de vue là, Manuel Valls est complémentaire de François Hollande".

Dans le même temps, elle estime que François Hollande n'avait pas vraiment le choix : "Manuel Valls s'imposait d'une certaine façon". A côté, "il y avait Martine Aubry qu'il ne supporte pas et avec laquelle il ne s'entend pas, et puis, c'est tout".

Pallier le manque d'expérience de l'équipe gouvernementale

Enfin, la journaliste estime que le "défi majeur" de Manuel Valls est de réussir à "redonner de la compétence, de la cohérence, du sens politique à son équipe".

"Il y a eu une baisse de niveau énorme au gouvernement, dans les administrations, avec un gouvernement et surtout une haute administration et des cabinets incroyablement inexpérimentés". C'est "le défaut majeur des 18 premiers mois de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault avec des cafouillages insensés, comme si on avait une équipe tout à fait inexpérimentée au pouvoir et cela a contribué beaucoup à l'impopularité de François Hollande".

"Déjà s'il (Manuel Valls, ndlr) redonne un peu de sentiment de compétence et d'une gouvernance bien menée, je crois que déjà, cela soudera mieux sa majorité et ça relèvera aussi la popularité du gouvernement auprès de l' opinion publique", conclut-elle.

 

C. Biourge

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