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Journal du classique

"Racisme" ou "véracité historique", la polémique du "blackface" gonfle autour d’Anna Netrebko et des Arènes de Vérone

Anna Netrebko en Aïda dans la production du Metropolitan Opera de New York en 2018

Depuis quelques jours, la soprano Anna Netrebko et les Arènes de Vérone sont sous le feu des critiques. Suite à la photo d’Anna Netrebko, postée sur les réseaux sociaux, la montrant en costume d’Aïda et arborant un maquillage noir, les voix se sont élevées qualifiant ce maquillage de "blackface". Depuis, plusieurs personnalités du monde lyrique se sont exprimées.

La soprano russe Anna Netrebko s’est, une nouvelle fois, retrouvée au centre d’une controverse. Après avoir été vivement critiquée en raison de son soutien passé au président russe Vladimir Poutine – avec sa mise à l’écart temporairement de la scène internationale – Anna Netrebko s’est attiré la foudre de nombreux commentateurs en publiant sur ses réseaux sociaux plusieurs photos d’elle, en costumes d’Aïda, qu’elle porte pour la production qui est actuellement donnée aux Arènes de Vérone. Si la soprano se réjouit de cette production "en costumes" de l’opéra de Verdi, une photo d’elle montrant son visage assombri a fait réagir plus d’un internaute qui ont qualifié le maquillage de la chanteuse de "blackface".

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Manifestation d’un "racisme ordinaire", volonté de représenter "la vérité historique", la pratique du blackface au théâtre et à l’opéra fait souvent débat, aux Etats-Unis surtout où la pratique est de plus en plus décriée mais aussi en Europe. Le grimage du visage en noir, qui était à l’origine une forme de caricature, pose en effet de nombreuses questions éthiques, et la photo d’Anna Netrebko a relancé le début sur la scène lyrique. Par ailleurs, comme le remarquent nos collègues de Classic FM, ce n’est pas la première fois que la soprano russe défend la pratique du blackface. C’était en 2019 dans une autre production d’Aïda de Verdi. Anna Netrebko avait posté ce message : "Je ne serai PAS une Aida blanche", en ajoutant : "Visage noir [black face] et corps noir pour les princes éthiopiens, pour le plus grand opéra de Verdi ! OUI !".

Nombre d’internautes et d’artistes sont loin de partager son avis, comme nous avons pu le voir dans les commentaires en dessous de sa photo et sur d’autres réseaux sociaux, comme sur Twitter, où l’on dénombre des dizaines de messages on ne peut plus critiques à l’égard de la soprano et des Arènes de Vérone.

La polémique a pris une telle ampleur que les Arènes de Vérone ont décidé de réagir, elles aussi, pour donner le point de vue de la production. Sur le site Opera Wire, un porte-parole de l’institution justifie le "blackface" par le côté "historique" de la production : "Nous avons décidé d’avoir une approche philologique et tant que nous n’avons pas de nouvelle production, nous suivons cette approche philologique. Nous devons respecter la vérité historique." Et d’ajouter que les Arènes de Vérone ont deux productions historiques d’Aïda de Verdi, une "réplique" de "celle qui a inauguré les Arènes de Vérone en 1913", et "l’Aïda de Zeffirelli, qui a été réalisée à une époque où ces sujets sensibles n’étaient pas encore d’actualité." Selon le porte-parole de l’institution, il est impossible pour les Arènes de modifier ces deux productions, qu’il présente comme un "musée théâtral".

Angel Blue dans Porgy and Bess de Gershwin au Metropolitan Opera de New-York, en 2019

Des explications qui ne convainquent pas tout le monde, à commencer par la soprano Angel Blue, qui a annoncé la semaine passée qu’elle renonçait à se produire aux Arènes de Vérone, où elle devait faire ses débuts dans le rôle-titre de La Traviata. Elle a posté ce message sur ses réseaux sociaux : "Chers amis, famille, et amateurs d’opéra. Je suis arrivée à la douloureuse conclusion que cet été, je ne chanterai pas “la Traviata” dans les Arènes de Vérone. […] Je voudrais être parfaitement claire à ce sujet : l’utilisation d’un blackface se fonde sur des traditions théâtrales archaïques qui n’ont pas de place dans la société moderne. C’est offensant, humiliant et raciste. J’étais impatiente de chanter l’une de mes œuvres préférées aux Arènes, mais je ne peux pas m’associer à une institution qui continue cette pratique."

Le débat s’est poursuivi dans les commentaires de cette publication, et parmi les messages de soutiens et d’encouragement, on trouve également un long commentaire de la grande mezzo-soprano américaine Grace Bumbry, qui apporte un point de vue opposé à celui de sa jeune collègue Angel Blue. Grace Bumbry se dit "choquée" par les propos et la décision d’Angel Blue, arguant la nécessité de crédibilité et de véracité historique dans une production comme celle d’Aïda de Verdi. "En tant qu’artiste, vous pouvez décider de vos rôles, mais en vous cantonnant à quelques rôles comme Aida, Selika (L’Africaine) et Bess, vous limitez vos possibilités. […] Être fier de sa race est une chose noble, qui devrait être honorée en permanence, mais si vous avez choisi de vous produire dans un opéra, vous devez d’abord connaître l’histoire et [faire preuve d’un] désir de crédibilité".

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