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Quotas de médecins francophones: "Le problème vient de la communauté française"

"Cela fait 20 ans que la Communauté française ne parvient pas à mettre en place un système efficace."
22 août 2016 à 07:17 - mise à jour 22 août 2016 à 07:173 min
Par Jean-Claude Verset

La question des quotas des médecins francophones est l’un des sujets qui dominera la rentrée de septembre.  Pour Jean Hermesse, secrétaire général de la Mutualité chrétienne, le coupable est pourtant tout désigné: c’est la fédération Wallonie-Bruxelles qui porte la responsabilité de la situation actuelle. Et les origines du débat remontent à 1996. 20 ans déjà.

"Je comprends les étudiants qui craignent ne pas être agréés en fin d’études, ce n’est pas normal", argumente Jean Hermesse: "Ce dossier est vieux. Il remonte à 1996 lorsque la limitation du nombre de médecins a été mise en place. En 1997 la Communauté flamande a organisé un examen d’entrée, comme pour les ingénieurs civils. Du côté francophone, il a d’abord été prévu un concours après 3 ans. Puis après un an. Une décision cassée qui a donné lieu à un nouveau mécanisme qui est une nouvelle fois remis en cause. Cela fait 20 ans que la Communauté française ne parvient pas à mettre en place un système efficace."

Pour Jean Hermesse, le coupable de la situation actuelle est donc tout désigné: la fédération Wallonie-Bruxelles. "En Flandre, où l’on a appliqué ce qui avait été convenu au niveau fédéral, le problème ne se pose pas. Les parents et les étudiants flamands ne comprennent pas pourquoi ils ont dû accepter des quotas, tandis que du francophone les vannes ont été laissées ouvertes."

Pénurie ou pas pénurie ? "Il faut relativiser"

Comment expliquer l’organisation de quotas alors que des médecins étrangers doivent être engagés pour combler une certaine pénurie? Pour le Secrétaire général de la Mutualité chrétienne, la notion de pénurie médicale doit être relativisée: " En Belgique, nous comptons 3 médecins par 1000 habitants, dont 1 généraliste et 2 spécialistes.  Au niveau généraliste, on constate que la profession se féminise et qu’il y a une plus grande demande de temps libre et donc d’heures de prestation. La commission de planification a augmenté le nombre d’agréation de 700 en 2004 à 1320 en 2022.

Trop de spécialistes, pas assez de généralistes

Dans la pratique, il existe des pénuries de généralistes dans des sous-régions en Wallonie, mais pas pour les spécialistes. "Du côté francophone, nous avons 22 spécialistes par 10 000 habitants, contre 16 du côté néerlandophone. Nous optons trop pour la médecine spécialisée. Ils faudrait plus de généralistes et moins de spécialistes." La raison paraît évidente: les conditions financières sont plus intéressantes pour les spécialistes, avec une distorsion qui n’est pas optimale pour la santé publique, estime Jean Hermesse. Pourtant, des mesures ont été prise: "On a revalorisé la médecine générale pour mettre en place un cadre qui rende le métier plus confortable, avec un système d’aide (Impulseo), des postes de garde médicale… etc. "  

Ce qui laisse supposer l’existence de deux cultures de l’organisation de la médecine avec, en Wallonie, des suppléments d’honoraire qui peuvent atteindre 200 à 300%. "En termes d’efficacité de la médecine, on parle de plus en plus de l’" Evidence based medecine " basée sur des standards internationaux. Il y a une grande culture internationale dans le traitement des maladies et on ne constate pas de grande différence dans le traitement médical. Mais bien dans l’organisation des soins. Nous avons trop de médecins spécialistes. Les trois régions doivent s’inscrire dans cette vision de la politique de santé. Du côté néerlandophone, la médecine générale est été davantage revalorisée. Les universités francophones ont donc, ici, un rôle à jouer. On constate des différences en termes de prescription ou d’analyse selon l’origine géographiques des étudiants."

Au risque de scinder la sécu ?

Le problème non résolu des quotas de médecins francophones amène certains flamands à revendiquer la scission de la sécurité sociale. C’est le cas du professeur de la KUL RiK Torfs (ancien élu CD&V) qui dénonce le non-respect des décisions prises au niveau fédéral. Mais il n’est pas le seul. Déjà en 2006, le ministre socialiste flamand Frank Vandenbroucke avait fait une analyse similaire. "L’actuelle ministre de la Santé Maggie De Block ne peut pas faire autrement que d'appliquer une loi fédérale acceptée par les différents gouvernements qui se sont succédé. La loi doit être respectée par les deux communautés. "

La loi ou le conseil d’Etat ?

Pour le responsable de la Mutualité chrétienne, c’est un choix: "Limiter le nombre des médecins c’est limiter les dépenses. Plus il y a d’équipements médicaux lourds et de lits, plus il y a de consommation et cela coûte. Trop n’est pas synonyme de qualité".

Or, le système d’enseignement universitaire belge, basé sur le nombre d’étudiants inscrits, suscite une concurrence qui n’est pas bonne dans le cadre de la santé publique.

Interrogés par un auditeur de La Première sur la légitimité de la Mutualité chrétienne à appeler à manifester contre le TTIP le 20 septembre, Jean Hermesse justifie cet engagement par la nécessité de maintenir un système basé sur une financement solidaire et pas sur le modèle marchant, notamment pour le secteur pharmaceutique. " Avec le TTIP on pourrait avoir plus de dépenses, moins d’accès à la médecine et moins de qualité. "