Qui ne risque rien n'a rien !... Foi d'ado ?

Qui ne risque rien n’a rien !... Foi d’ado ?

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05 avr. 2017 à 11:56 - mise à jour 05 avr. 2017 à 11:57Temps de lecture3 min
Par mava

La sexualité et les rencontres virtuelles ou réelles, le numérique et ses écrans, les drogues, les évitements phobiques, mais aussi la peau comme surface de projection, le registre alimentaire et ses excès, ou encore, depuis peu, l’appel des sirènes du djihad… Les adolescents testent leurs limites et leur relations avec leurs parents. Pour Xavier Pommereau, ce n'est pas un phénomène nouveau mais il constate, tout de même, une évolution : "vouloir s'exposer à des risques fait partie de l'adolescence. Ce qui a changé, c'est que nos ados sont maintenant des adolescents de l'image. Ils y sont confrontés tous les jours, toute la journée. Ils ont donc tendance à se surexposer eux-mêmes. Cela engendre un besoin d'être reconnu plus seulement par son cercle proche mais presque par la Terre entière. Il veulent se produire à travers ce qu'ils font et ce qu'ils publient sur les réseaux sociaux."

Un maître mot, la popularité

Ces adolescents qui se surexposent, surtout via les réseaux sociaux, ont une tendance à la surenchère et sont sujet à l'émulation de groupe selon Xavier Pommereau : "Ils n'ont qu'un mot à la bouche, la popularité. Ils doivent, à tous prix, être populaire. Il y a donc incontestablement une prise de risque plus grande qu'avant avec un phénomène nouveau qui prend de l'ampleur, le bingedrinking. Ce besoin de boire de l'alcool en grande quantité et en un laps de temps réduit afin d'impressionner ses amis, son entourage."

Un phénomène qui entraîne de nombreuses conséquences : "on remarque évidemment des effets néfastes sur le cerveau lorsqu'on reçoit des jeunes en coma éthylique. Mais, la consommation d'alcool en grande quantité entraîne également des accidents domestiques, une sexualité non protégée ou encore non désirée."

Pourquoi est-ce nécessaire de prendre des risques ?

Il est pourtant essentiel pour l'adolescent de prendre certains risques. Pour Xavier Pommereau, il faut toutefois définir un champ d'évolution acceptable : "c'est nécessaire de prendre des risques pour se sentir exister, de voir jusqu'où on peut aller mais avec certaines limites. Il faut que l'adolescent apprenne par l'expérience et par l'erreur. Il va boire un soir jusqu'à en vomir, par exemple, il faut qu'il en tire une leçon pour la fois suivante et comprenne où est sa limite concernant la consommation d'alcool. Il doit aussi pouvoir se confronter aux limites que les adultes proposent."

Il faut donc apprendre à nos adolescents à prendre des risques mesurés. A pouvoir différencier l'écart de conduite et le grand écart. Mais aussi, les laisser faire des erreurs tout en les accompagnant : "on a parfois tendance à surprotéger les enfants alors que l'adolescence se construit pendant l'enfance. A force de leur interdire certaines expériences, ils sont lâchés "dans le grand bain" et prennent des risques inconsidérés pour compenser."

Pour Xavier Pommereau, il faut considérer l'adolescent comme un acteur et non comme un simple consommateur de la société : "il faut leur donner des responsabilités et leur faire faire des choses tout simplement."

Alors, quand s'inquiéter ?

La question n'est donc pas de savoir si l'adolescent doit prendre des risques, tout le monde en prend. Pour Xavier Pommereau, la différence de prise de risques est la clé : "lorsque l'ado prend des risques pour pouvoir partager avec ses amis, profiter dans une optique positive d'essai, c'est que "tout" va bien. Lorsque, par contre, l'adolescent cherche la rupture, la déchirure par des moyens comme la consommation d'alcool ou de drogues, la scarification ou la déscolarisation, c'est là qu'il faut s'inquiéter. Surtout si il est dans une optique de reproduction de ces comportements. C'est que l'adolescent est en souffrance."

Que faire en cas de dérapage ? Pour Xavier Pommereau, il ne faut pas juger son comportement : "Il faut pouvoir dire l'inquiétude qu'il suscite plutôt que de poser un jugement. Préférer une tournure de phrase comme "le comportement que tu adoptes nous inquiète et nous rend triste. Comment peut-on t'aider ? Veux-tu aller consulter avec nous ?" plutôt que "Tu fais du mal à ta mère, tu iras chez le psy"."

Un lien affectif trop important

En tant que parent, on est souvent mal placé pour faire des remarques directs à son enfant. Le lien affectif avec lui est trop important, la proximité affective est trop présente. Xavier Pommerreau conseille de faire appel à la famille : "il faut pouvoir utiliser les autres membres de la famille comme les oncles et les tantes. Ils peuvent jouer un rôle éducatif très important en jugeant l'adolescent d'une façon différente."

 

En conclusion, "il faut pouvoir avoir confiance dans les capacités de son adolescent et, toujours, essayer de discerner leurs compétences avant de s'occuper de leurs insuffisances. Repérer ce qu'il aime, ce qu'il fait de bien et le mettre en avant. Avoir confiance en sa capacité à se sentir existé tout en définissant un champ d'évolution. La meilleure façon de faire est de l'accompagner et ne surtout pas briser son désir ou son envie tout en posant certaines limites."

Le conseil cinéma de Véronique THYBERGHIEN, le film de Bouli Lanners "Les Géants" qui traite du sujet complexe qu'est l'adolescence

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