Telle est la question !

Qui était le professeur d’Astor Piazzolla, Aaron Copland, Igor Stravinsky et Michel Legrand ?

15 juin 2022 à 09:09 - mise à jour 22 nov. 2022 à 14:02Temps de lecture2 min
Par Clément Holvoet

C’est un professeur qui accueillait volontiers tout élève, d’où qu’il vienne, pour peu qu’il ait envie d’apprendre. Ce professeur, c’est une dame. On l’appelait “Mademoiselle”, et il s’agit de Nadia Boulanger. Parmi ses élèves, Leonard Bernstein, Daniel Barenboim, Quincy Jones, arrangeur et producteur des plus grandes musiques de Michael Jackson on encore George Gershwin.

Nadia Boulanger était elle-même compositrice et a profondément marqué le 20e siècle, particulièrement sur les compositeurs américains de l’époque, vous l’aurez compris ! En fait, sans Nadia Boulanger, la face du monde musical savant américain aurait sans doute été bien différente ; trop européen, probablement. Pour avoir un ordre d’idée, on lui doit autant les plus grands tubes de Michael Jackson, de par le travail qu’elle a fait avec Quincy Jones, que la musique de Stravinsky ou les savants tangos de Piazzolla !

Ce qui est passionnant avec Nadia Boulanger, c’est qu’elle enseignait à des compositeurs en herbe ou déjà relativement confirmés, par l’harmonie surtout, mais en réalité, elle allait chercher le meilleur de ses élèves dans ce qu’ils avaient de particulier. Elle révélait leur singularité, leur originalité propre et ne leur imposait pas un style ou un genre particulier pour composer ! Sa méthode était : comment décortiquer la composition d’un grand maître d’antan pour mieux s’en défaire et écrire une musique personnelle. Elle tenait à rendre ses élèves meilleurs, et même meilleurs qu’elle-même d’une certaine façon.

Nadia Boulanger était la sœur aînée de Lili Boulanger, elle-même compositrice ! Lili laisse d’ailleurs un catalogue d’œuvres formidables, et fut la première femme à remporter le Grand Prix de Rome de la Villa Médicis ! Suite au décès prématuré de Lili, Nadia Boulanger décide de ne plus composer à partir de 1918, considérant d’ailleurs sa propre musique comme dénuée de tout intérêt, ce qui est sévère…

Pour autant, ses compositions ne s’inscrivent pas spécialement dans une esthétique particulière et n’étaient pas particulièrement en avance sur leur temps. Il faut dire que Nadia Boulanger conférait à toute musique une valeur certaine, pour peu que cette musique soit bonne ! Une fugue valait autant qu’une valse si elles étaient réussies. Un bon tango ne valait pas moins qu’un bon contrepoint, en somme. Et Nadia Boulanger, en musique, n’avait pas d’œillères, au contraire ! Son intérêt pour tous les styles était grand, et son exigence l’était tout autant ! Car ce n’est pas parce que Nadia Boulanger laissait le potentiel créatif de ses élèves à ciel ouvert qu’elle n’était pas sévère pour autant. Les exercices qu’elle demandait aux élèves étaient difficiles, très difficiles même le plus souvent, mais cela leur a permis de se forger une véritable discipline, une oreille aiguisée et d’exprimer au mieux, par la suite, toute la saveur de ce qui les définissait personnellement.

Par sa méthode, elle permettait à ces jeunes musiciens d’écrire la musique qui venait d’eux-mêmes, résolument. Nadia Boulanger aurait pu faire sienne la phrase d’Edmond Rostand dans la bouche de Cyrano : N’écrire jamais rien qui, de soi, ne sortît !"

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