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Qui est qui au Yémen? Les acteurs d'un conflit complexe

Conflit au Yémen, d'après une carte de Mark Monmonier au 17 avril 2015.

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17 avr. 2015 à 05:51 - mise à jour 17 avr. 2015 à 12:12Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine

Les Houthis: un mouvement identitaire devenu rébellion armée

Les combattants houthistes contrôlent la capitale Sanaa.

Ils doivent le nom à la famille al-Houthi, qui a fourni les différents leaders du mouvement. C'est au départ, dans les années 90, un mouvement de réaffirmation de l'identité zaydite, avec une dimension surtout culturelle et religieuse. Les zaydites constituent une branche du chiisme, implantée dans le nord du Yémen. Les zaydites représentent 30% de la population du pays. Les revendications du mouvement houtiste se sont progressivement déplacées sur le terrain économique et politique. Les zaydites se plaignent d'être marginalisés par le pouvoir de Sanaa qui néglige leur région du nord-ouest. A partir de 2004, le président Abdallah Saleh leur mène une guerre sans merci, qui fera 10 000 morts. En 2014, ils profitent de l'affaiblissement du pouvoir à Sanaa pour conquérir la capitale et neutraliser le président Hadi. Leur avancée vers le sud ne s'est plus arrêtée depuis lors.

L'ancien président Ali Abdallah Saleh, avide de revanche

Des partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh brandissent son portrait durant une manifestation à Sanaa.

Ali Abdallah Saleh, aujourd'hui âgé de 73 ans, a régné durant 33 ans sur le Yémen. Il a été poussé à quitter le pouvoir par le contestation issue du printemps arabe, en 2011. Il n'a jamais accepté cette éviction et a tout fait pour saper le pouvoir de son successeur Abd Rabo Mansour Hadi. Pour cela, il dispose de deux atouts : il est très riche et bénéficie de la loyauté d'une bonne partie de l'armée yéménite.

Pour chasser son successeur, il a fait alliance avec ses anciens ennemis, les Houthis. Il est revenu dans sa résidence à Sanaa, d'où il donne des ordres à ses troupes restées loyales. S'il ne peut revenir lui-même au pouvoir, Ali Abdallah Saleh essayera de pousser son fils aîné, Ahmed. Il est l'ancien commandant de la garde républicaine, une des unités les plus performantes de l'armée.

Abd Rabo Mansour Hadi, incarnation faible de la légitimité du pouvoir

Le président Abd Rabbo Mansour Hadi représentait le Yémen à la conférence de la Ligue arabe, le 28 mars 2015.

Abd Rabo Mansour Hadi était l'ancien vice-président d'Ali Abdallah Saleh. En 2011, le président est contraint de lui laisser le pouvoir. Des élections sont organisées en 2012. Hadi est le seul candidat, et élu avec près de 100% des voix. Le parti al-Islah, branche yéménite des Frères musulmans, le soutient. Il a constitué un gouvernement d'union nationale, mais n'est jamais parvenu à faire adopter une nouvelle constitution faisant du Yémen un État fédéral.

Lâché par une partie de son armée, le président Hadi est retenu dans son palais de Sanaa, encerclé par les rebelles Houthis. Il parvient à s'enfuir vers Aden, puis l'Arabie Saoudite. Abd Rabo Mansour Hadi continue de recevoir le soutien de la communauté internationale. Pour les pays du Conseil de coopération du Golfe, Arabie saoudite en tête, il incarne la légitimité. Les États-Unis, l'Europe et les Nations unies se sont alignés sur ce soutien au président en exil, qui semble pourtant manquer de soutien à l'intérieur du Yémen.

Al Qaïda dans la Péninsule Arabique profite du chaos

Un véhicule transportant des membres présumés d'al-Qaïda dans la Péninsule arabique, frappé par un drone américain.

Al Qaïda est présent depuis plus de 15 ans au Yémen. L'organisation islamiste s'est rapidement implantée dans le sud et l'est du pays. En 2009, elle a pris l'appellation "Al Qaïda dans la péninsule arabique" (Aqpa), pour bien montrer son ambition d'exister non seulement au Yémen, mais aussi en Arabie saoudite, où se trouvent les lieux saint de l'islam. Les Etats-Unis ont mené des frappes contre Aqpa. Mais les bavures commises par les drones, comme en Afghanistan, ont ravivé les sentiments anti-américains dans la population locale. Aqpa en a tiré profit pour renforcer sa propre légitimité.

Aqpa est la principale force contre l'avancée des houthistes dans le sud. Il s'oppose également au régime du président Hadi. Il cherche à sanctuariser les régions montagneuses du Yémen pour y constituer un micro-État. Aqpa cible l'Occident en enlevant des étrangers dans la région et en soutenant des attentats à l'étranger, comme celui contre la rédaction de Charlie Hebdo à Paris.

A noter que l'organisation terroriste État islamique a revendiqué ses premières opérations au Yémen le mois passé. L’État islamique pourrait représenter une concurrence pour Al-Qaïda, les deux mouvements terroristes ayant des nombreux points en commun. Il est évident que le terrorisme trouve un terreau fertile au Yémen, dont la situation économique est désastreuse. C'est l’État le plus pauvre du Moyen-Orient.

Les tribus de sud consolident leurs fiefs

Des combattants de la tribu Awlaki forment une "armée populaire" dans leur province du sud du Yémen.

Aqpa s'allie avec les tribus qui constituent, dans le sud du Yémen, leurs propres forces. Des chefs de guerre locaux profitent du désordre général pour consolider leurs fiefs. Ils se sont emparé de terminaux d'hydrocarbures. La population du sud est largement acquise au mouvement sécessionniste, nostalgique de la période d'avant 1990, lorsque le Yémen était divisé en deux, entre nord et sud. Cette population est exclusivement sunnite.

Daniel Fontaine

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