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Qui est John Lee, l'homme de la répression nommé chef exécutif de Hong Kong ?

John Lee prendra la tête de Hong Kong le 8 mai prochain 2022.

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06 mai 2022 à 09:37 - mise à jour 06 mai 2022 à 11:19Temps de lecture4 min
Par Maud Wilquin et AFP

Nous vous le disions le 4 avril dernier, la dirigeante Carrie Lam, 64 ans, ne rempile pas pour un deuxième mandat en tant que cheffe de l’exécutif à Hong Kong."Je vais achever mon mandat de cinq ans en tant que cheffe de l’exécutif le 30 juin et finir officiellement ma carrière de 42 ans dans le gouvernement", avait-elle annoncé à l’époque à la presse.

Averti en 2021 de cette décision, le comité de 1500 personnes chargé de désigner un chef exécutif s’était donc mis en quête d’un remplaçant. Et ce remplaçant n’est autre que John Lee, 64 ans, ancien chef de la sécurité de Hong Kong et unique candidat au poste de chef de l’exécutif de la ville.

John Lee sera officiellement désigné ce dimanche 8 mai à Pékin mais ne prendra ses fonctions que le 1er juillet, date du 25ème anniversaire de la restitution de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni.

La cheffe de l’exécutif de Hong Kong Carrie Lam (à gauche) et le chef de la police Stephen Lo (à droite) regardent le chef de la sécurité de Hong Kong, John Lee (centre) s’adresser aux médias lors d’une conférence de presse à Hong Kong le 22 juillet 2019.
La cheffe de l’exécutif de Hong Kong Carrie Lam (à gauche) et le chef de la police Stephen Lo (à droite) regardent le chef de la sécurité de Hong Kong, John Lee (centre) s’adresser aux médias lors d’une conférence de presse à Hong Kong le 22 juillet 2019. © Belgaimage

Qui est John Lee ?

Aujourd’hui marié et père de deux enfants, John Lee est né dans le quartier de Sham Shui Po, un endroit qui a grandement influencé sa carrière professionnelle. Intimidé et battu par des voyous du coin alors qu’il était enfant, John Lee refuse de suivre des études d’ingénieur préférant entrer dans la police.

35 ans plus tard, en 2012, il entre au gouvernement et renonce à sa nationalité britannique. Là, il se démarque rapidement. Les médias disent d’ailleurs de lui qu’il a bénéficié d’un "ascenseur en platine".

En 2017, il devient le chef des services de sécurité de Hong Kong. C’est lui qui est chargé de diriger la répression policière lors des gigantesques manifestations pro-démocratie de 2019, ainsi que la sévère reprise en main politique qui a suivi. Pour lui tout comme pour Pékin, ces manifestations relèvent d’un complot "terroriste" ourdi par des "forces antichinoises".

Ces actions et pensées lui valent d’une part de figurer sur une liste de personnalités chinoises et hongkongaises sanctionnées par les Etats-Unis
pour avoir "sapé l’autonomie de Hong Kong et restreint la liberté d’expression ou de réunion", et d’autre part de gagner la confiance de Pékin. "Il est l’homme qui a réussi le test", affirme à l’AFP Lai Tung-kwok, son prédécesseur à la tête de la sécurité de Hong Kong.

 

Deux ans plus tard en 2021, il met un pied dans la fonction de chef de l’exécutif en devenant le numéro deux de Carrie Lam.

"Dans le passé, la Chine a pu faire des compromis en échange de bénéfices économiques", confie Charles Mok, ancien membre pro-démocratie du Conseil législatif désormais exilé, à l’AFP. "Mais désormais, Pékin semble souhaiter que les gens considèrent le monde comme un endroit rempli de menaces, et une loyauté sans faille au Parti comme la seule solution sûre.

Étranger au monde des affaires et de l’administration

Le comité fait encore preuve d’innovation avec cette nomination. En effet, si Carrie Lam était la première femme à exercer une telle fonction, John Lee est le premier homme à ne pas être issu du monde des affaires ou de l’administration, mais bien du monde policier. Un message fort si l’on en croit le spécialiste de la Chine contemporaine, chercheur et chargé de cours à l’Uliège, Eric Florence. "Contrairement à Carrie Lam, il n’a pas l’expérience des grands administrateurs traditionnellement formés à Hong Kong", confie-t-il. "Il a essentiellement des contacts avec le milieu policier et a toujours été très inflexible sur les manifestations de 2019 et ensuite sur les mesures prises dans le cadre de la loi de la sécurité nationale de l’été 2020 ou encore dans le cadre de mesures ayant réduit considérablement les libertés publiques."

En soutenant John Lee et en adoptant la loi sur la sécurité nationale – à laquelle ni Lee, ni Lam ne se sont opposés, le gouvernement central de Pékin souhaite "renforcer la mainmise sur Hong Kong" et remet ainsi en cause plusieurs articles de la loi fondamentale selon laquelle aucune administration chinoise du continent ne pourra administrer Hong Kong, affirme Eric Florence. Hong Kong ne peut être géré que par des autorités hongkongaises. Or, de plus en plus de personnel de la sécurité administrative est directement recruté en Chine.

"Les tribunaux demeurent dans une certaine mesure encore un des derniers remparts, toutes les autres barrières ont été levées par la loi de sécurité nationale. L’arrivée de John Lee confirme donc le glissement de paradigme dans la façon de gérer Hong Kong. La sécurité prime sur le reste, une digue a sauté."

Des propos que confirme Chien-yu Shih, spécialiste des questions de sécurité chinoise à l’institut pour la Défense nationale de Taïwan. "Pékin a cherché à savoir quelle personnalité politique était prête à suivre son discours." Selon lui, les dirigeants chinois continuent de se méfier des fonctionnaires de Hong Kong.

Des objectifs entre autres économiques

En devenant chef de l’exécutif, John Lee promet de faire de la "sécurité nationale" une de ses priorités. Il poursuivra d’ailleurs à ce titre la campagne de répression de la dissidence qu’a entamée Carrie Lam.

Mais selon l’AFP, c’est sur le terrain de l’économie que le nouveau dirigeant devra fournir de gros efforts. Depuis le début de la pandémie, les milieux d’affaires de la région se sont pratiquement coupés du monde. "J’espère qu’il pensera à la compétitivité internationale de Hong Kong et qu’il ne perdra pas son temps à faire adopter des lois sans utilité pour l’économie de la ville", indiquait à l’agence de presse française Danny Lau, dirigeant d’une association de patrons et de petites entreprises.

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