Un regain d'inquiétude qui est dû à un événement qui s'est produit le mois dernier, et qui a vraiment surpris tous les spécialistes. Pourtant, ils en ont vu d'autres : le Japon compte 110 volcans actifs - record mondial - , donc il a appris à vivre avec cette menace. Mais là, la stupéfaction a été générale.
Quand le Mont ASO a explosé.
Le Mont ASO, c'est un volcan qui se trouve à Kyûshû, dans le Sud du pays.
En octobre, il a connu une éruption d'une violence qu'on n'avait plus vue depuis 30 ans. Il a craché 510.000 tonnes de cendres et de roches. Les cendres, elles ont été projetées à 11.000 mètres d'altitude. Et les roches, certaines ont atterri à 4 km du cratère et avaient jusqu'à 10 mètres de diamètre. Donc c'est un vrai miracle qu'il n'y ait pas eu de victimes
Des volcans surveillés en permanence
800 capteurs mesurent leur activité. Mais il y a quelques jours, des médias japonais ont révélé que le bon fonctionnement de certains de ces capteurs n'était pas vérifié tous les six mois, comme ça devrait être le cas.
Surtout, une éruption, encore moins qu'un séisme, on ne peut pas la prévoir longtemps à l'avance. Il y a des signes avant-coureurs, oui. Mais l'éruption survient ensuite si rapidement qu'on n'a pas le temps d'alerter les populations, et encore moins de les évacuer.
On l'a d'ailleurs bien vu il y a deux ans, et ça a été absolument dramatique.
Un volcan dans les Alpes japonaises, le Mont ONTAKE, est entré en éruption alors que des centaines de promeneurs étaient en train de s'y balader.
Il y a eu plus de 60 morts.
Les autorités assurent faire le maximum pour réduire le risque volcanique mais, par nature, il ne pourra jamais être totalement maîtrisé.
Ces autorités, d''ailleurs, elles jouent avec le feu, parfois.
Un des volcans les plus actifs du pays - le SAKURAJIMA, à l'extrême Sud de Kyûshû - est à 50 km seulement d'une centrale nucléaire. Pourtant, le Premier ministre, Shinzo ABE, a autorisé le redémarrage de cette centrale, l'an dernier.
Le jour où ce volcan connaîtra l'éruption du siècle, je vous laisse imaginer combien elle sera compliquée à gérer, avec des réacteurs atomiques à une telle proximité...
Le Mont Fuji, symbole, mais volcan tout de même
Sa dernière éruption remonte à très longtemps : c'était en 1707. Au passage, elle avait été suivie d'un tremblement de terre qui avait fait 20.000 morts...
Depuis 2011, l'état de ce volcan inquiète les scientifiques.
2011, c'est l'année du tremblement de terre de FUKUSHIMA. Son onde de choc a été si forte qu'elle a fracturé encore un peu plus le sous-sol des régions volcaniques les plus fragiles, et le Mont FUJI en fait partie.
Depuis, ce volcan est instable.
Il connaît de si grosses anomalies de pression et d'activité magmatique qu'il ne faudra pas forcément attendre des siècles avant sa prochaine éruption.
Or, 250.000 personnes escaladent cette montagne chaque été. Si une éruption a lieu en pleine saison touristique, elle fera énormément de victimes.
Autre problème : le FUJI n'est qu'à 100 km de Tokyo.
Il suffirait que les vents dominants poussent vers la capitale les cendres chaudes expulsées par le volcan pour que 9 millions de personnes souffrent de gros problèmes pulmonaires et respiratoires - car ces cendres sont toxiques.
Si, en plus, il y a des coulées de lave et des émanations de gaz, un million de gens devront quitter leurs logements et être hébergés dans des centres d'urgence.
Pour ne rien arranger, les cendres volcaniques endommagent les circuits électriques. Les transports publics seraient donc très perturbés.
Quant au réseau routier, il serait sans doute complètement saturé. Au mois d'août, les localités situées aux pieds du FUJI ont organisé un exercice d'évacuation des populations : il y a eu 2 fois plus d'embouteillages que ce qui avait été imaginé.
Donc, en fait, personne n'en doute : une éruption du Mont FUJI, au minimum, cela causerait une énorme pagaille dans Tokyo et toute sa région. Au pire - et on ne peut pas l'exclure d'office - cela pourrait vraiment donner lieu à une catastrophe majeure.
Bernard Delattre, correspondant RTBF à Tokyo.