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Matin Première

Qu’est-ce qu’un grand "homme" ?

L'oeil sur le monde

Décès de Colin Powell

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22 oct. 2021 à 04:02 - mise à jour 22 oct. 2021 à 04:023 min
Par L'oeil de Mehdi Khelfat

Colin Powell, ancien secrétaire d’Etat sous George W.Bush, est mort hier à l’âge de 84 ans de "complications liées au covid-19". Son mandat a notamment été marqué par l’invasion américaine en Irak. Cette disparition donne à réfléchir : qu’est-ce qu’un grand Homme, qu’est-ce qu’un homme d’Etat, comment entre-t-on dans l’Histoire ? Une question que de nombreux politiques, citoyens, artistes se posent peut être chaque matin en se rasant.

Comment Colin Powell a échappé à son histoire

Etre un grand homme, c’est avoir un parcours exemplaire, mais surtout un parcours incroyable pour ses paires. Sortir de l’endroit d’où on vient, échapper à ce à quoi l’Histoire nous a déterminés.

Pour ce qui est de Colin Powell, d’origine afro caribéenne, il naît dans une famille d’immigrants jamaïcains à Harlem, il est élevé dans le quartier du South Bronx à New York. Il est le fils d’un magasinier expéditionnaire, et d’une couturière. Ses ancêtres sont africains, écossais et irlandais, un décor bien loin des dorures de Washington.

Après les secondaires il fait des études de géologie. Sans idée sur son avenir, sans projet il découvre l’armée et c’est là qu’il fera carrière.

Il découvre l’armée lors de sessions au corps d’entraînement de la réserve des officiers et voit qu’il a de grandes capacités de commandement. Il suit l’ensemble du programme en tant que cadet et sort avec le grade de colonel, qui est la plus haute distinction pour un cadet. En 1958, il entre dans les Forces armées des États-Unis avec le grade de second lieutenant.

Il est repéré très vite et il est envoyé au Vietnam comme conseiller militaire de John F. Kennedy.

Deux missions et deux blessures dans un accident d’hélicoptère où il porte secours à ses camarades, un héros de guerre qui recevra les plus hautes distinctions de l’armée américaine. Mais il ne s’arrête pas à l’armée, il se cultive, se forme. Après deux périodes au Vietnam, il profite d’une bourse de l’armée pour suivre des cours à la George Washington University, où il obtient un MBA en 1971.

De l’armée à la politique

REAGAN PRESENTS C. POWELL WITH THE MEDAL OF FREEDOM

Puis s’ouvre le monde politique et il deviendra le conseiller à la sécurité nationale de Ronald Reagan.

A ce titre, il préside le conseil de sécurité nationale. Il est le premier Afro-américain et le plus jeune officier à occuper de telles fonctions. De sensibilité plutôt démocrate, le général Powell reste fidèle au parti républicain et incarne la réussite individuelle et le résultat de l’effort individuel auprès de pas mal d’Afro-américains qui voient en lui un modèle.

Autre première, il deviendra le premier noir chef d’état-major des armées sous Georges Bush père. Il mène les troupes alliées à la victoire face à Saddam Hussein lors de la toute première guerre du golfe. Il définit une doctrine militaire, la doctrine Powell. Cette doctrine se résume à une série de questions auxquelles on doit répondre par l’affirmative avant d’engager la puissance militaire américaine.

Enfin en 2001, la consécration, il devient le premier noir à occuper la fonction de chef de la diplomatie américaine.

Grand commis de l’Etat, grand patriote, héros de guerre, modèle d’abnégation et de travail, sorti de ses quartiers populaires.

Le parcours de cet homme qui va entrer dans l’histoire est jusque-là sans faute.

Quand tout a basculé

Colin Powell Address UN Security Council

Et puis une image entre dans l’Histoire, celle où Colin Powell brandit cette fiole censée contenir de l’Anthrax en février 2003 devant le conseil de sécurité des nations unies pour prouver selon lui que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive.


Et ce sera le prologue de la seconde guerre d’Irak. Il dira plus tard qu’il n’a pas menti délibérément mais sur la base de faux renseignements. Il affirme avoir lui même été trahi. On pourrait lui pardonner cette image si les conséquences de ces mensonges n’avaient pas été si dévastatrices pour le peuple irakien et pour la région toujours déstabilisée aujourd’hui.

Colin Powell quittera le monde politique.

Mais en gardant certains engagements. Il n’avait pas hésité à prendre ses distances avec le parti républicain, soutenant par exemple en 2008 la candidature du démocrate Barack Obama. En 2020, il avait annoncé qu’il voterait pour Joe Biden, dénonçant les "mensonges" de Donald Trump.

En 2013, il avait répondu à une interview de l’hebdo français le nouvel observateur et avait répondu à cette question : "après l’extraordinaire carrière qui a été la vôtre, que souhaitez-vous que l’on retienne de votre action ?"

Que j’ai bien servi mon pays. Que j’ai travaillé à des traités qui ont éliminé de grandes quantités d’armes nucléaires !

Je voudrais que l’on n’oublie pas que j’ai toujours essayé d’éviter des guerres et toujours préféré la diplomatie pour régler les problèmes.

 

Je pense que l’on se souviendra de moi à propos d’une doctrine militaire qui porte mon nom. Et puis je suis devenu le premier chef d’état-major noir et le premier secrétaire d’Etat noir des Etats-Unis.

Malheureusement, on n’oubliera pas le discours à l’ONU, qui occupera une grande place dans sa nécrologie.

Alors est-il un grand homme, va-t-il rester dans l’Histoire ? A chacun de se faire son opinion.

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