Climat

Quel est le poids des lobbies industriels?

Beaucoup d'ONG et associations environnementales dénoncent les lobbies qui jouent un double jeu à la COP21

© JOEL SAGET - AFP

03 déc. 2015 à 11:25 - mise à jour 03 déc. 2015 à 11:25Temps de lecture3 min
Par Hugues Angot

Dans le cadre de l'opération "Le Climat et Moi", vous nous avez posé vos questions sur le climat. L'un ou l'une d'entre vous s'est demandé quel est le rôle des lobbies économiques dans les décisions politiques sur ce dossier ?

Dans le cadre de la COP21, les enjeux liés à la " sortie du carbone " discutée à Paris sont colossaux. Ces enjeux sont évidemment environnementaux mais aussi économiques. Et dans ce jeu d’influence, les puissants lobbies des industries de l’énergie sont des plus actifs. Selon un rapport sur le sujet, publié en mars dernier par les chercheurs du Policy Studies de Westminster, 77 % des 500 plus grosses sociétés dans le monde seraient membres de lobbies directement concernés par le changement climatique. Et Bruxelles serait après Washington le lieu où s’exercerait le plus au monde ce lobbying. Selon l’ONG Corporate Europe Observatory, il y aurait quelques 30.000 lobbyistes dans la capitale, soit quasiment autant que de fonctionnaires européens.

Pour Geoffrey Pleyers, chercheur au FNRS et spécialiste des mouvements sociaux et de la globalisation, ce jeu d’influence ne se limite pas au puissants lobbies. "Le jeu d’influence ne s’exerce pas uniquement via les groupes d’intérêts. Il y a également le problème du rapprochement douteux voire de la collusion entre responsable politique et groupe industriel. Plus grave encore, des chercheurs et des scientifiques sont approchés pour apporter du crédit aux intérêts de telle ou telle entreprise."

Risque économique
Si les enjeux environnementaux sont une réalité, les industries liées au combustible fossile soulignent la demande accrue d’énergie. Selon l’Agence internationale de l’Energie, la demande va augmenter dans les années à venir. Alors qu’en 2000, la demande mondiale d’énergie avoisinait les 77 millions de barils de pétrole par jour, cette même demande devrait grimper à près de 100 millions de barils par jour en 2020.

Pour Jean-Louis Nizet, secrétaire général de la Fédération pétrolière belge (FPB), la demande est incompressible et ce malgré le boom des énergies renouvelables. "Le transport, en particulier la navigation aérienne et maritime a un grand besoin de nos produits fossiles tout comme nos industries pétrochimique. Cela va du secteur du plastique à la pharmacie."

La FPB estime que l’Europe, en s’engageant à réduire de 40% ses émissions de CO2 à l’horizon 2030, fait de gros efforts. "De tels engagements pourraient être très pénalisant. On estime que si l’Europe n’est pas suivie par le reste du monde, l’impact négatif pour l’économie européenne pourrait atteindre les 20 milliards. Notre rôle de lobby est d’insister auprès du monde politique pour qu’on se fixe des objectifs atteignables et qui prennent en compte la réalité économique."

Des mesures indispensables
Dans le milieu des associations de défense de l’environnement, on rappelle que l’enjeu climatique est essentiel. "La Terre est malade. 97% du monde scientifique s’accorde sur le fait que le réchauffement climatique fait courir un grand danger à notre planète. Il ne faut donc pas uniquement faire ce que l’on peut ; il faut faire ce que l’on doit pour sauver la Terre" explique Noé Lecoq, coordinateur énergie à la Fédération inter environnement Wallonie.

Mais pour faire passer ce message, les différentes ONG environnementales ne disposent pas des relais, des moyens financiers dont bénéficie le monde industriel. Les activistes environnementaux comptent dès lors sur la mobilisation de la société civile. Pour contrer les puissants lobbies, les associations ont organisé une marche historique pour le climat. La marche devait rassembler plus de 500.000 personnes mais elle est finalement annulée vu le risque d’attentat sur la capitale française. Cependant, les gens sont quand même descendus dans la rue à Paris et Bruxelles le dimanche 29 novembre, lors de l'ouverture "officieuse" de la COP21.

Pour les défenseurs de l’environnement, la COP21 fait donc encore une fois la part belle aux lobbies et à leurs intérêts économiques. Beaucoup espèrent juste un accord sur le climat le moins mauvais possible.

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