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Environnement

Quel est le bilan environnemental de la neige artificielle ?

07 févr. 2022 à 19:08 - mise à jour 08 févr. 2022 à 07:20Temps de lecture3 min
Par Arnaud Ruyssen

Vous avez sans doute vu ces images des jeux Olympiques d'hiver à Pékin, quelques pistes de ski toutes blanche, au milieu de paysages verts et brun.  Les épreuves de ski de ces jeux se déroulent sur une neige 100% artificielle.  Du coup, Déclic a voulu savoir quel était le bilan environnemental de cette neige artificielle, de plus en plus répandue dans les stations de ski. 

35% des pistes françaises artificiellement enneigées 

Selon les chiffres donnés par les domaines skiables en France, aujourd'hui 35% des pistes françaises sont équipée de dispositifs qui permettent de produire de la neige artificielle. En 2009, c'était 20%. Dans d'autres pays, le phénomène est encore plus galopant. Toujours selon les chiffres de l'Association Nationale des Maires de Stations de Montagne (ANMSM), 70% des pistes autrichiennes et 87% des pistes du nord de l'Italie sont aujourd'hui équipées de dispositifs d'enneigement. 

Le réchauffement climatique a clairement accéléré le phénomène. Lorsque les premiers canons à neige sont arrivés en Europe en 1973, dans la station de Flaine en haute Savoie, l'idée était de pouvoir palier le manque de neige par endroit, en cours de saison, dans les bas de pistes ou sur les versants mal exposés. Mais les années 89 et 90 et leur très faibles enneigement ont marqué un tournant et ont conduit à un usage structurel de cette "neige de culture" qui, pour bon nombre de station est devenue une condition de fonctionnement, voire de survie, en basse altitude. 

Concrètement, ça fonctionne comment?   

Le principe de base est assez simple. Il s'agit de vaporiser de fines gouttelettes d'eau, quand il gèle, afin de les transformer en petits cristaux de neige. Pour ce faire, les stations utilisent de plus en plus des "perches d'enneigements" qui, pour diffuser les microgouttelettes d'eau à très basse températures, utilisent de l'air comprimé. Plus les températures sont élevées au moment de la vaporisation des gouttes d'eau, plus il faut refroidir cette eau… et plus le processus est consommateur d'énergie. 

Etablir le cout énergétique précis du processus est très compliqué. Il existe très peu de données compilées sur le sujet. Néanmoins, nous avons procédé à une petite extrapolation sur base de chiffres divulgués dans un rapport très complet, réalisé en 2009 pour le compte du conseil général français de l'environnement et du développement durable.

Tenant compte du fait qu'alors, 20% de l'espace skiable français était doté d'enneigeurs et qu'aujourd'hui ce chiffre a grimpé à 35%, on peut estimer une consommation globale de 245 GWh, par saison, pour les pistes françaises. En comparant ce chiffre à la consommation moyenne d'un ménage de 4 personnes (3200 KWh), on peut estimer que cela correspond à l'électricité consommée, sur un an par 76 560 ménages. 

La consommation d'eau de 166 000 ménages

En terme de consommation d'eau, le bilan est également conséquent. Pour fabriquer 2 mètres-cube de neige de culture, il faut un mètre-cube d'eau. Selon les chiffres donnés officiels par l'ANMSM, il faut compter 25 Millions de mètres-cube, par saison, pour les stations françaises. Ramenée à la consommation moyenne d'un ménage de 4 personnes (150 mètres-cube), cela correspond à l'eau consommée par 166 000 ménages.

Par ailleurs, certains experts et associations environnementales dénoncent aussi tout ce que l'installation de dispositifs d'enneigement nécessite comme travaux d'infrastructures. Pour la climatologue suisse Martine Rebetez, qui s'exprimait chez nos collègues de TV5 Monde: "Cela signifie que vous devez creuser, ce qui occasionne des dommages sur les écoulements d’eau en aval, aussi bien l’eau potable que les ruisseaux et les rivières. Leur eau devient trouble pendant de nombreuses années. Creuser occasionne également des dégâts à la faune des rivières, car en creusant les sols de cette manière, on créé de l’érosion."  Sans compter l'effet cercle vicieux : le réchauffement climatique nécessite de plus en plus de recours à cette neige artificielle… dont le bilan environnemental contribue à alimenter le réchauffement climatique. 


 

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