On n'est pas des pigeons

Quel contrôle le consommateur a-t-il sur sa Smart TV?

27 oct. 2017 à 09:57 - mise à jour 27 oct. 2017 à 09:57Temps de lecture3 min
Par On n'est pas des pigeons

70% des téléviseurs vendus sont intelligents. Ils permettent de louer des vidéos à la demande, d’écouter de la musique via internet, de profiter de jeux en ligne, … ça, c’est pour le côté positif! Mais il y a aussi une face plus sombre pour tout cela...

En effet, on est non seulement connectés à internet, mais également, sans qu’on s’en rende compte, à toute une série d’intervenants : câblo-opérateur, fabricant de TV, fournisseur de Smart TV, fournisseur d’applications, etc. Ceux-ci récoltent une panoplie d’informations sur notre vie sociale, nos habitudes, nos préférences de visionnage et nos changements de chaîne. Plus ennuyeux encore, la smart TV peut enregistrer le nom de tous les fichiers qui se trouvent sur les clés USB qui y sont branchées et envoyer ces données sur les différents serveurs du concepteur. Toutes ces données récoltées sont employées pour comprendre comment le consommateur utilise les différents services proposés par le fabricant, pour développer de nouveaux produits, utiliser le profil à des fins marketing, proposer des annonces ciblées, etc ...

Le consentement du consommateur est-il nécessaire face à cela ?

La plupart des utilisateurs accordent leur consentement sans même s’en rendre compte ... Les analyses qui ont été réalisées par Test-Achats sur une sélection de TV intelligentes Samsung, LG, Sony, Panasonic, Hitachi et HiSense montrent que les politiques de vie privée sont présentées de telle sorte que l’acheteur est amené à les accepter sans les avoir parcourues. Elles sont souvent d’une longueur interminable (entre 8 et 55 écrans de texte), rédigées dans des termes vagues et ambigus et il faut les consulter intentionnellement en cliquant sur un lien. Beaucoup de consommateurs préfèrent cliquer sur le raccourci simple et très tentant "j’accepte tout" ...
En outre, refuser les conditions reste une option très limitée. Seules HiSense et Panasonic permettent d’effectuer un opt-out, c’est-à-dire retirer son consentement quant au traitement de ses données personnelles. Mais en pratique, si le consommateur retire son consentement, il n’aura tout simplement plus accès à la plateforme de sa TV intelligente.

Que se passe-t-il si l'on marque son accord sur les conditions générales ?

En acceptant les conditions générales d’utilisation, vous cédez à différentes firmes le droit d’utiliser vos données à caractère personnel (numéro de téléphone, nom, date de naissance, adresse IP, données de localisation, …). Mais des données particulières qui pourraient se révéler sensibles (origine raciale, opinions politiques, convictions religieuses, orientation sexuelle, …) sont également susceptibles d’être recueillies par les fabricants. Légalement, la collecte et le traitement de ce type de données sont interdits. Mais la surveillance de ce que vous visionnez jointe à la connaissance de vos données permet en effet d’établir des liens et d’effectuer des recoupements d’informations personnelles. Votre Smart TV pourrait donc bel et bien collecter des données sensibles alors qu’aucun consentement spécifique ne vous a été demandé et que les mesures obligatoires de sécurité et de confidentialité ne sont pas toujours appliquées.

Toutes ces informations sont conservées sur un nombre très variable de serveurs : 3 chez LG contre 16 chez Samsung, par exemple. Ceux-ci peuvent être situés dans des pays qui ne garantissent pas le même niveau de protection que l’Union Européenne en matière de données personnelles. 

L'utilisateur doit pouvoir choisir les informations qu'il accepte de partager

Test-Achats estime que l’utilisateur doit pouvoir choisir les informations qu’il accepte de partager et pour quelles finalités. Il faut donc impérativement une politique de confidentialité claire et facilement identifiable. Il est également urgent de développer des outils efficaces pour permettre à chacun de contrôler et de gérer le partage de ses données facilement et en toute sécurité. Bonne nouvelle, le nouveau règlement EU qui entrera en vigueur en mai 2018 devrait en théorie régler plusieurs des problèmes soulevés par Test Achats.

De son côté, Test-Achats va adapter ses procédures de tests pour permettre aux consommateurs non seulement de contrôler la performance des produits, mais aussi le respect de leurs données personnelles.

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