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Quel avenir pour les berges et vallées wallonnes après les inondations ?

Les berges sont renforcées en attendant un projet définitif

© RTBF

C’est l’une des priorités de la Région Wallonne : rénover les berges endommagées par les inondations de l’été dernier. Tous les cours d’eau qui traversent les 209 communes sinistrées sont concernés, c’est un chantier titanesque pour le Service Public de Wallonie et les entreprises privées mandatées. Actuellement, elles sécurisent les points critiques. Viendra ensuite la reconstruction, mais pour cela, il faudra être encore patient.

27 millions pour l’urgent, 440 pour la reconstruction

Les chaînes immergées dans l’eau, une grue de l’entreprise Bodarwé renforce une berge. Cette opération est l’une des interventions urgentes pointées par la Région. "Le SPW, notre client, a peur que les glissements continuent et que la berge soit supprimée. Cela pourrait entraîner l’effondrement des ouvrages qui la surplombent comme une route ou une habitation " détaille Dimitri Solheid, conducteur de chantier.

La carte des interventions confiées à l’entreprise Bodarwé SA
La carte des interventions confiées à l’entreprise Bodarwé SA © SPW

Avec ses hommes, Dimitri doit travailler sur une centaine de points répartis sur 6 kilomètres de cours d’eau en amont et dans Verviers. Le travail est enrichissant pour les hommes, fiers de participer à l’effort collectif, mais loin d’être évident. "On est bloqué par les ponts" explique le responsable. "Entre chaque pont, on doit trouver un point d’accès et négocier pour y passer, car les berges appartiennent souvent à des privés ou à des entreprises".

Cette entreprise n’est pas la seule active sur la Vesdre. Rien que pour cette rivière, une vingtaine de secteurs ont été identifiés et confiés à différentes entreprises privées. À cela, il faut ajouter les chantiers sur d’autres rivières. Coût de cette sécurisation urgente : 27 millions d’euros pour toute la Wallonie.

27 millions, c’est environ 3 fois le budget du SPW voies non navigables, c’est inédit

À côté de cela, il y a les berges endommagées qui ne nécessitent pas d’intervention urgente, et là, rien ou presque n’a changé depuis juillet dernier. Les dégâts sont bien visibles, et par endroits, les déchets pendent toujours aux arbres. Le SPW n’interviendra qu’une fois des études hydrologiques menées. "Cela doit permettre de dessiner une carte des inondations et de reconstruire en tenant compte de la nouvelle réalité de la Vesdre, car le cours d’eau a bougé" confie Sébastien Gailliez, directeur ad interim du SPW voies non navigables.

Les résultats de ces études sont attendus pour fin 2022. Viendra alors la reconstruction des berges. "On tiendra compte de ce qu’il s’est passé. Nous allons reconstruire de manière plus résiliente. On ne protégera pas entièrement contre les inondations, mais il faut limiter au maximum l’impact de ce genre d’événement".

Les chantiers ne devraient pas débuter avant 2023, voire 2024, et cela va prendre du temps, tant les chantiers sont nombreux. "209 communes touchées, cela signifie que tous les cours d’eau qui traversent ces communes sont susceptibles d’être rénovés".

La Région wallonne a pour l’instant prévu un budget de 440 millions d’euros pour cette reconstruction.

La carte des 209 communes sinistrées et des cours d’eau qui les traversent
La carte des 209 communes sinistrées et des cours d’eau qui les traversent © SPW

Zones tampons, élargissement du cours d’eau : les pistes sont nombreuses

Les friches industrielles pourraient devenir des zones tampons
Les friches industrielles pourraient devenir des zones tampons © RTBF

La reconstruction doit permettre de faire face à de nouvelles inondations et de limiter les dégâts. Pour beaucoup de spécialistes, il faut rendre de la place à la rivière et dégager des zones pour permettre à l’eau de s’écouler en cas de crues. Mais cela est plus compliqué dans une vallée comme la Vesdre, très étroite.

"Il faut aménager les espaces et penser à toutes les pistes possibles. On peut transformer des parkings et des friches industrielles en parcs. Ces grands espaces seraient naturellement inondés en cas de crue. Ces zones seraient des tampons, des fusibles pour limiter les dégâts, et le reste de l’année, ce seraient des parcs et des espaces verts dédiés aux riverains" explique Joël Privot, urbaniste à l’Université de Liège. Ces zones auront un rôle essentiel pour les communes en aval. "Ça diminue la force du courant et la hauteur de l’eau et donc limite les dégâts sur les maisons et villages plus bas".

D’autres pistes sont envisageables comme élargir les cours d’eau ou abaisser le niveau de certains champs pour permettre à l’eau de s’y engouffrer plus rapidement lors d’inondations.

L’objectif est de donner une nouvelle identité aux vallées wallonnes. De les adapter pour que nous vivions avec les inondations au lieu de les redouter.

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