Quel avenir pour la presse ?

Quel avenir pour la presse ?

© SISKA GREMMELPREZ - BELGA

24 nov. 2016 à 11:31 - mise à jour 24 nov. 2016 à 11:31Temps de lecture2 min
Par dubm

Nos invités

Alain Louyot a été grand reporter au Point, rédacteur en chef à L'Express, directeur des rédactions de L'Expansion, et est actuellement en charge de la rubrique " The Good Paper " au magazine The Good Life (numérique + papier). Il intervient, dans Questions Clés, sur son livre "Les grands patrons de presse face à l'avenir" (Ed. Odile Jacob), une enquête mondiale parue en 2016 qu'il a menée de Madrid à Washington, en passant par Tel-Aviv.

Hugues Dorzée est rédacteur en chef d'Imagine demain le monde, fondé par André Ruwet en 1996, magazine indépendant de tout groupe de presse. Le magazine fête ses 20 ans, un événement peu banal pour un magazine alternatif et indépendant dans le contexte difficile que connaît la presse.

Questions et réponses clés de l'émission

Le terme "qualité" revient en de nombreux endroits de votre ouvrage. Pourquoi?

Alain Louyot : Les journaux luttent pour leur survie, et c'est une course de très longue haleine pour trouver le business model adéquat, qu'on n'a d'ailleurs toujours pas trouvé. Ce que j'essaie de faire comprendre, c'est qu'il faut tenir bon, sans baisser la garde en termes de qualité, en préservant la réputation et la crédibilité du journal. Et ça, beaucoup de rédactions ne l'ont pas compris. Ceux qui ont gardé cette qualité tiennent bien mieux le choc, que ceux qui essaient plus d'émouvoir et d'aller dans le sensationnel. Par ailleurs, il y a une paupérisation des rédactions, qui n'ont plus les moyens, en termes d'effectifs, de remplir les colonnes de leur journal, et finissent par se reposer sur des agences extérieures.

Il n'y aurait donc actuellement aucun business model permettant de dire aujourd'hui, avec certitude, que la presse écrite s'en sortira si elle agit de telle ou telle façon ?

A.L.: Tous les directeurs de rédaction que j'ai vus m'ont en effet dit qu'ils n'avaient pas encore trouvé LE business model. D'ailleurs, s'ils l'avaient trouvé, cela se saurait. En revanche, il y a des pistes intéressantes selon les pays et les cultures. Les journaux anglophones, par exemple, sont très avantagés car ils surfent bien entendu sur la mondialisation. Regardez le journal "The Economist" : 80% de ses lecteurs ne sont pas britanniques! Il y a des possibilités d'étendre son audience, mais il faut pour cela aller au-delà de ses propres frontières.

Vous évoquez le fait que la transition numérique s'effectue le mieux là où les rédactions ont engagé des journalistes web et n'ont pas demandé aux journalistes papier de créer la version web. Car les deux versions ont chacune des exigences bien différentes.

A.L.: Certains journaux avaient décidé d'avoir des journalistes qui faisaient tout à la fois. Mais beaucoup sont en train de faire marche arrière. Un journal turc a par exemple séparé les deux rédactions récemment, pour convenir aux deux temps du journalisme: le court et le long. Le court c'est celui de la vitesse, de l'immédiateté; le long c'est celui de la réflexion, la valeur ajoutée en quelques sorte. Le journal papier doit permettre d'apporter une réflexion plus grande, selon moi.

Ecoutez l'émission en intégrale :

Pour aller plus loin...

Le reportage diffusé par France 24 sur l'avenir de la presse française

Le livre d'Alain Louyot, pour lequel l'auteur a été prendre le pouls d'une vingtaine de rédactions à travers le monde : "Les grands patrons de presse face à l'avenir : une enquête mondiale" (Ed. Odile Jacob), 2016, 224 pages, 23,90 euros

Le magazine Imagine demain le monde 

 

 

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