Quel accompagnement pour ces dix jeunes placés en IPPJ pour radicalisation?

La phase de l'adolescence, où le jeune est particulièrement perméable à certains discours au travers de ses frustrations personnelles

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23 août 2016 à 13:23 - mise à jour 23 août 2016 à 13:23Temps de lecture4 min
Par A.Lo avec R. Sadani

Le fils de l’imam de Dison a été placé en IPPJ (Institution Publique de protection de la jeunesse) à Braine-le-Château. Le jeune, qui aura 18 ans en novembre, était apparu cet été dans une vidéo où il appelait aux meurtres des Chrétiens, lors d’un voyage au Maroc.

A son retour en Belgique il a été interpellé, puis relâché, pour finir par être placé ce lundi soir, par mesure "protectionnelle". Il n'est pas le seul jeune radicalisé à se retrouver en IPPJ. Ils sont dix à l'heure actuelle à être suivis, une fille et neuf garçons, dont un suivi en famille.

En tout, 19 jeunes ont été placés en IPPJ à cause de leur radicalisation. Un processus qui est encore mal connu, et qui dépend fortement du profil de la personne concernée.

Une pédagogie adaptée

Lors de leur placement en IPPJ, ces jeunes doivent être accompagnés d’une manière particulière, comme l’explique Nathalie Monquignon, inspectrice pédagogique à la coordination des IPPJ : "On les aborde différemment dans le sens où le contexte dans lequel on va travailler sera particulier. Le personnel sera attentif et formé au contexte idéologique dans lequel évolue le jeune. La difficulté au départ sera d’établir un contact et un lien avec ces jeunes qui sont parfois particulièrement enfermés dans leur idéologie et parfois victimes de manipulation. Une fois que ce lien de confiance pourra être tissé avec les intervenants, l’approche sera mise en place de manière plus aisée par la suite. Le projet pédagogique sera mis en oeuvre une fois la confiance établie, on cherchera à les ouvrir aux valeurs de tolérance et de respects d'autrui, ainsi que d'empathie pour les personnes victimes d'acte de violence, notamment."

Un encadrement évolutif à durée variable

Leur encadrement est évolutif : "Au départ le magistrat choisira de préférence un encadrement à régime fermé, pour que le jeune puisse bénéficier d'une attention particulière et que l'on puisse travailler avec lui sans qu'il ne se soustraie à l'aide qui lui sera apportée. Puis il pourra être placé en régime ouvert, et si l'évolution est positive, il pourra rentrer en famille avec un accompagnement post-institutionnel, ce qui est le cas pour l'un d'entre eux."

La radicalisation au moment de l'adolescence

Le processus de radicalisation chez les jeunes est intimement lié à la phase d'adolescence, période de bouleversements et de tensions où le jeune doit se construire et trouver une identité propre.

"Dans ce contexte, il y a l'apport de cette propagande radicale qui touche ce qui fait écho à ces jeunes: solidarité, inclusion, valorisation de la violence, agressivité, des émotions pertinentes pour le jeune en recherche d'identité." commente Serge Garcet, chargé de cours au département de Criminologie de l'ULg, au service de victimologie.

"On observe que, chez les jeunes tentés par la radicalisation, une consommation très importante des théories du complot. Ce processus rentre dans une recherche d'identité négative dite 'victimaire'. Chez ce jeune, il y a une question existentielle et une frustration, une émotion négative. Il va les transformer au travers du discours radical. Il se dira 'Toutes ces frustrations ne viennent pas de moi, je suis une victime de cette société qui m'exclue.' A partir du moment où il se déresponsabilise, il trouve une légitimité à se défendre. Il va chercher une valorisation par rapport à des sentiments difficiles à gérer."

Il n'y a pas une radicalisation

La radicalisation passe par plusieurs phases, de la fascination au passage à l'acte. "Il y a d'abord un temps de fascination, où la personne va de plus en plus consommer des discours radicaux, adhérer à des valeurs qui lui font sens, explique Serge Garcet. Par la suite, le processus de radicalisation se met en place, la personne adhère à la cause et la fait sienne. Par la suite, elle peut entrer dans une phase d'activisme péri-démocratique, identitaire, afin de manifester cette appropriation, avec parfois un engagement dans des activités terroristes."

Un parcours dont la durée dépendra de la personne. "On peut observer un temps important entre ces phases pour la personne qui entrera dans le réseau, avec parfois même un temps de latence assez long avant l'activisme. Par contre, certaines personnes auront peu d'attaches dans les circuits radicaux. Il y a  conjonction d'une problématique psychologique personnelle, une personnalité fragile ou instable, avec des discours radicaux. Cela peut mener à un processus de renforcement auto-narcissique qui peut conduire à un passage à l'acte 'égocentré' très rapide. Passage à l'acte qui reflète une problématique personnelle, une recherche de visibilité." Il n'existe donc pas une radicalisation, mais des radicalisations, selon l'histoire et le profil des personnes concernées.

Dé-radicaliser, ou démêler l’indémêlable

"Pour comprendre ce qu'est la dé-radicalisation , je prends toujours l'exemple de la plasticine, explique Serge Garcet. Prenez deux boules, de couleurs différentes: l'une représente le mode de fonctionnement de la personne, l'autre le discours auquel elle adhère. Et vous malaxez ces deux boules pour n'en faire qu'une. Dé-radicaliser, c'est revenir à l'état initial de ces deux boules... Chose très compliquée donc. On ne va pas enlever un fichier dans la tête du jeune. On est dans un mécanisme où l'identité se transforme, tous les processus intellectuels ont été impactés."

Et de conclure sur l'efficacité réelle d'une dé-radicalisation. "Du point de vue scientifique, nous sommes très dubitatifs sur les résultats de la dé-radicalisation, au vu des données internationales. On observe des résultats, mais sur des points très précis et limités. Il reste, en effet, encore beaucoup de chose à mettre en place pour dé-radicaliser."

La séquence du JT

Placement en IPPJ dans des dossiers liés au terrorisme

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