Que faire de votre vieux matelas ? Ce qui va changer en 2021

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17 déc. 2020 à 15:18Temps de lecture4 min
Par Eric Boever

Un matelas abandonné dans un fossé ou au coin d’une rue, c’est l’image qui revient systématiquement quand on veut illustrer le fléau des dépôts clandestins. Et c’est vrai que se débarrasser d’un vieux matelas n’est pas évident.

Mais cela va changer, une nouvelle réglementation entrera en vigueur le 1er janvier 2021. Elle obligera les consommateurs à payer une contribution environnementale à l’achat d’un nouveau matelas mais elle facilitera aussi le dépôt des anciens matelas chez les commerçants ou dans les recyparcs en rendant la démarche gratuite comme avec l’électroménager.

Restera à les recycler, mais ce sera une autre paire de manches…

Une contribution n’est pas une taxe, même si ça y ressemble

C’est un produit que nous possédons tou.te.s, sur lequel nous passons même une grande partie de notre vie, il a une durée de vie limitée et pourtant aucune loi, aucun règlement ne prévoyait jusqu’à présent la collecte et le recyclage des matelas usagés. Mais ce sera bientôt du passé.

Le 1er janvier entrera en vigueur la REP des matelas, la responsabilité élargie du producteur.

En quoi cela concerne-t-il les consommateurs ? Cela concerne d’abord leur portefeuille. A partir de 2021, l’acheteur d’un nouveau matelas devra s’acquitter d’une contribution environnementale. Son prix dépendra du type et de la taille du matelas. Cela ira de 4,25 euros pour un matelas pour bébé à 8,50 euros pour un matelas d’une personne et 17 euros pour un matelas double, soit plus d’1,2 mètre. A noter que la contribution concernera aussi les surmatelas.

Contrairement à une taxe qui aboutit dans les caisses de l’Etat, cette contribution obligatoire " servira à couvrir les coûts de collecte, de traitement et de démantèlement des matelas usagés et devra servir aussi à financer la recherche et le développement en matière d’écoconception de nouveaux matelas ", expliquent en chœur les fédérations du secteur, Comeos, Fedustria et Navem.

Les vendeurs devront signaler au consommateur que le prix payé comprend cette contribution mais cela ne devra pas nécessairement figurer séparément sur la facture ou le ticket de caisse.

Ça, c’est lors de l’achat d’un nouveau matelas. Mais comment se débarrasser de l’ancien ? Là aussi, ça change et il y a des répercussions financières.

Fini de payer pour se débarrasser d’un vieux matelas

Jusqu’à présent, la personne qui voulait se débarrasser d’un matelas usagé avait le choix entre le revendre, le donner ou le jeter. Oui, mais le jeter où ? Certains magasins de literie acceptaient de reprendre un vieux matelas à l’achat d’un nouveau. On aurait pu espérer que cela devienne obligatoire avec l’entrée en vigueur du REP, mais cela restera une possibilité laissée à l’appréciation du commerçant.

" Il était compliqué d’imposer la reprise de vieux matelas à des vendeurs qui n’avaient pas l’espace nécessaire pour les stocker ", explique Filip De Jaeger, de Fedustria, la Fédération belge du textile, du bois et de l’ameublement. " Par contre, ils seront désormais dédommagés à hauteur de 330 euros la tonne, c’est-à-dire environ 5 euros par matelas, ce qui devrait les inciter à offrir cette reprise gratuite à leurs clients. Bien sûr, s’il faut venir chercher un vieux matelas à domicile, cela sera payant. Comment savoir si un commerçant accepte de reprendre gratuitement un matelas ? Rien de plus simple, nous avons créé un organisme chargé de gérer ces questions, Valumat, et toute l’information se trouve son site valumat.be "

S’il n’y a pas d’achat d’un nouveau matelas ou si le vendeur refuse de reprendre l’ancien, direction le parc à containers, qu’il soit communal ou régional. On peut y amener son vieux matelas depuis toujours mais jusqu’à présent c’était souvent payant, que ce soit à la pièce ou au poids. Désormais, ce sera entièrement gratuit.

Mais ce n’est pas tout, la nouvelle réglementation s’intéresse aussi à la nouvelle vie des anciens matelas.

Finalement, c’est une opération blanche pour le consommateur mais l’environnement y gagne

Que gagne le consommateur dans ces nouvelles règles qui entreront en vigueur le 1er janvier ? Si on fait les comptes, il devra payer une contribution nouvelle à l’achat d’un nouveau matelas mais par contre il ne devra plus payer pour amener l’ancien au recyparc.

L’opération est donc blanche mais pas pour l’environnement puisque les recyparcs auront désormais l’obligation de traiter ces déchets encombrants et de les recycler au lieu de les détruire et les brûler comme cela se fait actuellement. Comment financer ces opérations parfois lourdes ? " C’est justement à ça que servira la contribution versée à l’achat d’un matelas. Mais recycler un matelas n’est pas simple ", explique Filip De Jaeger. " Il faut d’abord le démanteler et séparer les diverses matières qui le composent et ensuite les valoriser. Pour l’acier et le métal, c’est encore facile, des procédés existent et les filières de recyclage ne manquent pas. Par contre, séparer des textiles de différents types et des mousses de polyuréthane ou de latex, souvent collées, n’est pas évident. Des processus sont à l’étude mais ils doivent encore être perfectionnés. On fabrique déjà des panneaux d’isolation acoustique avec des résidus de matelas mais à terme, on espère pouvoir refabriquer de la mousse avec de l’ancienne. Les fabricants doivent aussi penser au recyclage dès la conception du produit. On pourra alors parler de matelas circulaire. Mais cela nécessite de l’investissement. La contribution versée par les consommateurs à Valumat y participera. "

C’est finalement le même chemin qu’ont suivi les producteurs d’électroménager. Les clients payent une prime qui permet à Récupel de recycler les frigos et autres machines à laver déposés gratuitement chez les vendeurs ou les recyparcs. Demain, ce sera donc au tour des matelas, de quoi améliorer le sommeil de ceux qui se soucient de l’environnement.

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