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Quand les salariés en ont assez d'être "fliqués" par leur manager...

02 juin 2022 à 16:36Temps de lecture3 min
Par Michel Gassée

30% des salariés estiment que leur manager passe trop de temps à les contrôler et pas assez à les aider à accomplir leur tâche. Le prestataire de services RH Tempo-Team, qui vient de publier les résultats de cette enquête réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 2500 salariés et de 250 employeurs, parle même d’une "surveillance maladive" dans certaines entreprises et constate au passage qu’un tiers des employeurs reconnaissent eux-mêmes que le contrôle des salariés est encore très étroit chez eux.

De la surveillance à la délation

Il suffit d’écouter le témoignage de Léa – un prénom d’emprunt car elle craint pour son emploi si son patron la reconnaît – pour mesurer concrètement les formes que peuvent prendre ces contrôles : "Quand je télétravaille, explique-t-elle, mon ordinateur portable est forcément relié au système informatique de mon employeur. Et, clairement, mon manager direct contrôle en permanence mon travail : l’heure à laquelle je me branche sur le réseau, les moments de pause, les appels téléphoniques auxquels je réponds, ou pas d’ailleurs, les appels que je donne, leur durée. Il contrôle l’état d’avancement de mes prestations. Et j’ai droit régulièrement à des questions, des insinuations. Le contrôle est permanent !"

Pour cet autre témoin, qui préfère rester anonyme, le contrôle était permanent aussi chez son dernier employeur: "Non seulement nous étions contrôlées via nos ordinateurs, raconte-t-elle, ce qui signifie que nos managers vérifiaient ce que nous faisions sur notre PC, à quelle heure nous pointions, à quel moment nous allions aux toilettes, mais en plus nous avions la mission de contrôler les autres et éventuellement dénoncer leurs manquements éventuels ! C'était évidemment inacceptable."

Le regard d’une psychologue du travail

Delphine Pennewaert est psychologue du travail et psychologue de crise. Elle connaît donc bien le climat qui règne dans le monde de l’entreprise et, clairement, elle n’est pas surprise par la réaction des salariés vis-à-vis des contrôles parfois exagérés de certains managers. "Je pense qu'on peut lier ça à des peurs, explique-t-elle. En fait, il y a beaucoup de peurs au travail, des deux côtés d’ailleurs, et ces peurs occasionnent potentiellement une certaine méfiance et donc des contrôles. L'autre chose que j'observe, c'est qu'il y a une confusion entre la nécessité de contrôler la réalisation de certains objectifs, de contrôler, par exemple, que telle ou telle succession de tâches est bien faite parce qu'il y a des enjeux de sécurité, des enjeux de santé. Mais à côté de contrôle sur la tâche ou sur les objectifs, il y a le contrôle sur les gens, qui passe par exemple par l’analyse des temps d'écran ou l'activation sur les plateformes des boulettes vertes versus rouge, etc. Je crois que ça, ça ne change rien, c’est juste une tentative désespérée d'avoir la sensation de faire son job de manager. En revanche, je pense que les managers qui s'en sortent bien, ce sont les managers qui ne confondent pas les deux, le contrôle des objectifs, du travail, et le contrôle des gens."

Confiance en berne

Cela dit, il n'est pas nécessairement facile de générer une confiance réciproque dans le cadre professionnel. L’étude Tempo Team montre une dégradation de la confiance depuis la crise sanitaire : 20% des salariés interrogés disent que "leur confiance à l’égard de leur employeur s’est dégradée depuis le début de la pandémie". Ce point non plus ne surprend pas Delphine Pennewaert : "La confiance résulte de la relation entre le manager et le salarié, résume-t-elle. Et cette relation, elle se construit de deux façons : en passant du temps ensemble – se connaître au travail sans être amis, c'est fondamental – et en travaillant ensemble. Sur ces deux points, pour beaucoup de salariés, le télétravail obligatoire pendant la période Covid a été un vrai frein. Pensez à tous ces moments informels empêchés, comme les échanges devant la machine à café. C’est du relationnel qui n’a pas pu se faire."

Des employeurs parfois en décalage

Les employeurs en sont-ils pleinement conscients, de l’importance du relationnel ? Pas toujours, apparemment, car, selon cette étude, "les employeurs ont tendance à estimer trop positivement leurs relations avec leurs travailleurs". Autrement dit, pas mal de managers ignorent ce qui vit vraiment au sein de leur personnel. Exemple chiffré tiré de l'étude: "80 % des patrons estiment être préoccupés par le bien-être des travailleurs et 62 % affirment entretenir des liens forts ; mais quand les deux mêmes questions sont posées au personnel, le taux d'approbation dégringole à 56 % en ce qui concerne le bien-être et seulement 27 % à propos de la relation de confiance avec le patron…Il y a donc comme un hiatus entre la perception des uns – les managers – et des autres – leurs subordonnés.

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