L'échappée musicale

Quand les musiciens classiques succombent à la tendance des musiques néo-classiques

© © Getty Images/iStockphoto – agcuesta

Dans sa chronique l’échappée musicale, Xavier Flament nous parle d’une tendance qui fait polémique dans le microcosme de la musique classique, celle de la musique dite "néoclassique".

"Musique classique simplifiée" ?

En regardant son fil d’actualité Facebook, Xavier Flament a été spammé par "Guéthary", le nouvel album du label Alpha, dans lequel on voit le jeune pianiste français Aurèle Marthan jouer du Philipp Glass, au soleil couchant, sur la côte basque. "Encore un !"… Encore un pianiste classique à succomber à la tendance actuelle à ce grand fourre-tout de la musique dite "néoclassique", ces morceaux qui simplifient les principes de la musique répétitive des minimalistes américains des années 60, souvent avec une petite touche d’électro.

L’album est un grand medley de petites œuvres plus ou moins arrangées, couvrant trois siècles de musique classique, des musiques de film, une création et même "Hotel California" des Eagles…

Si Alpha, qui est quand même le label de Nelson Goerner, Paavo Järvi et Barbara Hannigan, nous a habitués à des artistes autrement plus inspirés et chevronnés – ici, ça n’avance pas et c’est un peu ânonné – ces morceaux peuvent tout à fait trouver leur public en streaming, et ce n’est sans doute pas un hasard. C’est même ce qui explique cette déferlante de "néoclassique", où l’on trouve des gens comme Chico Gonzales, Sofiane Pamart, Max Richter ou l’inévitable Einaudi.

Dans une certaine mesure, on pourrait même y ranger l’extraordinaire pianiste islandais Vikingur Olafsson avec le tube de son dernier album "Mozart et ses contemporains", à savoir cette petite sonate de Cimarosa, de 2 minutes 40, exactement calibrée sur la capacité d’attention des auditeurs de Spotify, et que le pianiste interprète comme s’il jouait du Morton Feldman, justement pour créer cet état recherché de suspension.

L’influence des plateformes de streaming et des réseaux sociaux

Quand on regarde les chiffres, ça donne même le tournis. Récemment, "Experience", un vieux tube d’Einaudi, s’est retrouvé en tendance sur Tik Tok, produisant 21 milliards de vues. C’est le chiffre absolument inouï qui a été communiqué par Universal Music. Idem avec la première "Gymnopédie" de Satie. Pas étonnant que tout le monde s’intéresse à cette manne alors que le marché physique est en berne.

Mais il faut donc en passer par ces musiques classiques simplifiées et qui doivent vous plonger dans un certain état émotionnel. C’est le "mood" des "playlists zen" qu’écoutent les jeunes sur Spotify quand ils ont besoin de s’échapper du quotidien, se concentrer pour étudier ou s’endormir.

Dans une époque en crise où il est devenu difficile de se projeter, un héros romantique comme Beethoven semble avoir moins de chances qu’un pianiste improvisateur, entre classique et électro, comme Nils Frahm, qui vous place dans une bulle protectrice pour une véritable expérience immersive.

Ce dernier sortira ce 23 septembre prochain un nouvel album intitulé "Music For Animals", album qu’il défendra en concert à Bozar, le 14 octobre : "Mon inspiration", dit Nils Frahm, "avait quelque chose d’aussi fascinant que de regarder une grande chute d’eau ou les feuilles d’un arbre dans la tempête. Je trouve bien que nous ayons des symphonies et de la musique avec un développement, mais une chute d’eau n’a pas besoin de trois actes ni d’un dénouement, pas plus que les feuilles d’un arbre dans la tempête. Il y a des gens qui aiment regarder le bruissement des feuilles et le mouvement des branches. Ce disque est pour eux".

Echappée musicale

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Pour aller plus loin sur le sujet :

-L’enquête de L’Echo : "La musique classique en mood zen"

-Tendance ! "Néo-classique", le blog de la Médiathèque Marguerite Duras, à Paris

-Nils Frahm, “Music For Animals”, sur la plateforme Bandcamp (sortie le 23 septembre) et son concert à Bozar, le 14 octobre (soldout)

-"Guéthary", le nouvel album d’Aurèle Marthan sur Alpha Classics

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