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Dans Le Temps d’une histoire, Patrick Weber revient sur l’ouvrage majeur de la littérature de la fin du XVIII siècle qu’est Les liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos… Des auteurs sulfureux, la littérature en a connu beaucoup… et en connaîtra encore tout autant, c’est certain. Et en Belgique ?


 

Des auteurs parfois traités de sulfureux, ayant fait sensation et scandale, la Belgique en a son lot… Parmi les raisons qui mènent un ouvrage à être perçu de la sorte, ce sont les amours et le sexe qui sont les plus fréquentes. Quelques exemples belges…

Passion et inceste…

De nos jours, qui connaît encore Marie-Thérèse Bodart (1909-1981), née Guillaume, à Arlon ? Elle est pourtant l’épouse de Roger Bodart, poète et académicien. Le couple a engendré l’auteure Anne Richter et, de ce fait, ce sont les grands-parents de Florence Richter, criminologue, essayiste et auteure…

Marie-Thérèse Bodart
Marie-Thérèse Bodart Tous droits réservés

Marie-Thérèse sera historienne, elle écrira aussi trois romans et plusieurs essais, sans compter qu’elle versera dans la dramaturgie. En 1938, elle enseigne l’histoire à l’École moyenne des filles de Verviers et n’a pas trente ans quand paraît Les roseaux noirs, son premier roman.

Passion, adultère et inceste en font une œuvre considérée comme violente, une certaine presse y verra même des " monstruosités " qui risqueraient d’altérer l’esprit de ses élèves. Marie-Thérèse devra quitter l’école, ce qui ne l’empêchera pas d’être encensée par la presse littéraire belge et française et de figurer parmi les finalistes du prix Femina…

À lire : Les roseaux noirs, Bruxelles, Samsa/Académie royale de Langue et de Littérature françaises, 2014

Révolution sociale et homosexualité…

Né à Anvers, Georges Eeckaud (1854-1927) ne fut rien moins qu’écrivain et anarchiste. Issu d’une famille bourgeoise, il travaillera au quotidien libéral L’Étoile Belge, fera partie de l’équipe de la revue d’art et de littérature La Jeune Belgique qu’il quittera lorsqu’il découvrira tout son intérêt pour le peuple.

Georges Eechoud
Georges Eechoud Editions Tusitala

En compagnie de Maurice Maeterlinck et d’Émile Verhaeren, il fondera le Coq Rouge, une revue qui assemblera " en un faisceau les forces littéraires éparpillées dans un grand nombre de périodiques ". L’auteur fera aussi partie de l’aventure de L’Art Social, avec Camille Lemonnier et de La Revue Nouvelle prônant la Révolution sociale…

En 1891, il engage comme secrétaire un jeune typographe nommé Alexandre Pierron appelé à un bel avenir littéraire… Sous le titre Mon Bien Aime Petit Sander, Eeckaud rassemblera l’importante correspondance de la relation sentimentale qu’il a entretenue avec Sander Pierron… avec l’assentiment de leurs épouses !

Portrait de Sander Pierron, par Frans Van Holder, 1909
"Mon bien aimé petit Sander", éditions GKC, 1993

C’est en 1899 que paraît Escal-Vigor, l’une des premiers romans modernes parlant d’une histoire d’amour… entre deux hommes ! L’ouvrage fera scandale, entraînant même Georges Eeckaud devant les tribunaux d’où il sortira acquitté. L’auteur se montrera finalement un militant et un homme bien en avance en matière de culture homosexuelle.

"Escal-Vigor", éditions Tusitala, collection Insomnies, Paris-Bruxelles, 2017

À lire : Escal-Vigor, éditions Tusitala, collection Insomnies, Paris-Bruxelles, 2017.

Un livre pornographique ?

Celui qui travailla à La Revue Nouvelle avec Eeckaud, Camille Lemonnier (1844-1913), fut, en Belgique, un précurseur en matière de livre à scandale. C’est en 1881 que sort Un mâle, un ouvrage tellement atypique qu’il mènera l’auteur à être comparé à Émile Zola…

Camille Lemonnier
Camille Lemonnier Getty Images

Un mâle, c’est un drame passionnel, l’histoire d’un amour brut et sauvage, celui de Cachaprès, un braconnier qui tombe en pâmoison devant Germaine qui fera mourir d’amour son prétendant… Les traditionalistes et les catholiques crieront au scandale, à la pornographie !

"Un Mâle", Espace Nord, 2012.

À lire : Un mâle, Espace Nord, 2012.

Des relents antisémites…

Parmi ceux et celles causant des remous littéraires, il y a aussi un certain Jean Ray (1887-1964), une polémique qui, à son sujet, est aujourd’hui (presque) oubliée. Cette fois, pas question d’amours ou de sexe. Avec Les Contes du whisky, sortis en 1925, le créateur de Malpertuis suscitera une longue et pénible controverse, certains passages étant considérés comme antisémites, ce qui vaudra au texte original d’être quelque peu amputé. Une récente réédition présente enfin la version intégrale, en français, de ces contes… sulfureux.

"Les contes du Whisky", Alma Éditions, 2016.

À lire : Les contes du Whisky, Alma Éditions, 2016

Des amours lesbiennes…

Enfin, on ne peut oublier Françoise Mallet-Joris (1930-2016) de son vrai nom, Lilar. En 1951, son premier roman fera sensation : Le Rempart des Béguines, n’est pas sans un certain arrière-plan autobiographique…

Je n’avais pas vu ça sous un angle spécifiquement homosexuel, mais comme le rapport d’un enfant avec un adulte…

Françoise Mallet-Joris
Françoise Mallet-Joris Getty Images – Richard PHELPS/GAMMA-RAPHO

L’histoire est celle d’Hélène, 15 ans. Elle rejette son milieu social et vit avec son père qui s’est remarié avec Tamara, une femme aux mœurs très libres. L’adolescente va vivre avec sa belle-mère, une histoire d’amour passionnel… La Belgique de l’époque accueillera très mal ce roman lesbien qui met à mal les valeurs sociales de son époque. Et, si la France le percevra comme assez scandaleux, ce récit n’en marquera pas moins les débuts du " Nouveau Roman ".

"Le Rempart des Béguines", L’Âge d’Homme, 2014.

À lire : Le Rempart des Béguines, L’Âge d’Homme, 2014

À voir, vendredi 18 mars à 22h50 sur La Une, Les liaisons scandaleuses, un documentaire de Priscilla Pizzato.

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