Journal du classique

Quand le Canon de Pachelbel se glisse dans "C U When U Get There" de Coolio

Coolio au Sportpaleis d'Anvers le 27 octobre 2000 dans le cadre du festival Night of the Proms

© Getty Images

29 sept. 2022 à 15:43 - mise à jour 30 sept. 2022 à 07:22Temps de lecture3 min
Par Victoria De Schrijver

Le rappeur Coolio est décédé à l'âge de 59 ans. Retour sur son hit C U When U Get There dans lequel Pachelbel s'est glissé.

Coolio, né Artis Leon Ivey Junior en 1963 et décédé ce mercredi 28 septembre 2022 aux Etats-Unis a marqué le monde de la musique. C'est avec son tube Gangsta's Paradise en 1995 que Coolio atteint le grand public. Ce titre, qui lui vaudra un Grammy Award en 1996, reprenait déjà un extrait d'un autre classique de la musique plus contemporaine de l'époque : Pastime Paradise (1976) de Stevie Wonder. 

En 1997 sort le premier single intitulé C U When U Get There du troisième album de Coolio nommé My Soul. Ce morceau nous parle du succès que le rappeur connait mais aussi des complications que cela apporte à sa vie ou dans ses relations et propose à ces personnes qui ne comprennent peut-être pas son parcours ainsi que son état d'esprit de faire leur propre chemin et d'avancer. L'introduction de ce morceau, qui se classera douzième au Billboard 100 aux Etats-Unis, est un sample, c'est-à-dire un extrait, d'une interprétation du Canon en ré majeur de Pachelbel (1653-1706). La basse du canon est un ostinato, c'est-à-dire un motif répété qui habillera l'intégralité du morceau. Une œuvre phare de la fin du XVIIème siècle est parvenue à se retrouver dans un tube de rap américain de la fin du XXème siècle. Mais, ce n'est pas la première fois que cette pièce iconique de la musique classique se retrouve dans d'autres musiques.

A plus d'une reprise lors de sa carrière, l'artiste américain Coolio se produit sur scène avec orchestre dans le cadre de Night of the Proms en Belgique, Allemagne, Luxembourg ou encore aux Pays-Bas. Durant ces concerts, il y interprète Gangsta's Paradise ou encore C U When U Get There. 

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Le Canon de Pachelbel à travers les époques

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L'usage de samples, de musique classique ou non, est très commun. Coolio n'est pas le seul artiste à avoir notamment utilisé le Canon de Pachelbel dans sa musique. Du rap à la variété française, en passant par le rock, la carrière de Pachelbel en tant que producteur de musique contemporaine est très abondante. 

En 1975, Brian Eno, compositeur de musique expérimentale et ambiante aux multiples facettes, nous propose ses variations sur le Canon de Pachelbel dans la seconde partie de son album Discreet Music. Le concept même de "musique d'ambiance" de son album Discreet Music et plus tard d'Ambient 1: Music for Airports (1978) découle du concept d'Erik Satie, célèbre compositeur français et fantasque, de "musique d'ameublement" qui consiste en une musique utilitaire qui pourrait se fondre dans l'atmosphère ambiante d'une pièce et accompagner des instants de vie tout en faisant partie des meubles. 

Fullness in wind, French Catalogues et Brutal Ardour sont trois variations autour du Canon de Pachelbel interprétées par un ensemble. Reprenant des fragments du canon de deux ou quatre mesures, le morceau se construit selon les instructions qui ont été données aux interprètes et chaque variation introduit de nouvelles façons de jouer avec ces fragments musicaux.

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Un peu plus tôt, ce sont Les Frères Jacques en 1968 qui proposaient La lune est morte sur le Canon de Pachelbel, suivis l'année d'après par la musique originale du film Le Temps de vivre enregistrée par Georges Moustaki. 

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Ce ne sont pas les seules occurrences de ces accords phares de Pachelbel dans la musique française. On les retrouve dans Pardon en 1967 de Claude François, ou encore Tout pour ma chérie de Michel Polnareff en 1972. Le canon apparait également en 1973 dans La Maladie d'amour de Michel Sardou. Plus récemment, c'est dans l'album d'Orelsan de 2011 Le Chant des Sirènes qu'Orelsan choisit le canon pour accompagner La petite marchande de porte-clefstraitant de la politique  depuis abolie  de l'enfant unique en Chine. 

Traversant les styles et les continents, le canon se retrouve aussi bien chez les Pet Shop Boys dans leur reprise des Village People de Go West en 1993, que la même année dans Cryin' d'Aerosmith. Il est également présent dix ans plus tôt dans la musique d'Oscar Benton, I Believe In Love. Vangelis et Demis Roussos ont aussi utilisé cette mélodie si reconnaissable dans le morceau Rain and Tears de leur groupe Aphrodite's Child en 1968. Récemment, dans la musique pop, le canon a fait son chemin jusqu'à l'artiste américaine Doja Cat dans sa chanson Fancy (2018). 

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