Psychologie

Quand la culture pop déconstruit les clichés sur les troubles psychiques

En 2012, le film "Happyness Therapy" avec Jennifer Lawrence et Bradley Cooper évoquait les troubles bipolaires.

© Photographie Courtesy of Studio Canal

Des films et séries mettant en scène des personnages bipolaires aux artistes qui n’hésitent plus à parler de leur dépression, la "culture pop" aide désormais à mieux comprendre les troubles psychiques, même si les préjugés demeurent.

Depuis une dizaine d’années, on ne compte plus les œuvres mettant en avant les enjeux de santé mentale. "Homeland", "13 Reasons Why", "Euphoria", "Happiness Therapy"… ont par exemple porté à l’écran des personnages principaux atteints de bipolarité ou souffrant de troubles anxieux.

De nombreux artistes ou sportifs ont aussi libéré la parole sur le sujet : on se souvient de Mariah Carey ou Kanye West annonçant souffrir de troubles bipolaires. En 2021, Stromae, touché par la dépression, a brisé un tabou avec sa chanson "L’enfer", dans le sillage d’albums-thérapies de superstars comme Adele ou Billie Eilish.

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Des sportives comme Naomi Osaka ou Simone Biles se sont, elles, retirées de compétitions pour, ont-elles expliqué, préserver leur santé mentale.

"On assiste à un raz-de-marée de témoignages sur le sujet, tous les secteurs sont concernés et cela permet de changer les représentations que l’on se faisait des problèmes psychiques", se félicite Jean-Victor Blanc, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris.

Auteur en 2019 du livre "Pop & Psy", il a fondé un festival éponyme, qui se déroulera dans la capitale française du 7 au 9 octobre.

Mêlant tables-rondes, discussions, ateliers et concerts live, l’événement entend "dépoussiérer les idées reçues sur la psychiatrie".

Pendant longtemps, les troubles psychiques étaient systématiquement associés à de la violence, ou à des symptômes qui n’avaient rien à voir avec la psychopathie.

"Malgré toute leur valeur artistique, des films comme "Vol au-dessus d’un nid de coucou" ont contribué à véhiculer une image négative de l’hôpital psychiatrique", poursuit-il.

Ce n’est plus le cas : "Aujourd’hui, on a le sentiment que c’est presque un passage obligé de produire une série avec un personnage touché par un trouble mental", relève-t-il.

Il faut dire qu’au cours d’une vie, une personne sur quatre sera confrontée de près ou de loin au problème.

Le "psy" plus familier

La crise du Covid n’a rien arrangé, affectant le moral de nombreuses personnes, notamment des plus jeunes.

"Avec cette crise, chacun a touché du doigt le fait que la santé mentale pouvait vaciller", expose Sandrine Broutin, directrice générale de l’Œuvre Falret, association qui accompagne les publics en souffrance psychique.

On en parle plus mais il y a encore énormément de tabous.

"Sur des pathologies lourdes, les clichés demeurent et le fait d’en parler n’aide pas toujours", juge Fanny Jacq, psychiatre et directrice de la branche santé mentale à Qare Psy, citant l’exemple de Britney Spears qui, rongée par les addictions et la dépression, s’était subitement rasé la tête.

La schizophrénie notamment, maladie psychiatrique chronique complexe, reste mal comprise, et associée — à tort — à la violence.

"On sait que plus une prise en charge sera précoce, meilleurs seront les résultats, il est donc primordial de travailler sur la stigmatisation de ces maladies pour faciliter l’accès au soin", juge Gilles Martinez, chef de service au Groupe Hospitalier Universitaire (GHU) Paris psychiatrie.

"Il y a cinq ou dix ans, quand des personnalités ont commencé à parler de leurs troubles bipolaires, on a vu un afflux de consultations", se souvient-il, se félicitant que la jeune génération ait "aujourd’hui accès à une représentation différente des problèmes psychiques".

Personnage central, le "psy" semble d’ailleurs de plus en plus familier au grand public, tant il apparaît dans des séries, fictions, films… Dernier exemple en date, la série "En thérapie" a réalisé des cartons d’audience sur Arte.

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Même si ses personnages ne souffrent pas de troubles psychiques mais entreprennent une démarche psychanalytique, "on montre qu’il n’y a rien de stigmatisant à aller voir un thérapeute", affirme le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, intervenu comme consultant pour la deuxième saison.

"Via la culture pop, les gens sont incités à prendre soin de leur cerveau comme on prend soin de son corps", estime aussi Fanny Jacq.

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