Quand l'Afghanistan, en guerre depuis 1979, se met à rêver de la paix

L’Afghanistan n’a plus connu la paix depuis quatre décennies et l’invasion soviétique de Noël 1979.

© Paula Bronstein - Getty Images

22 févr. 2020 à 09:07Temps de lecture3 min
Par AFP

Alors qu’une trêve partielle démarre ce samedi en Afghanistan, Washington et les talibans espérant signer un accord bilatéral le 29 février, les Afghans se mettent à imaginer une vie après des décennies de conflit, dans un pays qu’ils pourraient enfin visiter.

Je veux aller au Nouristan, courir, rire, chanter, danser, siffler et manger des yaourts

De nombreux Afghans ont commencé à se dessiner un futur sur les réseaux sociaux. Deux hashtags sont apparus en dari et en pachtou, les deux principales langues du pays : #SiLaPaixRevient et #QuandIlYAuraUnCessez-le-feu.

"Je veux aller au Nouristan, courir, rire, chanter, danser, siffler et manger des yaourts", censés être plus organiques dans cette province reculée du nord-est, actuellement sous contrôle taliban, tweete Ramin Mazhar.

"Je veux toucher ses collines vertes, ses folles rivières et son ciel bleu. Je veux grimper à ses arbres et connaître ses pigeons", poursuit ce poète de renom, qui a contribué à populariser ces mots-dièses.

L’Afghanistan n’a plus connu la paix depuis quatre décennies et l’invasion soviétique de Noël 1979.


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Guerre avec les talibans depuis 2001

Les talibans, chassés du pouvoir en 2001 par une coalition internationale menée par les Etats-Unis, mènent une guérilla implacable aux forces afghanes et américaines. Dix-huit ans d’atrocités, qui pourraient enfin prendre fin, rêve la population.


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Washington a en effet débuté il y a plus d’un an des négociations avec les insurgés, en vue d’un accord qui permettrait le retrait de milliers de soldats américains d’Afghanistan en échange de garanties sécuritaires.

Samedi, une diminution des combats d’une semaine doit démarrer, qui si elle est concluante conduira à un accord américano-taliban signé le 29 février. Une fois celui-ci signé, des pourparlers devraient se tenir entre les rebelles et le gouvernement de Kaboul, en vue d’une paix durable.

Les Afghans se prennent donc d’envie de découvrir leur propre pays, quand bien même cette dernière étape, si cruciale, pourrait mettre très longtemps à se matérialiser.

"Ces 15 dernières années, les gens n’ont pas pu emprunter les grandes routes en toute sécurité", regrette Ramin Mazhar, interrogé par l’AFP. Les talibans, qui contrôlent ou disputent au gouvernement de Kaboul la moitié du territoire, "les arrêtent, les tuent ou les kidnappent", se désole-t-il.

"Hippie trail", il fut un temps

Dans les années 60 et 70, l’Afghanistan était pourtant une destination populaire, étape incontournable de la "hippie trail", qu’empruntaient des Européens arrivant de ou allant en bus vers Inde ou Pakistan.

Ils s’émerveillaient alors devant ses sublimes massifs enneigés, ses vallées verdoyantes et ses déserts immaculés.

Si la beauté minérale du pays subsiste, l’industrie touristique n’est plus. Quatre décennies de guerre ont rendu les routes trop dangereuses. Attaques et kidnappings s’y produisent quotidiennement.

Rêver de voyager chez soi

La grande majorité des Afghans, trop pauvres pour se payer d’onéreux vols domestiques, ne peuvent voyager hors de leurs villes et villages. Des millions d’autres ont fui les violences dans les grandes villes ou à l’étranger.

"J’ai promis d’emmener mes amis au Badakhshan… (et) je tiendrai ma promesse lorsqu’il y aura un cessez-le-feu", écrit Adbullah Jahid sur Twitter, en référence à une province aux pics spectaculaires du nord-est du pays.

"Si la paix revient, j’irai dans les villages les plus lointains d’Afghanistan pour rencontrer les gens du cru, manger leur nourriture, apprendre leur artisanat, et partager mes chagrins et joies avec eux", tweete Hamidullah Satari, un autre internaute.

Des Afghans de tous horizons utilisent ces hashtags pour s’inventer des voyages à pied, à vélo ou en voiture. Leurs compatriotes vivant hors du pays promettent d’y revenir si la guerre prend fin.

Même les talibans font part de leurs espérances sur les réseaux sociaux.

Je vais marcher jusqu’à la tombe de mon père. Je vais pleurer et prier pour que plus aucun Afghan ne devienne orphelin

"Il était très simple de voyager sous le régime taliban mais l’Amérique a tout détruit. Quand l’invasion (américaine) s’achèvera, tout redeviendra facile", tweete un de leurs partisans.

D’autres aspirent simplement à aider ceux qui ont le plus souffert de la guerre. Telle Heela Najibullah, fille de l’ancien président afghan Najibullah Ahmadza, torturé et assassiné par les talibans en 1996 en Paktia.

Heela veut donc "créer une école" et "donner des cours à l’université" dans cette province du sud-est.

Et de tweeter encore : "Je vais marcher jusqu’à la tombe de mon père. Je vais pleurer et prier pour que plus aucun Afghan ne devienne orphelin".