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Cinéma

"Qu'Allah bénisse la France": le rappeur Abd al Malik déploie "sa" banlieue sur grand écran

"Qu'Allah bénisse la France" d'Abd al Malik
10 nov. 2014 à 08:202 min
Par ved

Dans cette chronique sociale et personnelle, sur les écrans le 10 décembre, Régis Fayette-Mikano, devenu Abd al Malik après sa conversion à l'islam, a filmé "sa" cité du Neuhof à Strasbourg avec plusieurs comédiens amateurs et plus de 200 figurants recrutés localement.

On y suit le cheminement quasi initiatique du jeune Régis, campé avec finesse par Marc Zinga, 30 ans, un acteur de théâtre qui a interprété Mobutu à la télévision et a donné la réplique à Benoît Poelvoorde au cinéma. Le jeune garçon, partagé entre l'amour des livres et la délinquance, entre la soif d'absolu et le prosélytisme religieux, saura trouver l'apaisement dans le mysticisme et l'amour.

Dans son film (rythmé notamment par le rap de son frère et l'électro de Laurent Garnier),  l'écrivain, musicien et cinéaste de 39 ans donne à voir la misère sociale et la violence mais entend aussi porter un message d'espoir et "donner un coup de pied aux stéréotypes et à la bêtise".

L'idée était d'adopter "une démarche positive, mais sans faire le déni des problématiques sociales" et de "montrer que l'humanité ne s'arrête pas à la frontière des cités", résume Abd al Malik, venu présenter son film cette semaine en avant-première à Strasbourg. Il revendique une "démarche politique, militante mais aussi esthétique", car il a voulu montrer "la beauté des cités".

En noir et blanc, comme dans "La Haine"

"Quand on vit en France, aller normalement à l'école, vivre la mixité sociale, pouvoir grandir par le canal du savoir, ça devrait être normal!", souligne l'ancien étudiant en philosophie qui dans son enfance, a lui-même été "extrait" du Neuhof en raison de ses bons résultats scolaires afin de poursuivre ses études dans des établissements catholiques.

"Quand on vit dans des quartiers comme le Neuhof, on est victime d'une misère qui peut être sociale mais aussi spirituelle, affective et on n'a pas les outils permettant de transcender notre condition: ça, c'est gravissime!" dénonce-t-il.

Pour ce premier film très personnel, l'artiste d'origine congolaise, qui décrocha la Victoire de l'interprète masculin de l'année en 2008, a fait le choix de tourner en noir et blanc, comme Mathieu Kassovitz dans "La Haine" en 1995. Une référence qu'il revendique: "C'est un film qui a été important pour nous. Au Neuhof, nous étions tous allés le voir car il parlait de nous!", se souvient Abd al Malik.

Comme son titre l'indique, "Qu'Allah bénisse la France" (adapté de son livre homonyme et autobiographique de 2004) aborde aussi la quête spirituelle de l'auteur, passé d'une éducation catholique à un islam d'abord rigoriste et prosélyte puis apaisé, mystique et pacifique. Une thématique que le film aborde toutefois de manière beaucoup plus éludée que dans le livre.

"Le cinéma est sans filtre et je ne voulais pas tomber dans ce qui aurait pu apparaître comme une tentative de manipulation du spectateur ou comme du proséyitisme. Ce qui m'intéresse, c'est de poser des questions, pas de donner des réponses", explique à ce propos le réalisateur.

Le film met toutefois l'accent sur la nécessaire cohabitation pacifique des croyances, comme dans cette scène très forte où le jeune Abd al Malik et ses frères, tous convertis à l'islam, prient ensemble avec leur mère catholique.

"Ce film se propose de refaire du lien, c'est un combat pour le vivre ensemble", assure le rappeur. Quant au titre, il est à prendre "au premier degré": "Je suis musulman et j'aime la France!".

 

AFP Relax News

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