Punir et sanctionner : comment bien le faire et bien distinguer ces deux notions

Punir et sanctionner : comment bien le faire et bien le distinguer

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26 janv. 2018 à 15:47 - mise à jour 26 janv. 2018 à 15:47Temps de lecture3 min
Par Maxime Dumoulin

Si punir et sanctionner sont souvent pris pour des synonymes, il n’en est pourtant rien. Bien connaître les différences peut aider à mieux élever un enfant. Nous avons fait le point avec Bruno Humbeeck, psychopédagogue et Docteur en sciences de l’éducation dans Tendances Première.

Existe-t-il une bonne punition ? " Oui ! ", clame Bruno Humbeeck. Il ajoute d’ailleurs, qu’elle n’est pas une injure en pédagogie. Mais attention: dire à son enfant qu’on le punit car on ne veut plus qu’il refasse une mauvaise action, voilà la bonne méthode. Mais lui dire qu’on le punit car il n’a " pas été sage " est anti-constructif: il ne va pas comprendre pourquoi il n’a pas été sage, concept trop vague.

La punition, c'est comme le code de la route

Le meilleur exemple pour comprendre la punition n’est autre que le code de la route. Le code de la route est un ensemble de règles qui sont, en grande partie, respectées à cause des punitions qui sont appliquées en cas de non-respect.

Prenons trois cas, dans trois villes différentes: Bruxelles, Casablanca (Maroc) et Cotonou (Bénin).

À Bruxelles, il y a des panneaux (règles) et les infractions constatées sont verbalisées. Résultat: on y klaxonne relativement peu et les règles sont suivies.

À Casablanca, on trouve également des panneaux, mais on ne suit pas les règles du code de la route, car on n’est pas nécessairement puni. On klaxonne en revanche bien davantage.

La punition peut être expliquée à travers l'exemple du code de la route
La punition peut être expliquée à travers l'exemple du code de la route © Tous droits réservés

Plus loin, au Bénin, on ne trouve plus de panneaux. Les gens tiennent relativement bien leur droite, mais il n’y a pas de règle stricte, ni, par conséquent, de punition. Ça klaxonne en permanence. Dans cette explication, le bruit des klaxons est à mettre en parallèle avec la désorganisation de la société. Idem dans les écoles. On régule de plus en plus les cours de récréation par exemple. Dans les couloirs on trouve même parfois des lignes blanches au milieu (à l’Athénée royal de Chênée, notamment).

Ces règles ont cela en commun qu’elles régulent les flux et la population et supposent une sanction sans créer de sentiment d’injustice. Si vous punissez votre enfant qui a enfreint une règle précise qu’il connaissait, la punition sera vite intégrée et comprise, sans sentiment d’injustice. Pour aller jusqu’au bout du processus, les parents devraient inciter l’enfant à lui-même répéter la règle, au lieu de la hurler lui-même…

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La sanction, pour marquer un coup d'arrêt

La sanction est très différente d’une punition. Elle porte sur un comportement tellement significatif qu’il faut manifester un coup d’arrêt et prendre une décision adéquate. Si un individu frappe quelqu’un, prononce des propos racistes à l’encontre d’autrui ou vole autrui, la société ne peut pas laisser passer cela. La sanction viendra contrecarrer ce comportement pour le contrôler.

Dans le cas du vol commis par un enfant, une sanction fonctionnera très bien si on évite le sentiment d’injustice. Pour rappel, la punition est facile. Elle est connue de tous en fonction de la règle établie. Il n’y a pas d’injustice. Mais dans le cadre de la sanction c’est plus compliqué. Il est important de prendre compte des circonstances. Car un enfant aura, en effet, peut-être des raisons d’avoir volé ou frappé. Il est donc important de lui laisser l’opportunité d’expliquer son acte (pas de le justifier pour autant). Ensuite vient la sanction. Elle peut être immédiate et intelligente et donc réparatrice. Elle peut aussi être probatoire. Dans ce cas, on ne sanctionne pas immédiatement, mais on laisse une chance à la personne. Par exemple, si l’enfant se remet à frapper ou à voler dans les trois mois, la sanction tombera. Dans ce cas, il va bien entendu falloir expliquer à l’enfant que l’on fera tout pour éviter que les raisons qui l’ont poussé à mal agir ne se reproduisent.

Réécoutez la séquence complète avec Bruno Humbeeck dans Tendances Première

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