Publifin: Paul Magnette "ne ferme pas la porte" à une commission d'enquête

Publifin: "Une commission d'enquête? Pas si c'est pour dissimuler le Kazakhgate"

© THIERRY ROGE - BELGA

27 janv. 2017 à 08:14 - mise à jour 27 janv. 2017 à 08:41Temps de lecture4 min
Par Julien Vlassenbroek

Suite au scandale Publifin, Paul Magnette a annoncé une "révolution" et la "suppression de centaines de postes". Sera-ce suffisant? Sera-ce assez pour convaincre que, cette fois, cette énième chasse aux "parvenus" au sein de la formation socialiste ? Seul l’avenir le dira. Reste que le ministre-président wallon était ce matin l'invité de Bertrand Henne dans Matin Première pour nous en dire plus.

Cela n'a échappé à personne, ce jeudi, le ministre Paul Furlan a démissionné dans ce qui semblait de plus en plus devenir le seul épilogue possible au scandale Publifin, dans lequel le ministre a reconnu avoir été en mesure de savoir mais ne pas avoir cherché à le faire.

Des éléments troublants concernant des emplois de proches au sein de son cabinet (notamment deux membres du collège électoral de Thuin, dont le ministre est bourgmestre en titre) ainsi que sa compagne.

Le ministre démissionnaire se défend pourtant de toute faute politique et s’estime "droit dans ses bottes".   

"Surréaliste"

"C’est un peu surréaliste", relève ce matin Bertrand Henne qui a dès lors demandé au ministre-président wallon Paul Magnette, pourquoi un de ses ministres démissionne s’il n’a pas commis de faute? S’est-il "fait harakiri pour sauver le PS"? "Non", répond sans surprise le bourgmestre empêché de Charleroi. "Je pense que c’est une décision qu’il a prise personnellement", ajoute Paul Magnette alors qu’il semble difficilement concevable qu’aucune pression en ce sens n’ait été exercée au sein du PS. Pourquoi alors prendre une telle décision? "Il l’a dit, parce qu’il y avait une polémique tellement forte qu’il n’y avait plus la sérénité nécessaire pour mener à bien des réformes extrêmement importantes", explique l’ancien politologue de l’ULB. Ce dernier considère "qu’il n’y a pas de faute politique" et "qu’il est droit dans ses bottes", reprenant là exactement les mêmes éléments de langage utilisés par son désormais ex-ministre la veille.

"Je voudrais le saluer parce que c’est très rare les démissions spontanées", souligne Paul Magnette qui martèle que Paul Furlan "démissionne lui-même de manière spontanée, sans y être acculé". Une analyse que ne partagent pas forcément tous les observateurs, le maintien en poste du ministre devenant de plus en plus difficile à justifier au fur et à mesure que se succédaient les révélations.

Au-delà de ces révélations, le simple fait d’avoir été en mesure de savoir ce qui se tramait chez Publifin et de ne pas avoir agi n’est-il pas une faute en soi? "C’est une responsabilité collective", rétorque Paul Magnette sans répondre 'non' à la question donc. "Cela a même été reconnu au Parlement wallon par le chef de groupe MR au parlement wallon (Pierre-Yves Jeholet, ndlr) lui-même. Publifin c’est une construction mise en place par les quatre partis : PS, MR, cdH et même Ecolo qui essaie aujourd’hui de faire oublier qu’ils y étaient".

Rappelons pour être de bons comptes que si le parti écologiste disposait bien d’un administrateur chez Publifin, celui-ci n’était pas rémunéré, qu'Ecolo n’a donc pas touché un euro dans cette affaire, et surtout que les Verts avaient, bien avant l’éclatement du scandale, exigé les informations nécessaires mais ne les avaient jamais obtenues. "La responsabilité d’Ecolo est moindre parce qu’ils sont arrivés plus tardivement", reconnaîtra d'ailleurs un peu plus tard l’invité de Bertrand Henne.

Une commission d'enquête? "Pas si c'est juste pour dissimuler le Kazakhgate"

Concernant la demande de l'opposition d'organiser une commission d'enquête parlementaire sur le scandale Publifin. Une pétition a d'ailleurs été lancée en ce sens vendredi matin par l'ex-député écologiste Eric Jadot et François Gemenne, professeur à l'ULg proche du parti Ecolo.

"C'est au parlement d'en débattre, de voir si cela a une vraie utilité", a estimé Paul Magnette qui rappelle que désormais toute l'information nécessaire est connue. Paul Magnette voit donc dans la demande de l'opposition une diversion tentée par le MR pour "faire du bruit" et faire oublier le scandale du Kazakhgate qui touche le parti libéral. "Si le MR voulait savoir, il pouvait parfaitement savoir à travers ses administrateurs au sein de Publifin", contre-attaque le Carolorégien. Cependant, si l'utilité d'une telle commission pouvait permettre d'en savoir plus sur ce scandale, "je ne ferme pas la porte non plus", a-t-il concédé.

Ce jeudi sur le plateau de Jeudi en Prime, Benoit Lutgen, le président du cdH (partenaire de coalition du PS au niveau régional wallon) n'avait lui non plus pas fermé la porte à l'idée d'une commission d'enquête.

Disparition du Parti socialiste et rémunérations rabotées

Selon La Libre, le chef de file du gouvernement wallon aurait tapé du poing sur la table en bureau de parti, alertant les siens sur la possibilité que le parti socialiste ne disparaisse simplement si un sursaut n’advenait pas : "Je ne révèle pas ce qui se dit au sein du bureau mais c’est vrai, le parti (socialiste) grec a disparu, le parti (socialiste) espagnol est au bord de la disparition, le parti (socialiste) néerlandais va disparaître, le parti (socialiste) français…", inventorie cet ancien spécialiste des questions européennes. 

"Si les socialistes en Wallonie et à Bruxelles, ne comprennent pas qu’il faut un sursaut éthique fort et rapide, nous allons certainement dans la même pente. Il faut un sursaut, à la fois sur notre programme, sur le fond mais aussi sur les règles éthiques. Et tout le monde doit donner l’exemple, les ministres les premiers. Et je le dis aussi, je suis prêt à ce que nous fassions un gros effort sur nos rémunérations, 10, 15, 20, 25% peu importe mais simplement un geste pour dire que l’on a compris que nous vivons dans une société où le pouvoir d’achat stagne et je comprends que les gens estiment que nous gagnons trop. Parce qu’on est socialiste, on doit faire plus d’efforts que les autres".  

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